Pesanteurs, ces agences d’Etat qui chargent la barque

Pesanteurs, ces agences d’Etat qui chargent la barque

Les agences d’Etat, structures créées au fil des ans depuis l’après-guerre. Chaque gouvernement a initié les siennes, pour des raisons de commodité, de créations de postes à l’adresse d’amis politiques et aussi, il faut le préciser, pour financer des paix sociales. Au total, elles sont 1244 représentant tous les domaines, emploient 442 000 personnes et coûtent 50 milliards d’euros chaque années. 50 milliards, un montant très à la mode en ce moment.

Le Général De Gaulle, encore lui, les sunommait les “Comités Théodule”. Il savait de quoi il parlait. Traduction: “ça ne sert à rien, sinon à occuper des gens”. Mais, l’ancien Président de la République n’avait trouvé personne pour approuver sa… désapprobation. Il avait d’autres priorités. La gauche comme la droite se laissaient summerger par la lourdeur des comités qui étaient entre les mains de hauts fonctionnaires et les divers gouvernements se sont empressés à ne rien changer. L’Inspection générale des Finances, l’an dernier, a fini par faire les comptes et mécomptes de ce scandale qui plombe le pays de 50 milliards, tous les ans. Les voilà les 50 milliards, ils sont disponibles indépendamment du pacte de stabilité proposé par le Président de la République….

Alors, si sur les 1244 Comités Théodule, certains peuvent avoir une utilité, selon l’Inspection Générale, mais l’immense majorité est une formidable pompe à fric qui ne sert strictement à rien. Il est impossible de citer la totalité des 1244 structures, mais à l’énoncé des plus connues c’est à mourir de rire, ou de pleurer. Qui, par exemple, sait ce qu’est “l’Agence pour la Mise en Valeur des Espaces Urbains de la Zone des 50 pas Géométriques de la Guadeloupe, l’AMUPGG ? Il y a aussi le “Centre Technique du Livre de l’Enseignement”. Même l’Education Nationale ignore son existence. Egalement, “Patrimoine et Projets Immobiliers de la Culture (PPIC). La AFITF c’est l‘Agence de Financement des Infrastructures de Transports en France”. la DGITM, Direction Générale des Infrastructures des Transports et de la Mer“. La SOUAFIM, l’ANAP, le HAS, le CNFPTLV, le CNIAE, l’AFPA. Au total 1244. Un mot sur les plus connus du grand public: le CNC, Centre National de la Cinématographie, budget 750 millions d’euros pour l’exercice 2011. Le CNC fait partie de l’exception culturelle française. Son rôle: la gestion du cinéma français. Une bonne chose en soi, s’il n’était aussi le défenseur et le soutien financier de 60% de la production française qui sombre par le manque de spectateurs ou qui ne trouve jamais de distributeur.

L’Inspection Générale des Finances rapporte que le salaire moyen annuel des 442 000 salariés atteindrait les 60 000 €.

1244 “Comités Théodule”, qui aura le courage d’abattre le monstre tentaculaire?

Image d’illustration Calamar géant radioactif échoué en Californie. Photo Audrey Garric.

 

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Comments

  1. Sylvia Mackert 7 mai, 2014, 11:29

    pas aussi simple qu’on le pense, mais ces dernières années on a vu des restructuration de beaucoup de services publics, par exemple ANPE + ASSEDIC sous le nom Pôle Emploi, La CPAM a change et L’UTAS est né aussi, donc fusions et restructurations pour réduire le nombre de fonctionnaires aussi et faire des économies de budget et ensuite les transferts de compétences de l’état via les collectivités territoriales, donc forcément cela pèse encore plus sur le budget des contribuables, selon les endroits. Donc Budget de l’état ? parle-t-on ici des dépense du gouvernement à Paris ou regroupé sur toute la France y compris les services publics dépendants des départements ou régions ou de l’intercommunalité ? Qu’est-ce qui dépende encore du gouvernement dans ces agences ?
    Faire le tri pas facile, mais peut-être faut-il le faire, et ensuite le problème est aussi qu’il faut retrouver une autre place pour ces fonctionnaires, s’ils ont ce statut à moins que ce soient des contractuels.
    Chacun crée ou restructure à sa guise une fois au pouvoir, j’ai cru comprendre que ce serait la même chose dans l’intercommunalité chez nous… on verra bien comment ça évoluera. Création de service correspondait à création d’emploi et ensuite ? si on démonte tout ?

