Un mot sur la Monarchie espagnole

Un mot sur la Monarchie espagnole

Phelipe VIBizarrerie de la télévision française. La cérémonie officielle d'investiture de Phelipe VI n'a pas été retransmise, en France, par le service public mais par une chaîne privée, BFM-TV. Non pas que l'évènement soit de portée planétaire, dans l'état actuel du monde, mais beaucoup de français auraient aimé savoir ce que la monarchie espagnole a apporté depuis 39 ans.

La chaîne privée a diffusé toute la cérémonie. Elle a relayé dans son intégralité le direct de TVE. Rien sur France Télévisions, à part des reportages d'information dans les JT. Informations truffées d'erreurs, de chiffres erronnés et d'approximations. Ainsi, les espagnols ne sont pas du tout partagés entre Monarchie et République. Partagé veut dire à part égale. Ce n'est pas le cas. Tous les sondages réalisés en Espagne, après l'abdiquation de Juan Carlos, début juin, indiquent que 72% des espagnols approuvent la Monarchie, contre 25% qui souhaitent le retour de la République et 3% qui ne se prononcent pas. Il y a eu des manifestions de partisans de la République, (images montrées sur les chaines françaises) notamment en Catalogne où une partie de la population souhaite aussi une séparation totale avec l'Espagne. L'Assemblée Nationale (Cortes) et le Sénat ont approuvé, très majoritairement, la poursuite de la Monarchie avec Phelipe VI. Les partisans de la République ont demandé un référendum pour que le pays se prononce. Or, cette mesure rélève de la Constitution. Elle prévoit un vote au Congrès à la majorité des deux tiers permettant le référendum. L'approbation des parlementaires en faveur de la Monarchie exprime qu'un tel changement constitutionnel ne pourrait avoir lieu.

Il est vrai que des incartades de la "Maison Royale" constatées ces dernières années ont quelque peu terni son image. D'abord les villégiatures de Juan Carlos en Afrique pour des chasses à l'éléphant, un peu à la Giscard, ont dévoilé un terrible accident dont a été victime le Roi. Sept interventions chirurgicales et la pose d'une hanche artificielle l'on amoindri physiquement. Âgé de, seulement, 76 ans l'ancien Roi d'Espagne se déplace difficilement. Sa sagesse, toujours vivace, l'a conduit à abdiquer, un geste salué par la majorité des espagnols.

Juan Carlos 1er a été l'homme de l'unité espagnole après 40 années de régime franquiste. Il a éte celui qui a restauré la démocratie sans heurt, qui a insufflé le renouveau du pays. Du jour au lendemain, les partis politiques et les syndicats, étoufffés et interdits par la dictature franquiste, ont été réhabilités et de nouveau autorisés. L'Espagne est entrée, à partir de décembre 1975, dans une nouvelle ère. Santiago Carillo, le leader du Parti Communiste espagnol, clandestin jusqu'à cette date, rendait visite au Roi d'Espagne pour le remercier. Phelipe Gonzalez, secrétaire général du Parti Socialiste ouvrier espagnol (PSOE) se disait honoré de voir le rétablissement de la démocratie. Les premières élections législatives, de l'après Franco, donnaient la majorité au parti centriste d'Adolfo Suarez (disparu récemment) et le Roi le nommait premier président du nouveau gouvernement démocratique depuis 1936. La démocratie était en marche. Alternativement, la gauche et la droite prenaient en main les affaires du pays. 39 ans plus tard Juan Carlos se retire et Phelipe VI succède à son père.

Le 4 juin dernier, devant les députés des Cortes, le secrétaire général du Parti Socialiste Ouvrier Espagnol, Alfredo Perez Rubalcaba, faisait une déclaration qui ne souffre pas d'ambigüité. En clair: il est évident que pour le Parti Socialiste espagnol, la République est sa substance naturelle. Toutefois, ce que le Roi d'Espagne a apporté au pays, c'est-à-dire l'essentiel qui est la démocratie et la paix, notre Parti ne voit aucune contradiction à la poursuite de cette Monarchie constititionnelle et parlementaire". Même tonalité dans les partis de droite, du centre et du Parti communiste. Seul un parti minoritaire de la gauche de la gauche a exprimé le retour à la République.

