Haute-Normandie. Alain Le Vern s’en va et impose son successeur


Le VernLe communiqué de presse est tombé hier, comme une petite bombinette. Le Président de la Région Haute-Normandie met fin à ses fonctions électives, le 30 de ce mois. Aucun motif de fond invoqué, sinon "je veux m'offrir de nouveaux horizons...". Quelle que soit la raison profonde, Alain Le Vern fait un choix dont le prolongement pourrait être que toute expérience a une fin qu'il est préférable de maitriser avant de se la voir imposer.

Immédiatement, d'autres communiqués de presse ont suivi l'annonce. Hommages, salutations, regrets, étonnements. Comme souvent, l'on se précipite au cou et au bras de l'homme aux "qualités rares, rigoureux, intelligent, dévoué, efficace, qui a su développer et diriger cette belle Région…" Si tout cela est vrai, tant mieux. Mais n'est-ce pas normal? Alain Le Vern a été élu pour cela. Dès lors, ces concerts de violons vibrants au rythme des sanglots longs, ne sont-ils pas excessifs? Alain Le Vern a, probablement, fait avancer la Haute-Normandie, mais ne l'a pas libérée d'un joug fascisant de droite. En 1998, la Région n'était pas un désert aride, non? Dans cette litanie multiple, un bémol. Celui de Jean-Luc Lecomte, conseiller régional communiste, " Chacun reconnait le travail accompli à la tête de la région depuis 1998" et note "sa bonne connaissance des dossiers régionaux" puis termine par un cinglant "...mais l'autoritarisme a pris le pas sur l'indispensable". Ce sera la dernière banderille plantée sur celui qui osa retirer leur délégation à deux conseillers régionaux du Front de Gauche.

 Comportement monarchique

Alain Le Vern quitte aussi le Sénat. Beauté du geste, oui. Cependant, selon l'adage "chassez le naturel et il revient au galop", Alain Le Vern, homme de gauche, a goûté l'ivresse du pouvoir local pendant trop longtemps. Si la 5ème République est monarchique, certains présidents de Région  sont devenus au fil du temps de vrais potentats locaux décidant de tout. Ainsi, Alain Le Vern s'en va mais désigne ses successeurs "Emmanuelle Jeandet-Mengal, première vice-présidente assurera l'intérim à la présidence jusqu'à la mi-octobre, date de l'élection de mon successeur dont je souhaite qu'il soit Nicolas Mayer Rossignol". En voilà de belles manières. Monsieur Le Vern ne sera plus élu de la République mais prendra des décisions qui ne lui incombent plus. Et si une majorité d'élus décidait, démocratiquement, de faire un autre choix ??…

Bon vent, Monsieur Le Vern.

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Comments

  1. Philippe 21 octobre, 2013, 17:00

    N’en déplaise à M. Martin dont la naïveté l’honore, M. le Vern vient d’être nommé Directeur général de la SNCF, en charge des Régions et du service Intercités.
    “Pas de tuyau de troisième main, ni d’explication par la bande du billard, ni même de coup fourré politicien”, mais bien une fusée à plusieurs étages dont la tête n’est pas encore atteinte.
    Bien sur, les louangeurs officiels insisteront sur la plus-value incontournable du personnage, dans un domaine qu’il maîtrise parfaitement (les transports), et rien à voir bien entendu avec sa démission-surprise et une quelconque compensation. Question : le poste est-il créé pour M. le Vern où était-il fortuitement vacant depuis 1 mois ?
    On attend avec impatience de connaître le successeur de M. le Vern au Sénat. Là-aussi, les rebondissements pourraient être … bondissants 🙂
    Et l’électeur-citoyen floué.

  2. José Alcala 17 septembre, 2013, 11:13

    @ Franck Martin
    Merci. Ce que j’exprime, essentiellement, dans l’article, est qu’un élu, ou homme politique, qui fait bien son travail ne constitue pas un exploit. C’est une chose normale. Il a été élu dans ce but. Qu’on le dise de temps en temps, très bien. Mais je trouve exagérées les congratulations permanentes et autres courbettes. En revanche, ce qui n’est pas normal, c’est l’élu inerte et icompétent.

  3. Franck Martin 16 septembre, 2013, 21:19

    @José
    Non, je ne vise pas l’article de Caméra Diagonale où tu dresses le bilan d’ALV. C’est ton point de vue, je n’ai rien à y redire. Mais je voulais réagir aux commentaires des “petits malins” qui cherchent frénétiquement une explication cachée à cette démission. Alors qu’ALV a été très clair : il entend rester libre et quitter ses mandats au moment qu’il a choisi et à l’apogée de son action. Mon seul commentaire est d’ajouter qu’il démissionne à un moment où l’horizon s’assombrit et que la marge de manoeuvre dont il a joui se restreindra pour ceux qui restent.
    L’écoeurante démagogie sur le cumul des mandats, le “politico-bashing” atteint un tel niveau de haine et de sottise que le but sera bientôt atteint : le pays sera géré par des colonels et des fonctionnaires soumis. Alain Le Vern n’a pas voulu qu’on lui dicte son choix. Il a maitrisé son départ.