  2. Henri Clément 7 mai, 2014, 09:47

    Sur le CNC, c’est le vieux débat illusoire entre libéralisme et interventionnisme. En France, faute de volonté et de vision politique nationale forte (Gaullienne par exemple), nous avons hélas cumulé le pire des deux approches au lieu d’en arbitrer la complémentarité. A la financiarisation de l’économie s’ajoute l’étatisation mafieuse et l’hypertrophie bureaucratique financée par la dette.
    Contrairement à ce que suggère M.Martin, la diversité apparente des offres (cinématographiques ou de presse) me semble loin d’être réellement assurée au bout du compte. Une part énorme de l’éventail des aspirations culturelles populaires est complètement étouffée. Seule un petite minorité (assez communautarisée d’ailleurs) domine les marchés.
    Le repli du public vers ce qui reste de l’espace de liberté d’internet en témoigne.
    En plus le cochon de contribuable paie trois fois les services proposés : une fois par le prix marchand, une deuxième fois par l’impôt qui finance artificiellement le marché, une troisième fois par l’intérêt de la dette contractée par l’état pour le financer selon ses normes. Au total, on sait qui gagne sur tout les tableaux : la banque.
    Sur les “Comités Théodules” pléthoriques c’est très simple : l’Etat se comporte comme un prédateur en développement anarchique, faute d’être lui-même régulé par le système démocratique verrouillé dont les parti sont les agences d’intérim. Créer un emploi fictif ne lui coûte rien, il gagne même un électeur docile ! Penser qu’une Union européenne fédérale dirigée par des technocrates non élus au service des banques et des lobbies va aplanir ce cancer, çà tient de l’inconscience.
    Une seule explication : entre un tiers et le moitié des électeurs est plus ou moins directement payé (à crédit) par l’Etat.
    Alors pourvu que ça dure ! Après moi le Déluge !

  3. Paule 6 mai, 2014, 18:39

    J’avais bien compris ,JOSE ,que l’objet de votre article n’était pas de mettre 442000 salariés au chômage du jour au lendemain .
    Je continue de penser que vous posez un vrai problème de choix de société auquel le sous emploi nous contraint .
    L ‘arrivée en masse des femmes dans le monde du travail , la mécanisation des tâches , l’arrivée de l’informatique n’ont pas été pris en compte par les gouvernants successifs .
    Des palliatifs ont été mis en place mais ils sont une aberration dont le coût pèse sur nos finances et c’est ce que vous faites apparaitre ,il me semble ,dans votre article .
    Si j’osais ,je dirais que ce sont” des emplois fictifs “,que nous cautionnons .

  4. José Alcala 6 mai, 2014, 09:37

    @ Antoine Martin
    Si, c’est toujours celui que vous appelez “le cochon de contribuable”, qui paye. Pour une raison simple: le prélèvement automatique, à la source, sur le prix du billet pour financer ce qui ne devrait pas l’être. Une entrée de cinéma coûte 8 euros, en moyenne, en province et 10 euros à Paris. La place la plus chère d’Europe. Voilà, pour une partie de l’exception française, qui prive souvent une famille de 4 personnes d’aller au cinéma.
    L’instance de régulation qu’est le CNC, selon vous, régule aussi beaucoup de copinage, régule le financement de contre oeuvres.
    Vous pouvez toujours citer des films qui ne sont que des exceptions qui confirment la règle. Moi je pourrais vous citer 120 titres chaque année, si j’avais le courage de les répertorier, qui sont de vrais fiascos artistiques et financiers.
    Vous avez raison de défendre votre profession, mais rien ne vous oblige à le faire sur l’indéfendable.
    Dernière chose. Si ce sont des experts qui attribuent les financements CNC sur les dossiers présentés, alors il faut aussi changer d’experts…

  5. José Alcala 6 mai, 2014, 09:20

    @ Paule
    Il ne peut s’agire de se séparer brutalement des 442 000 salariés, ce serait stupide et de toute façon irréalisable. En revanche, la mise en place d’un redéploiement et le non remplacement de départs à la retraite, peuvent être organisés. Une suppression totale, sans brutalité, demanderait une vingtaine d’années environ. En tout état de cause, cesser l’augmentation des effectifs qui a fait un bond de 6% en 2011.

