Barcelona

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L’on entend de tout, sur les plateaux de télévision, à propos des manifestations violentes qui enflamment les nuits de Barcelone. Des commentateurs “approximatifs”, politologues plus ou moins “désuets”, journalistes davantage “bavards” que connaisseurs, enchainent leurs opinions dénuées de tout sens politique et historique. Ainsi, à distance, l’information laisse à penser que la demande, par 40% de catalans, d’indépendantisme serait légitime pour des raisons économiques, anciennes et actuelles. Voyons cette réalité.

C’est la condamnation, par la Cour Suprême espagnole, de plusieurs indépendantistes-activistes pour faits de sécession, à 13 et 8 ans de prison fermes, qui a mis le feu aux poudres. C’est vrai, en Espagne, la justice frappe fort s’agissant de la sécurité de l’État et de l’intégrité nationale. Ce n’est pas extraordinaire. C’est la loi appliquée à la lettre. La Cour suprême est l’instance judiciaire placée au-dessus de tous les Tribunaux d’Instance, correctionnels et pénaux. C’est-à-dire qu’il ne peut y avoir appel. Sauf, si le Tribunal Constitutionnel déclare la sentence illégitime au regard de la Constitution espagnole qui détermine s’il y a atteinte, ou non, aux principes fondamentaux des Droits de l’Homme et des Libertés individuelles. La porte de sortie est donc possible. Un autre recours peut-être accordé: celui d’une grâce du roi d’Espagne.

Catalans face à face

Plus 500 000 manifestants dans les rues de Barcelone. C’est beaucoup. En parallèle, des catalans non favorables à l’indépendance alignaient, quasiment, le même nombre. Dans sa globalité, 44% de la population catalane serait favorable à l’indépendance; 47% défavorable et 8% ne se prononce pas…La majorité, dans le deux camps, est composée de personnes calmes et réfractaires à la violence. Reste une minorité qui cherche à en découdre physiquement et peut-être…militairement. Ce sont ceux-là qui ont mené le bal à Barcelone pendant presque une semaine. La nuit notamment. Il sont appuyés par des élément styles Black Bloc. Étrange ressemblance avec les émeutes des Champs-Élysées.

Régions espagnoles, de véritables autonomies renforcées

La Constitution de 1978, d’abord, réactualisée à plusieurs reprises, dont la dernière en 2006, octroie aux régions espagnoles, une large autonomie dans de nombreux domaines. Leurs compétences sont complémentaires à celles de l’État. Elles ne s’y substituent pas. Néanmoins, elles détiennent un pouvoir économique réel avec l’impôt prélevé sur place, additionné aux financements d’État. Rien à voir avec nos régions françaises qui se cantonnent à des délégations administratives sans aucun pouvoir politique. Parmi les 17 régions autonomes espagnoles, deux obtiennent plus que les autres: le Pays Basque et la Catalogne. D’autres, encore, ont récupéré des compétences de l’État Central et une autre partie a mis en place un programme social complètement indépendant financièrement, sans reversement de l’État. Toutes les Régions possèdent leur police, avec statut officiel telle la police national qui reste présente partout. Leurs compétences et pouvoirs politiques sont diversement variés.

