Eure-Politique, les opérations commando peuvent se terminer en fiasco

Eure-Politique, les opérations commando peuvent se terminer en fiasco

Les divers services secrets des grandes puissances savent opérer en eaux troubles pour vaincre des adversaires. Dans l’Eure de fins limiers, associés, d’hier se retrouvent face-à-face aujourd’hui. En jeu, les élections sénatoriales de cet automne. Les trois sénateurs de l’Eure font partie de la majorité sénatoriale (LR-Union Centriste). L’un d’eux cessera sa carrière à la fin du mandat et il faudra le remplacer. Sébastien Lecornu, sans le dire, y pense ardemment. Fin de non-recevoir du sénateur Hervé Maurey. Un rapport de force s’installe. Explications: photo: Sébastien Lecornu lors du vote pour la présidence du département.

Hervé Maurey est un homme de conviction et travailleur. Tous les élus de l’Eure le savent et le disent. Il est membre de la majorité sénatoriale, emmenée par Gérard Larcher. Il a été élu en 2015 avec deux autres candidats, qui composaient la liste: Nicole Duranton et Ladislas Poniatowski tous deux “Les Républicains”. C’est Bruno Le Maire, alors député LR de la 1ère circonscription de l’Eure et ancien ministre de Nicolas Sarkozy, qui avait managé l’affaire. D’ailleurs, Bruno Le Maire était l’homme fort de la droite départementale. Cette position lui permettait de décider des candidatures à tel ou tel poste…

Tout commence avec les municipales de 2014. La droite LR et UDI remporte nombre de villes de l’Eure dont les plus importantes: Évreux, Vernon, Louviers, Les Andelys et Gisors. Dès lors, Le Maire et Lecornu deviennent les “Rois du pétrole”. Rien ne leur échappe, ils ont l’œil et la main sur tout ce touche les partis politiques de droite et du centre. Chez les élus et les militants c’est “silence dans les rangs”.

La même année 2014, en septembre, ont lieu les sénatoriales. Le changement de mode de scrutin fait passer le département de l’Eure du scrutin majoritaire à deux tours au scrutin proportionnel à un tour. Changement lié aux à l’importance le la population des départements de plus ou de moins d’un million d’habitants. Bruno Le Maire et Hervé Maurey (droite et centre) s’entendent sur une liste commune. Deux LR et un centriste. Le centriste (Hervé Maurey) sera tête de liste. La 2ème et le 3ème seront LR, Nicole Duranton et Ladislas Poniatowski. Ponia, comme le nomment les élus, passera de justesse avec 14 voix d’avance au détriment du premier de la liste de gauche, Bruno Questel.

Le calcul de Bruno Le Maire va s’avérer efficace avec l’approche de l’année 2015. Les 15 et 22 mars auront lieu les élections départementales, puis régionales neuf mois après, en décembre. Le Maire a une idée qui va faire son chemin et prendre les partenaires centristes de vitesse. Il s’entretient avec Hervé Morin, Hervé Maurey. En revanche, le président du groupe d’opposition, Jean-Paul Legendre (centriste puis LR ensuite) dont personne ne discute qu’il soit le prochain président du département avec les élections gagnées par la droite, est absent. L’accord proposé par Le Maire à Morin et Maurey est clair, en substance: “Vous soutiendrez Lecornu pour la présidence du département et nous (LR) soutiendrons Morin pour la présidence de la région en décembre 2015. C’est à prendre ou à laisser”. Hervé Morin qui rêve depuis longtemps de sa grande Région Normande n’en croit pas ses oreilles. Il jubile et trépigne. Hervé Maurey est moins enthousiaste. Il pense au coup “foireux” fait à Jean-Paul Legendre. L’avocat eurois n’en fera pas une maladie. Tout se passera selon les calculs de Bruno Le Maire: Sébastien Lecornu président du département et Hervé Morin à la présidence de la Région Normandie. Pour Morin, ce fut de justesse. En effet, le socialiste Nicolas Mayer-Rossignol perdit de peu.

Maintenant, ça se gâte un peu

Avec l’arrivée d’Emmanuel Macron et La République En Marche, la donne a changé. En avril et mai 2017, Bruno Le Maire et Sébastien Lecornu changent d’équipée. Ils franchissent la barrière et sautent chez Macron. Ce n’est du goût de leurs anciens partenaires LR et centristes. L’on connait la suite….

Aujourd’hui, Bruno Le Maire travaille et respire à Bercy et son horizon s’éloigne du département de l’Eure. En revanche, Sébastien Lecornu, toujours jeune et brillant politique, ne renonce pas à son ancrage de plus en plus solide. Ses visées sur le Sénat ne sont pas un mystère. Pour ce faire, pense-t-il, quoi de mieux que s’insérer dans une équipe en place. Celle de Maurey-Duranton-Poniatowski. Le ministre sait que Ladislas Poniatowski se retire et que la place est à prendre. Il offre ses services comme étant un avantage pour les sortants. Hervé Maurey perçois “l’enfumage” et comme il a déjà donné, décline l’offre de Sébastien Lecornu. La situation dès lors se complique. Lecornu est tenace, mais Maurey lui rétorque qu’il est devenu LREM et lui est resté fidèle à la majorité sénatoriale LR-Union centriste. Ainsi, Hervé Maurey écarte toute alliance avec des “macronistes”.

Aujourd’hui, le ministre des Collectivités Territoriales pourrait revenir à la charge en brandissant, sous le manteau, les régionales de l’année prochaine….Mais là, c’est une autre affaire. Dans un an à peine, à quel niveau d’approbation auprès des français sera LREM ?

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Comments

  1. zébulon 7 février, 2020, 17:06

    merci pour cette analyse très argumentée et qui nous laisse prévoir soit un coup de main, soit une embuscade mais à coup sûr une belle bataille qui pourrait faire sortir un loup du bois !

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