  6. Antoine Martin 5 mai, 2014, 13:32

    @José Alcala
    Ne vous méprenez pas : je souhaite juste éveiller votre attention sur le “biotope” global de l’industrie cinématographique. Or, ce biotope est organisé autour d’un système de redistribution endogène. Ce n’est pas le cochon de contribuable qui paye les fantaisies de réalisateurs crétins mais le succès des films qui permet la fabrication d’autres films. Le CNC est, à ce titre, une instance de régulation propre au milieu professionnel.
    Ce biotope est constitué de genres de film différents et on ne saurait mener une réflexion économique ou politique sur des “J’aime / J’aime pas”.
    Par analogie prenons un autre biotope économique : on peut regretter que les kiosques à journaux diffusent plus de “Closer” ou “Voici” que de “Témoignage Chrétien” ou “Monde diplomatique” mais c’est grâce à la vente des uns que les autres sont distribués et disponibles.
    Il est faux de croire que n’importe qui peut monter un film. Vous devriez savoir que pour obtenir un financement public, le porteur de projet doit soumettre son projet à de nombreuses instances sélectives composées d’experts. Ces commission sélectives octroient des subventions, ou pas, à la lecture artistique d’un projet mais aussi en fonction de critères économiques.
    Maintenant, je vous l’accorde bien volontiers, personne n’est obligé au succès et il existe des films fiasco. Comme il existe des films qui trouvent leur public bien au-delà du délai d’exploitation en salle.
    A titre d’exemple, plusieurs articles paraissent ces jours-ci pour dresser des louanges à “La Reine Margaux” du couple Chéreau-Adjani. Le film reçut, en son temps, un accueil critique et public très réservé. Regardez le film “Lost in la Mancha” qui narre l’effroyable fiasco de la fabrication du film de Terry Gillian sur Don Quichotte. Par contre “la vie d’Adèle” est un film au budget “modeste” en regard de son accueil critique et public.
    Donc oui, le CNC préserve la diversité des écritures, des talents et des œuvres grâce à son rôle de régulateur ! Et, spectateurs, nous devons nous en réjouir.
    Bien à vous
    Antoine Martin

  7. José Alcala 5 mai, 2014, 11:29

    @ Antoine Martin
    Vous vous trompez! D’abord, j’aime le cinéma talentueux qui apporte du souffle, de la réflexion et même du spectacle. Les films hollywoodiens ne sont pas tous à brûler en place publique, comme vous semblez le souhaiter. De plus, par le système que vous évoquez, ils participent grandement à la production française. Heureusement qu’ils remplissent les salles….
    Oui, je connais le système de l’exception française. Je l’ai défendu sur son principe, mais ce système est devenu pervers avec le “toujours plus”. Aider les jeunes auteurs et réalisateurs (d’ailleurs, pourquoi jeunes? Ils peuvent aussi avoir 50 ans et plus) est une excellente chose, mais ne faut-il pas poser une limite au glissement progressif dans l’incohérence et la gabegie. Vous savez comme moi que le système permet à n’importe qui de monter un film, avec une histoire à dormir debout, mal réalisée, mal photographiée et le tout au nom de l’exception française…Vous savez comme moi que sur les 230 films français produits chaque année, en moyenne, vous êtes incapable, comme moi, de citer plus de 30 titres. Vous savez, comme moi, que plus de 50% de la production française, soit, ne sort jamais en salle et attend les diffusions télé, pour quatre sous, soit rassemblent 200, 3000 ou 10 000 spectateurs, donc largement déficitaires…
    Donc, d’accord pour le CNC mais ne convient-il pas de moins aider les films minables et de réserver les subventions au vrai cinéma, avec de bonne histoires, bien écrites et bien réalisées et de s’abstenir de donner de l’argent aux tartufferies produites à la pelle?
    J’ajoute, pour terminer, que les aides européennes, dont vous parlez, sont strictement encadrées et qu’elles sont destinées au vrai cinéma.
    Bien cordialement.

