Vernon. Un contrat d’avenir pour le site du LRBA, en poussière d’étoiles


LRBA carte009Le 6 septembre sera signé, en mairie de Vernon, le "Contrat de redynamisation de Site de Défense" (CRSD). Comble de bonheur, l'acte sera finalisé dans la salle des mariages. L'Etat, comme prévu, apportera 5,3 millions d'euros dans la corbeille. Les 3 autres mariés, conseil général, Agglo et ville de Vernon, raides comme un passe-lacet, devront prendre l'argent chez le contribuable. Récit et rappel de ce flingage en règle.

Carte ci-contre. Le site du LRBA, en orange, avant l'arrivée de la SEP. 545 hectares.

Tout est fait pour que cela ressemble à une perspective concrète, palpable, dans le genre "Nous allons réactiver le site avec pleins de projets d'entreprises et des emplois à la clé". Cela se décline littéralement par "Après une phase de diagnostics techniques et d'études économiques, la mobilisation des acteurs locaux a permis la définition d'une stratégie de reconversion du site s'appuyant sur un plan d'actions qui forme le coeur du contrat de redynamisation". Amateurs de langue de bois, vous êtes servis. Pour envelopper l'affaire, les partenaires avaient créé, comme il se doit, une SPL. (Société Publique Locale) Ils y ont rajouté l'intitulé qui fait du bien à l'oreille, "du Plateau de l'Espace". Sauf qu'il n'y aura plus d'Espace. Le prestigieux Laboratoire de Recherches a été liquidé par Monsieur Morin, alors ministre et toujours grand pote du président de la CAPE, partenaire de la SPL, chargée de gérer la catastrophe sociale, technologique et humaine. Si la situation n'était pas tragique, l'on pourrait disserter sur son aspect comique. Car, faut-il le répéter, la meilleure opération pour le LRBA eut été de le laisser travailler les projets en cours, dont le fameux procédé Galiléo, concurrent européen du GPS. Malheureusement, les élus qui aujourd'hui témoignent "de l'attachement envers les outils nécessaires à la réalisation d'un projet qui doit être pour notre territoire un facteur de développement et conforter ainsi son rôle de pôle intermédiaire le long de l'axe Seine", auraient pu réagir moins mollement contre la fermeture du site. Les 500 emplois perdus pour Vernon et sa région ne seront pas comblés, avec les "outils" proposés, avant longtemps…très très longtemps.

5 millions d'Euros, un goutte d'eau dans 370 hectares

Le communiqué de presse fait état d'un arbitrage présenté à la validation du Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, fixant l'engagement financier de l'Etat à hauteur de 5,3 millions d'euros. Cette aide avait été décidée sous l'ancien gouvernement. Le montant est spectaculaire, mais à l'échelle du site cela devient de la démagogie, même si l'Etat conservera une grande partie de l'espace forestier. L'argent va filer à la vitesse de l'éclair. Les élus le savent et regardent l'ange passer. Il va être dépensé dans l'entretien, le gardiennage, les diverses études menées par des cabinets d'expertises qui n'auront pas l'addition légère, les mille et une petites factures alignées sans complexe. Et ensuite l'argent manquera indéniablement. Au bout de la grande glissade, la grande illusion.

Que l'élu qui aurait une bonne idée lève le doigt et la dise.

Qu'est-ce, selon le communiqué de presse, "redéploiement d'activités". Dans quels domaines, quelles entreprises? Le LRBA reste une emprise très importante avec d'immenses bâtiments et hangars. Il est sans commune mesure avec des anciennes casernes, dont l'espace plus restreint a permis des reconversions réussies dans l'habitat et autres quatiers de villes.

Le maire de Vernon sera le dindon de la farce

Philippe Ngyuen Thanh s'est porté candidat à la présidence de la SPL. Son voeu a été exaucé. Ses adversaires politiques locaux se frottent les mains. Election municipale oblige, ils vont lui tomber dessus comme la misère sur le bas monde, dans quelques mois. Un leitmotiv dont la partition musicale est déjà écrite, "Vous avez voulu diriger la structure, quel est votre bilan? Où sont vos bonnes idées? Ils participeront tous à la curée en faisant oublier que la fermeture du LRBA a été décidée par leurs amis politiques. Mais le maire de Vernon est majeur et vacciné, qu'il assume!

Ce qu'était le LRBA, en chiffres et en lettres

Avant l'installation de la Société Européenne de Propulsion, en 1974, le LRBA était situé dans un vaste domaine boisé de 545 hectares. La SEP prit 180 hectares et aujourd'hui l'ensemble est de 370 hectares.

Crée par décret le 17 mai 1946, comme organisme de recherches rattaché à la Direction des Etudes et Fabrications d'Armement (DEFA) avec des attributions de recherches dans le domaine de la balistique et de l'aérodynamique, de la mise en oeuvre et l'application au matériel et des engins dont la réalisation imcombe à l'armement et aux diverses techniques appropriées. Des travaux de recherches qui aboutissaient à la conception de la fusée sonde Véronique, puis au propulseur "Vexin" qui équipait le premier étage de la fusée "Diamant A", qui permit la mise en orbite du premier satellite français. Ce sont ces travaux de recherches et de réalisations qui aboutissaient une trentaine d'années plus tard à la naissance de la Société Européenne de Propulsion qui devait concevoir, hors contrôle de l'Etat, le programme "Ariane", lanceur de satellites dans les applications les plus diverses, civiles.