La soi-disant suprématie de la Catalogne sur les autres Régions

C’est sans doute une vision nocturne de catalans en mal de succès européen ou international. C’est vrai, depuis les origines, la Région s’est toujours distinguée par son essor économique des plus dynamiques. Depuis l’après moyen-âge, en réalité. Ceci s’explique, aisément, par une situation géographique extraordinaire dans ses aspects naturels: richesse des sols, campagnes verdoyantes, littoral méditerranéen des mieux lotis, etc. Cela a été propice aux investissements, espagnols d’abord, puis étrangers. Les milliers d’entreprises installées en Catalogne sont majoritairement espagnoles, européennes ensuite, et mondiales. Depuis des siècles des flux migratoires, en provenance de toute l’Espagne, sont venus enrichir l’industrie et le commerce…..La Cathédrale “Sagrada Familia”, chère à Gaudi, se construit, depuis un siècle, par des bâtisseurs (maçons et tous corps de métiers) andalous, castillans, basques, galiciens et bien d’autres. Ces non-catalans, à l’origine, sont intégrés depuis belle lurette. Ils ont aimé et aiment aujourd’hui la Catalogne et l’Espagne. Ils revendiquent d’être les deux: espagnols et catalans. Faut-il préciser que depuis toujours un réflexe raciste et xénophobe anime certains “catalanistes” (nationalistes), (minoritaires) à l’encontre de citoyens venus d’Andalousie, surtout, mais aussi d’ailleurs. faut-il souligner, encore, que 90% de la population catalane et Barcelonaise, depuis le moyen-âge, ont des origines nordiques et de toute l’Espagne…de toutes les Espagne (s)

A l’origine ils étaient visigoths

Savent-ils d’où ils viennent? La langue n’était pas le catalan, mais le “gothie”. Les catalans d’alors appartenaient à l’ancien royaume visigoth de Tolède. Les visigoths, guerriers conquérants, étaient germaniques. Il s’installèrent un peu partout, là où les invasions étaient à leur portée et remplaçaient peu à peu, au cours des siècles, l’empire romain. De même, ils prirent position sur la péninsule ibérique, composée de diverses couronnes. Barcelone fut fondée à partir de 985 et la langue pratiquée était la langue d’Oc. Ses habitants, au fil du temps, enrichirent cet idiome dans des mélanges de castillan, basque, aragonais, français (de l’époque), portugais et même arabe. En effet, en 985, le guerrier musulman Al-Mansur, dont le califat était installé en Andalousie, prit et occupa Barcelone.

Une union entre quelques petits royaumes locaux fut tentée. Elle rassemblait, ce qui constituait “l‘Espagne intérieure“, avec la Nouvelle Castille, la Vieille Castille, Leon, et Estrémadure. Ainsi, entre 1620 et 1629, le processus d’unification continuait avec le Pays Basque, la Navarre, la Galice, l’Andalousie et la Catalogne. C’était “l‘Espagne périphérique” qui s’unissait à “l’Espagne intérieure“…. Voilà, en résumé, comment la Catalogne devint une Région d’Espagne, à part entière. Une histoire qui, dans le détail, est très longue, truffée de guerres internes, d’invasions multiples, de rébellions, de retournements de situations, de pestes, de famines. Une histoire longue de 1 500 ans. Une histoire des Espagnes (avec un s)

Où mènerait une indépendance

Nulle part. Elle est, d’ailleurs, impossible à moins d’un chaos général, une guerre civile qui enflammerait tout le pays. D’abord, 48% des catalans y sont défavorables. Ensuite, il faudrait que le processus de sécession distingue dans ses moindres détails ce qu’il adviendrait d’un pays de 7 millions d’habitants, entouré de frontières et de barrières douanières. Plus de libre circulation sans le passage obligatoire par des carcans administratifs. Automobilistes français figés dans de longues files d’attente, dans les deux sens, sans oublier ceux des pays du nord et de l’Est. Le rétablissement du passeport exigé par les autorités françaises. Barcelone ne serait plus la deuxième destination européenne. Mais, ce n’est pas le plus grave. S’ensuivrait, l’exode des entreprises et sièges d’entreprises espagnoles et européennes. Madrid et les grandes capitales régionales d’Espagne les accueilleraient les bras ouverts. Ce serait des milliers, voire des centaines de milliers d’emplois perdus. De quoi vivrait, alors, la Catalogne? Qu’elles seraient ses exportations locales? Ses besoins par importations?…

Enfin, la demande de la Catalogne à une adhésion dans l’Union Européenne n’a pas une seule chance sur un million, d’aboutir. La règle de l’unanimité, des 27, ferait capoter le projet avant même d’être présenté.

Categories: Catalogne, Espagne

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