Sans doute, un jour viendra où les espagnols exprimeront, majoritairement, un retour à la République.

 Depuis l'instauration de la démocratie, en 1975, l'Espagne a connu 6 présidents de gouvernement ( 1er ministre). C'est peu comparé à la France:

Juillet 1976 (après la transition du franquiste Arias Navarro) Adolfo Suarez (Union Centriste); Leopoldo Calvo-Sotelo (Union centriste); Phelipe Gonzalez PSOE; Jose Maria Aznar (partido popular droite); José-Luis Zapatero (PSOE); Mariano Rajoy (partido popular droite).

Categories: Europe

Comments

  1. Sylvia Mackert 22 juin, 2014, 20:11

    Il est vrai qu’on trouve plus d’information à ce sujet sur les pages facebook qu’à la télé et que tous les royalistes pensent que les nobles sont des personnes supérieurs aux autres.
    A chacun sa sensibilité, mais bon j’ai retrouvé un autre sujet qui remet un peu tout le monde à sa vraie place, notamment parmi les nobles, quand on lit un peu comment se passe la cérémonie d’inhumation en Autriche avec les trois coups…
    http://www.noblesseetroyautes.com/2011/07/la-crypte-des-capucins-necropole-de-la-maison-dautriche/
    les titres de noblesse il faudra les laisser à la porte lorsqu’on veut entrer dans la maison de Dieu, passer de l’autre côté et on devient « simple pêcheur (ou pécheresse) » qui demande à entrer, ou à être accueilli.
    Habsbourg, Autriche… à lire sur le lien ci-dessus

  2. zébulon 21 juin, 2014, 07:47

    Effectivement José il y a de quoi se poser la question car hormis LCI, I-télé et BFM TV en France, France Télévisions n’a pas retransmis l’intronisation du roi Phelipe VI. Etonnant surtout lorsque l’on sait que le groupe français de télévision retransmet les évènements de la couronne royale d’Angleterre, des Pays-Bas alors pourquoi ce choix. Choix qui surprend d’autant plus que l’Espagne est un pays voisin avec une longue histoire avec la France. De plus avec un une communauté espagnole importante en France, communauté qui est venue pour travailler, fonder une famille, s’investir dans notre pays, pour fuir Franco et un premier ministre franco-espagnol sans omettre les liens politiques importants qui lient nos deux pays : économiques, culturels, éducatifs, sportifs, la lutte contre le terrorisme, etc. France Télévisions aurait pu faire un effort de retransmission.
    Si trou de mémoire il y a de son côté, un petit rappel bien résumé par Cristina García Rodero dans le journal Généalogie :
     » La lignée paternelle, arrivée sur le trône d’Espagne avec Philippe V, hériter par sa grand-mère des rois d’Espagne de la maison de Habsbourg, conduit à Louis XIV, Henri IV, saint Louis, Hugues Capet et aux très lointains comtes de Hesbaye et du Wormsgau…
    Les autres lignées apportent d’abord les ancêtres incontournables, avec les fameux « grands-parents de l’Europe » : la reine Victoria (une fois dans la ligne paternelle et deux fois dans la ligne maternelle) et le roi Christian IX de Danemark (deux fois dans la ligne maternelle). Quelques ancêtres particuliers aussi, comme l’empereur Guillaume II (grand-père maternel de la grand-mère maternelle), les Orléans (Louise d’Orléans, fille du Comte de Paris, grand-mère maternelle de Juan-Carlos), Charles-Quint, Catherine II de Russie… et bien sûr les inévitables Charlemagne, Mahomet, Ramsès II et tous les autres…
    Une généalogie qui fait bien sûr cousiner le nouveau roi avec tous ses homologues, sachant que les actuels souverains qui sont ses plus proches parents sont les Anglais, puisque le mari d’Elizabeth II, le duc d’Edimbourg, né prince de Grèce, était le cousin germain de son grand-père maternel, le roi Paul de Grèce.
    Pour tous détails, on pourra surfer sur le bel arbre en ligne d’Henri Frébault (déposé sur Geneanet), où l’on trouvera une très belle ascendance du nouveau roi (66 générations !). Et grâce auquel on pourra également surfer dans l’étonnante descendance de Louis IX de Hesse (1768-1790), un landgrave qui n’a guère marqué l’histoire, mais qui se trouve être, par son mariage avec Henriette Caroline, fille du duc palatin de Deux-Ponts-Birkenfeld, le premier ancêtre commun à toutes les têtes couronnées d’Europe. Car en effet, cherchez bien : ils et elles y sont tous et toutes : rois et reines des Belges, d’Angleterre, de Suède, de Norvège, d’Espagne, du Danemark et des Pays-Bas, princes de Liechtenstein et de Monaco, grand-duc du Luxembourg, comme vous y trouverez aussi ceux ayant perdus leur couronne (Orléans, Autriche, Grèce, Prusse, Russie, Italie…).
    Ajoutons que le nouveau roi se nomme en réalité Felipe Juan Pablo Alfonso de Toos los Santos de Borbón y Grecia et que son prénom a lui-même toute une histoire. Il renvoie d’abord à Philippe V d’Espagne, petit-fils de Louis XVI qui, pour avoir hérité du trône d’Espagne, y avait installé la vieille dynastie française. Il renvoie ensuite aux rois d’Espagne, avec quatre porteurs du prénom, le premier d’entre eux, Philippe-le-Beau, le tenant de ses ancêtres maternels, les ducs de Bourgogne (Philippe-le-Bon et Philippe-le-Hardi), des Capétiens qui le tenaient eux-mêmes de leurs ancêtres rois de France : cinq Philippe, dont le premier, Philippe Ier, le devait au choix de sa mère, la princesse Anne de Kiev, une princesse russe, pétrie de culture grecque, qui en le donnant à son fils, en 1052, l’avait introduit dans le panel des prénoms royaux occidentaux. »