En 1967, le LRBA est rattaché à la Direction Technique des Engins (DTE). En 1971, les activités à caractère industriel du secteur propulsion sont transférées donc au secteur privé et le LRBA reçoit mission de conserver son caractère étatique de Centre Technique et d'Evaluation, pour la DTE et de Centre Pilote pour toutes les Directions de la Délégation Générale de l'Armement (DGA) dans le domaine de la navigation et du guidage par inertie.

Les missions sont nombreuses dans les domaines de compétences, dont le LRBA s'est faite une spécialité. Ses moyens vont de paire avec les activités haut de gamme. En 1980, le site est composé de 500 personnes, dont 125 ingénieurs civils et militaires. Les surfaces couvertes représentent 60 000 m2, dont plus de 3 000 m2 de laboratoires climatisés.

L'activité expérimentale s'y développe avec des résultats spectaculaires, tels la soufflerie supersonique qui fonctionne de Mach 0,3 à Mach 4,4, c'est-à-dire 4 fois la vitesse du son. La maquette de l'avion supersonique Concorde avait été étudiée dans la soufflerie du LRBA, secrètement, sous un nom de code. Il s'agissait de concevoir le meilleur fuselage possible lui permettant de fendre l'air avec un minimum de pression.

L'avenir technique et technologique du LRBA était assuré pour longtemps, selon des ingénieurs aujourd'hui mutés à tort et à travers. Les études et la recherche du système Galiléo se sont arrêtés net. Le projet, s'il n'est pas abandonné, prendra un retard considérable.

Voilà le grand ratage de la décennie, dans la région vernonnaise. Le comble du machiavélisme est d'entendre de la bouche du ministre responsable, en direct à la télévision "Oui, j'ai commis une erreur. Je n'aurais pas dû fermer le LRBA". Il a fallu du temps à l'ancien ministre pour comprendre que le LRBA n'était pas une caserne, mais un lieu de recherches appliquées qu'il convenait de conserver dans l'intérêt de la France et des technologies du futur. Trop tard!

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Comments

  1. Sacrifié 22 septembre, 2013, 20:28

    Ingénieurs mutés à tort ou à travers.
    C’est en dessous de la réalité.
    Certains ont été virés et empêchés de retrouver du travail pour ne pas entraver la bonne marche du projet qui était la fermeture. je sais de quoi je parle, je suis dans ce cas là et je ne peux même pas pointer à l’ANPE car notre statut de l’époque ne nous le permet pas. Donc en plus d’un gâchis technique un gâchis humain dont les politiques locaux ne se remettront pas. Beaucoup de gens LRBA étaient impliqués localement dans la vie politique et associative.

  2. Henri Clément 27 août, 2013, 22:01

    Grand ratage de la décennie, oui sans doute. N’est-ce pas d’abord un problème de politique nationale ? Reconnaissons que pour les élus locaux, il n’y avait que des mauvaises solutions : accepter ou refuser ce cadeau empoisonné de l’Etat démissionnaire, qui comme son nom ne l’indique pas ne laisse jamais les lieux publics dans l’état où il les a trouvé (ce qui fait dire à certains qu’aux toilettes publiques, on devrait être prié de laisser l’Etat en ces lieux et pas l’inverse).
    Bref, j’aurai milité pour le refus.
    Le maire de Vernon sera t-il le dindon de la farce ? D’une certaine manière il s’est laissé farcir avec des gloussements de complaisance. C’est plus facile de s’abriter derrière les embrouilles de la technocratie et ses dispositifs de redynamisation bidons que de mobiliser une ville pour mener un défi contre l’état dans une stratégie de rupture. Et ce ne sont pas les toutous carriéristes du PCF qui risquaient de l’y encourager. Et ce ne sera pas le cabri de l’UMP, animé du même logiciel politicien, qui pourra se dire fondé à le lui reprocher.

  3. José Alcala 27 août, 2013, 09:50

    @ Ebenezer Scrooge
    L’engagement financier des autres sites, anciennes casernes essentiellement, sont des structures beaucoup plus réduites. Le LRBA est une exception vu son caractère spécifique et les 5,3 millions seront utilisés pour faire face aux énormes coûts prévisibles avant les premières étapes d’éventuels projets. Les financements propres à la redynamisation n’en sont pas au début du commencement. Cet argent reste à trouver. Il sera public et privé. Cette aide de l’Etat, comme je l’explique, c’est peanuts pour monter des projets concrets.

  4. Ebenezer Scrooge 27 août, 2013, 06:29

    Deux précisions qui ne remettent pas en cause vos observations.
    Si vous lisez bien les contrats des autres sites, l’engagement financier de l’Etat vise à accompagner financièrement les différentes phases du projet de redynamisation. En d’autres termes, sans projet concret, l’Etat n’aura rien à débourser. Les promesses n’engagent …
    L’argent ne pourra pas servir à payer le fonctionnement du site contrairement à ce que vous écrivez.

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