Rouen, Jean Lecanuet disparaissait il y a 20 ans


Lecanuet 2Le 22 février 1993 disparaissait Jean Lecanuet, maire de la ville depuis 1968. Il fut ministre plusieurs fois, sous la 4ème et la 5ème. Mais le jeune sénateur de la Seine-Maritime devint figure nationale lorsqu'en 1965 il affronta le Général De Gaulle à la présidentielle. C'était la première fois que les français élisaient le Président de la République au suffrage universel. Hier, des personnalités ont fait le déplacement de Rouen pour lui rendre hommage.


Vidéo. En 1990, Jean Lecanuet est Président de la Commission des Affaires Etrangères et des Forces Armées, au sénat. Il accompagna le Président de la République, François Mitterrand, dans le golfe persique, pour une rencontre avec les soldats français engagés dans la première guerre d'Irak. Lecanuet, adversaire farouche du Président, soutenait l'intervention française.

 

Il était brillant, charismatique et passionné. Le parcours politique de Jean Lecanuet est une vraie carrière professionnelle, au bon sens du terme. C'est vrai qu'aujourd'hui Jean Lecanuet ne serait plus le champion de France du cumul de mandats. Il était le seul à détenir 5 charges électives en même temps. A l'époque, c'était accepté. S'il avait eu à choisir un seul mandat, Jean Lecanuet aurait conservé sa bonne ville de Rouen, où il nacquit en mars 1920. C'est en 1965, l'année de la présidentielle, qu'il y fut élu avec la charge de 1er adjoint de Bernard Tissot, le maire. A la mort de ce dernier, en 1968, c'est tout naturellement Jean Lecanuet qui lui succéda et ce, jusqu' au 22 février 1993. Entre-deux, que de mandats, de charges, de responsabilités. Le Rouen actuel est l'oeuvre de son ancien maire. Durant 25 ans Il modernise et embellit la ville, quartier par quartier, rue par rue.

Il impose les voies piétonnières contre vents et marées

Voulant mettre en valeur le Rouen historique et lui donner un essor touristique national et international, Jean Lecanuet mettait en chantier les voies piétonnières, qui serviront d'exemple dans nombre de viles, petites, moyennes et grandes. Ainsi, le quartier du Gros Horloge et ses rues adjacentes, la place du Vieux Marché et sa périphérie immédiate, seront interdits à la circulation automobile. Les commerçants hostiles s'y opposaient farouchement, prétextant une chute de leur chiffre d'affaire, avec manifestations et tracts. Le préfet de l'époque avait été obligé d'envoyer les CRS pour contrer quelques "casseurs" en costume cravate..La réalité, quelques mois plus tard, révélait l'exact contraire des revendications. 

Antigaullisme avéré

Candidat MRP, en 1965, contre De Gaulle, Jean Lecanuet ne cachait sont aversion contre l'homme, non pas du 18 juin 40, mais celui du "coup d'Etat de 58". Le retour du Général De Gaulle sonnait la fin de la 4ème République et Jean Lecanuet y voyait un coup porté contre les "libertés individuellles". A partir de ce moment, il entrait dans une opposition résolue contre le créateur de la 5ème République et s'affirma "centriste". Un centrisme par opposition à la gauche et cette droite gaulliste qu'il affublait "d'Etat UNR", puis "Etat UDR et RPR. Sa Campagne présidentielle de 1965 était très "américaine" dans sa forme. Des gazettes de l'époque évoquaient l'aide financière des américains à Jean Lecanuet, dans le but de l'aider à battre le Général De Gaulle et "sa politique antiaméricaine". Beaucoup d'encre coula sur le sujet, mais jamais preuve fut apportée…

Il entre dans la majorité UDF-UD 5ème, en 1974

C'est la candidature puis la victoire de Giscard d'Estaing à la présidence de la République, en mai 1974, qui donne l'opportunité à Jean Lecanuet d'entrer dans la majorité de droite. Selon lui, Chirac a muselé les gaullistes historiques en choisissant Giscard contre Chaban…Et l'on voit ainsi Jean Lecanuet entrer dans le gouvernement de Jacques Chirac, sous la présidence Giscard. Lorsque survient la guerre Giscard-Chirac, Jean Lecanuet choisira de rester un homme de droite, qu'il a toujours été, dans un costume du centre.

Homme de foi

Chrétien pratiquant, Jean Lecanuet demanda a être inhumé dans l'Abbaye de Saint-Georges-de-Boscherville, en Seine-Maritime. L'Archevêché de Rouen et l'administration préfectorale donnaient leur accord. Une exception, car personne ne peut bénéficier d'une telle dérogation, à l'exception de religieux de hauts rangs. La mesure fut très critiquée et engendra une vive polémique au sein même de la communauté catholique, mais aussi chez des élus de tous bords….

Hier, 22 février, des fidèles sont venus à Rouen pour un hommage

Pierre Méhaignerie ex-UDF aujourd'hui UMP, Jacques Barrot même positionnement. Valéry Giscard d'Estaing. François Bayrou, ancien collaborateur
de Jean Lecanuet, qui reste sur l'idée d'un centre indépendant, et beaucoup d'autres, étaient réunis, hier, à la Hall aux Toiles, pour un hommage vibrant à l'ancien maire de Rouen.

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Comments

  1. Anne Terlez 4 mars, 2013, 00:21

    C’était un bel hommage, en effet ! Son histoire a été retracée par Pierre Albertini, et Jacques Barrot et François Bayrou ont évoqué l’homme, le politique, mais aussi le rouennais attaché à sa ville et la trace qu’il y a laissé. Merci d’avoir publié cet article !

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