  4. José Alcala 16 septembre, 2013, 11:27

    @ Franck Martin
    Je ne sais pas si ton commentaire vise l’article. Dans cette hypothèse je te recommande de le relire. Je le maintiens, confirme et signe.

  5. Amor LOUHICHI 15 septembre, 2013, 19:40

    Force est de constater qu’en plein débat et débâcle sur le cumul des mandats, cette décision mérite d’être saluer.
    Après, je ne connais ni les tenants ni les aboutissants de cette décision mais pour vous dire mon sentiment, je m’en moque.
    Je pense cependant que CES places à nouveau libres vont aiguiser beaucoup d’appétits, à droite comme à gauche.
    La mariée est si belle et généreuse (La République) qu’elle a et suscitera toujours toutes les convoitises, honorables ou pas.

  6. Franck Martin 15 septembre, 2013, 19:30

    C’est peu dire que la démission d’Alain Le Vern fait bouillir la marmite aux potins. Le geste est rare, il est normal que chacun s’interroge. Un homme politique consacre l’essentiel de sa vie à la conquête et à l’exercice du pouvoir. Pour les esprits simples, il est littéralement inconcevable qu’il abandonne ces conquêtes, le fruit de son ambition, sans y être obligé ou sans contrepartie. Et chacun y va de sa petite théorie, de son petit complot, de la confidence, de son tuyau de troisième main, de son explication par la bande du billard, le coup fourré politicien. Depuis jeudi, je ne compte plus les petits malins qui disent connaitre l’homme… qui connait l’homme… qui connait les intentions réelles d’Alain Le Vern… mieux qu’Alain Le Vern !
    Laissons les fouineurs fouiner et faisons confiance à l’homme : il dit qu’il a fait le meilleur… ce qui veut dire que cela ne sera plus possible demain.
    La décision d’Alain Le Vern est courageuse. Il l’explique en disant qu’il avait connu et donné le meilleur. Ce qui veut dire, en creux, qu’il ne veut pas présider au déclin de son oeuvre.
    Alain Le Vern s’en va parce qu’il ne veut pas être un président affaibli. Les lois relatives à la décentralisation n’ont pas abouti au moindre transfert de pouvoir de l’Etat vers les collectivités territoriales, hormis la gestion des fonds venus de l’Europe.
    L’autonomie financière des Régions reste un voeu pieux. Le chassé-croisé des compétences aboutit à un redécoupage des missions selon une carte qui – c’est le moins qu’on puisse dire – n’est pas la tasse de thé d’Alain Le Vern et qui est loin des souhaits qu’il avait exprimé durant la discussion législative.
    Tout le monde sait que la loi contre le cumul des mandats vise explicitement à affaiblir les élus locaux de son gabarit.
    Enfin, l’émergence des métropoles ne le faisait pas danser de joie. Peut-être a-t-il, sur ce point, compris le bien-fondé des partisans de la Grande Normandie : l’inévitable – et bénéfique – création d’une métropole à Rouen et ultérieurement au Havre et à Caen va réduire dramatiquement le pouvoir des deux présidents des mini-Normandie.

  7. Kondiaronk 15 septembre, 2013, 18:01

    Quelle est la contrepartie promise à M. le Vern en échange de l’abandon total de ses mandats ?
    Lequel abandon, par “appel d’air”, devrait permettre de satisfaire un certain nombre d’ambitions 🙂
    A suivre dans les prochaines semaines !

  8. Jacques 15 septembre, 2013, 14:05

    tant que la Région Haute-Normandie sera prisonnière de la Fabiusie, elle ne s’en sortira pas : la démocratie est nécessaire pour la confiance, pour le rassemblement; la logique de clan crée la division et l’exclusion !

  9. Averroes 14 septembre, 2013, 15:13

    Excellent papier, tout est dit ! Une fois de plus, allais-je écrire…
    Alain Le VERN fut un bon président pour la Région Haute-Normandie comme en témoigne la situation financière qu’il laisse à son successeur. Mais refaire les lycées à neuf ne suffit pas ou du moins ne suffit plus. Notre Région souffre de nombreux retards et de lourds handicaps qui n’augurent rien de bon pour l’avenir.
    Et puis, malheureusement, on ne se refait pas quand on est socialiste. Dieppe est une tache dans la Fabiusie Haut-Normande qui doit être effacée, coûte que coûte. L’union, mais sans les différences. L’union avec les autres, jusqu’à ce que les autres disparaissent. Comme d’hab’, quoi…

  10. Duval Roger 13 septembre, 2013, 19:50

    aurait-il reçu un appel du premier ministre afin d’être prés à remplacer l’un des verts susceptible de quitter le gouvernement, la taxe gasoil ça ne passe pas affaire à suivre.

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