  8. Gondor 5 mai, 2014, 09:55

    Encore un excellent article qui met en évidence la gabegie en France ! Avec le spectre du chômage, on arrive à des situations ubuesques, comme le “mammouth” de Mr Allègre.
    Il faudrait vraiment un gouvernement qui ose taper sur la table et dire Stop ! Tous ces employés, qui ne servent à rien là où ils sont, pourraient parfaitement être reclassés dans les structures où le personnel manque. Un exemple, à la Justice, il n’y a pas assez de personnel pour saisir les dossiers ; avec une formation courte, toute personne sachant utiliser un ordinateur pourrait parfaitement être utile.
    Nombreux sont les services qui pourraient récupérer du personnel, sans augmenter la masse salariale et sans créer de chômage. Mais cela demande une vraie volonté de réforme. Les Canadiens l’ont fait … Nous en sommes incapables.

  9. Antoine Martin 5 mai, 2014, 09:04

    Aïe aïe aïe !
    Non José, la panne de Type Pad ne justifie la légèreté de tels propos.
    Mais d’abord, une petite citation, récente, de Michel Sapin : “Tous les français sont d’accord pour que l’on réduise les dépenses de l’Etat … chez son voisin”
    A titre d’exemple, le coût de l’armement nucléaire est de 5 milliards d’euros par an, et vous n’en parlez pas ? Rocard, lui-même, avait, avant de se rétracter posé la question : La France a-t-elle les moyens de conserver une telle arme dont l’utilisation est de plus en plus hypothétique ?
    Pour ce qui concerne le CNC, le fonctionnement est éminent plus compliqué puisque les ressources du CNC ne sont pas prélevées par l’impôt mais par une taxe sur le chiffre d’affaire des chaînes de télé et sur les billets d’accès aux salles de cinéma. (Par contre, en accord avec le ton de votre article, je vais sans doute avoir le plaisir de vous donner le nom de cette taxe, une merveille de la langue technocratique : la taxe supplémentaire additionnelle).
    L’argent collecté, par le milieu professionnel est, ensuite, redistribué auprès du secteur professionnel. Ainsi le succès d’un film d’une “major” américaine, finance la fabrication de films plus rares ou plus exigeants et sa distribution dans les salles qualifiées d’Art et Essais.
    Que vous appeliez cette exigence comme un naufrage de la production “qui ne trouve ni spectateur ni distributeur” est juste une incantation qui signe une grave méconnaissance de la complexité du système.
    A titre d’exemple : lorsqu’un festival de cinéma propose, à Vernon par exemple, un film qui ne remplit pas la jauge de la salle : est-ce un problème ou pensez-vous, cher José, qu’il faille tailler dans un système qui offre, même aux Vernonais, des films du monde entier et pas uniquement des films hollywoodiens ?
    Bref, ce système que le monde nous envie a été largement installé dans l’ensemble de nos partenaires européens et un dispositif de soutien existe aussi au niveau européen… Sauf dans les pays dominés par les tenants des “économies” libérales dont la Grande-Bretagne et l’Italie.
    Depuis combien de termes, José, avez vous été au cinéma voir un film italien ? Anglais ? C’était il y a très longtemps : l’ensemble de l’industrie cinématographique de ces pays a été balayé par des individus qui, comme vous, voulaient tailler dans des dépenses faites pour autrui…
    Cordialement
    Antoine Martin
    Producteur

  10. ericp27 5 mai, 2014, 08:03

    excellent article !
    c’est un peu comme quand mr allegre avait voulu s’attaquer au mammouth “éducation nationale”, résultat : tollé général
    et que dire de nos institutions?
    juste une idée comme ça :
    et si on baissait le nbre de députés, de sénateurs, de conseillers en tout genre, ainsi que leur rémunérations, ou indemnités de déplacements (sans justificatifs),
    qui serait à même de pouvoir calculer l’économie annuelle réalisée?
    non ce n’est pas du populisme, le peuple en a marre que l’état ne donne pas l’exemple , tout simplement, alors il se réfugie dans l’abstention ou autre….

  11. Paule 5 mai, 2014, 07:25

    Je partage votre sentiment ,mais dans un pays où l’emploi se fait rare ,que faut-il en penser ?
    Vous posez un réel problème .
    Que deviendraient ces 442000 salariés si les “comités Théodule ” étaient supprimés ?
    Des chômeurs !et un chômeur a un coût : il ne cotise pas aux caisses de retraite ,de la SS ,il ne paie pas d’impôts et j’en passe ….
    Si DE GAULLE a renoncé ,c’est je pense qu’il avait compris que la situation de l’emploi n’allait pas s’améliorer ;-(
    C’est un réel problème de société que vous posez ,JOSE .

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