  3. Gondor 21 juin, 2014, 00:37

    Il y a tant de médias français « à la botte » que oser parler d’une monarchie constitutionnelle (qui fonctionne bien) serait une hérésie ! On a bonne mine avec la valse de nos 1ers ministres et les multiples affaires de tout bord. Les « erreurs » personnelles (et non politiques) de Juan Carlos doivent passer au second plan devant son courage lors de la tentative de putsch ; personne ne donnait cher de ce roi quand il est arrivé. Comme vous le dites José, il a su libérer son pays et le relever. La preuve : l’Espagne est en train de sortir de la crise ; nous, ce n’est pas pour demain. La République ne fait pas tout, CQFD !
    Longue vie au roi ! (je ne suis pas Espagnole non plus !)

  4. Laure Enbé 20 juin, 2014, 20:01

    Il est en effet désolant de constater le peu d’intérêt des médias français pour l’actualité espagnole quand elle est souriante.
    Les mêmes médias qui nous rabâchent continuellement que la vie est dure en Espagne, que les gens dorment dans la rue, que les jeunes n’ont pas d’emplois, etc…
    Me rendant régulièrement en Espagne (Catalogne et Pays Basque) pour raisons professionnelles, je cherche encore les mendiants à la gare de Barcelona-Sants. Je cherche encore les cartons de couchage sous les portes cochères comme on en voit dans tous les coins de Paris. Etc… Je rencontre plutôt des gens fiers qui ne pleurnichent pas sur leurs difficultés. Des gens volontaires. Mais ça, les médias classiques ne le voient pas.
    Ah, on me dit dans l’oreillette que l’Espagne retrouve le chemin de la croissance. C’est normal, elle le mérite.
    PS: je ne suis pas espagnol, ni de près ni de loin, mais j’en ai assez que l’on se serve des problèmes d’un peuple pour masquer les nôtres.
    Longue vie au roi!

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