Affaires. Qui est chef de l’éthique et de la morale?

Affaires. Qui est chef de l’éthique et de la morale?

Editorial

Les affaires sont les affaires” disait un personnage dans un film dialogué par Michel Audiard. Ici, les “affaires” présentent divers visages. Celle qui a frappé François Fillon revêt la particularité d’être à la fois du domaine judiciaire et de la morale. C’est le judiciaire qui l’emporte sur toute autre considération. La morale, si elle importe, en parallèle, ne peut être quantifiable pour en dégager une sanction. Car, de fait, qui a autorité, en France pour s’autoproclamer directeur de conscience et moraliste en chef. C’est ce second cas qui concerne Richard Ferrand. Le Parquet de Brest vient d’ouvrir une enquête préliminaire, laquelle portera sur le judiciaire et jamais sur la morale. Nous verrons!

La moralisation de la vie publique, explicitement, fait référence à l’honnêteté des femmes et des hommes politiques sur leur comportement quant à la gestion des deniers publics et autres conflits d’intérêt, en lien direct avec leurs charges électives. Richard Ferrand n’est pas cette case. D’abord, au moment des faits (2011), il n’était pas élu. Ensuite, Ce qui lui est reproché, la prise illégale d’intérêt, n’apparait pas. Jusqu’à hier, le parquet de Brest n’avait pas estimé nécessaire l’ouverture d’une enquête et s’il le fait aujourd’hui c’est à la demande de Anticor mais  aussi de l’entourage de Monsieur Ferrand , à des fins de clarté et pour clore la polémique.

Néanmoins, à l’origine, l’article du Canard Enchainé n’est pas une anomalie, mais seulement une question. L’hebdomadaire avait pris soin d’écrire que Richard Ferrand n’avait pas commis d’acte illégal. Tout se gâte ensuite comme une trainée de poudre. Le reste de la presse s’empare du sujet, parce que le sujet fait “vendre”. jamais certains quotidiens, hebdomadaires, magazines, radios, chaines de télé, n’ont été aussi prospères, économiquement, qu’au cours de cette folle campagne présidentielle , avec l’affaire Fillon. Alors, certains pensent, à n’en pas douter, que la fiesta peut continuer avec ‘l’affaire Ferrand”. Oui, la presse est utile et nécessaire. Un monde sans informations, sans organes de presse et sans journalistes, serait irrespirable. En même temps, ont-ils le droit de d’affirmer tout et n’importe quoi?

Aujourd’hui, l’emballement est tel que se sont des journalistes qui expliquent que Monsieur Ferrand doit partir, alors qu’ils sont à l’origine de cet emballement, en le voulant ou sans le vouloir. Ils expliquent qu’il s’agit, surtout, d’une affaire de moralité et d’éthique, mais qui est le chef de cette éthique? Qui a la main pour décider du niveau de moralité? Ils osent comparer l’affaire à celle de François Fillon en sachant pertinemment que l’affaire Fillon s’inscrivait dans le temps judiciaire. Tout sépare les deux cas.

Puisqu’on est dans le champ de la morale et de l’éthique, rappelons seulement ceci: en France les journalistes ont droit à un avantage fiscale, important. Une réduction de 7 800 euros sur leur déclaration de revenus. Une réduction d’impôts dont des millions de français aimeraient bénéficier. Il s’agit d’une mesure légale, mais est-elle morale? Et des journalistes de répondre “mais qui est habilité pour dire que c’est immoral?

 

Categories: France

Comments

  1. Zébulon 2 juin, 2017, 20:40

    POUR INFO SALAIRES AUDIOVISUEL (source http://www.snj.fr/ccntj/salaires)
    France Télévisions
    le 01 Juin 2013
    Tous les salaires sont exprimés en BRUT

    Niveau Salaires minimaux annuels bruts sur 13 mois hors prime d’ancienneté*
    1 Journaliste stagiaire 25 550€
    2 Journaliste rédacteur reporteur 32 800€
    3 Journaliste reporteur d’images 33 800€
    4 Journaliste bilingue
    Journaliste spécialisé – reportage
    Journaliste spécialisé – images
    Journaliste spécialisé Secrétaire de rédaction
    Chef d’édition
    Coordinateur des échanges régionaux et interrégionaux 37 300€
    5 Grand Reporteur palier 1 Coordinateur des échanges nationaux et internationaux adjoint au
    Chef d’un service d’information 40 800€
    6 Envoyé spécial permanent Responsable d’édition palier 1 43 300€
    7 Grand Reporteur palier 2 Responsable d’édition palier 2 Chef d’un service d’information palier 1
    Rédacteur en chef adjoint palier 1 44 800€
    8 Grand Reporteur palier 3 Chef d’un service d’information palier 2
    Rédacteur en chef adjoint palier 2 46 800€
    9 Grand Reporteur palier 4 Rédacteur en chef palier 1 48 800€
    10 Grand Reporteur palier 5 Rédacteur en chef palier 1 48 800€

    *Ancienneté dans l’entreprise en qualité de journaliste professionnel :
    – 2 % pour 5 années de présence ;
    – 4 % pour 10 années de présence ;
    – 6 % pour 15 années de présence ;
    – 9 % pour 20 années de présence.
    Sera considéré comme temps de présence dans l’entreprise, pour le calcul de l’ancienneté, le temps passé dans les différents établissements de l’entreprise.

  2. José Alcala Author 2 juin, 2017, 10:00

    @ Denis
    Nous sommes tous la crapule de quelqu’un, n’est-ce pas? Tout dépend aussi du niveau de crapulerie. Ferrand entre dans ce champ comme vous et moi. Ainsi, personne, à ma connaissance, ne possède de brevet de moralité et d’éthique pour décider qui est crapule, en marge évidemment, de tout acte judiciaire dûment constaté. Sinon, comment faudrait-il appeler le bon citoyen qui a recours au travail au noir pour faire baisser ses factures…et mille autres petits arrangements de la vie quotidienne??….Qui est blanc comme neige pour se permettre ce type de jugement hâtif?…
    Les niches fiscales? évidemment. Sont-elles pour autant morales. Pourquoi des pilotes de lignes et des journalistes, en autres, dont les salaires ne sont pas des plus bas en bénéficient-ils?
    Pour les journalistes, je vous l’explique: La mesure a été décidé par le gouvernement provisoire de 1945, parce les entreprises de presse n’avaient pas les moyens de défrayer les journalistes qui partaient en reportage. Ils assumaient avec leur salaire, les billets de train, les taxis, les repas et l’hôtel. De plus, avec des salaires très bas….Aujourd’hui et depuis très longtemps, la situation à plus que changer. Alors ce qui était un vrai geste de solidarité à l’époque est resté en l’état et devenu amoral. C’est le miroir que j’ai voulu retourner, dans l’article.

  3. Denis 2 juin, 2017, 09:20

    Il est très difficile de confier les rênes de l’action publique à quelqu’un qui s’est comporté comme une crapule, y compris dans le champ privé ! Concernant Ferrand, il est difficile d’en douter, n’est-ce pas ?

    Quant aux exonérations, elles ne sont pas l’apanage des journalistes. Ça s’appelle des “niches” fiscales. Et ces niches s’élèvent en France entre 35 et 40 milliards d’euros par an.

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