Télévision, Salto se prépare pour le grand saut

Télévision, Salto se prépare pour le grand saut

Pour contrer la plateforme Netflix, diffuseur de séries et de films, trois groupes français de télévision ont uni leur force de frappe. France Télévisions, M6 et TF1, concurrents acharnés au quotidien, veulent casser l’élan de l’américain avec l’objectif de lui prendre ses parts de marché. C’est de bonne guerre. La question première est: pourquoi ces groupes français n’ont pas été plus visionnaires avant l’arrivée de Netflix. Ensuite, ont-ils les moyens financiers et sont-ils suffisamment inventifs pour créer des contenus autres que des rediffusions de programmes?

Le nom retenu est Salto. Vers la fin  de cette année, ou début 2019, la plateforme française verra le jour. L’idée vient de Delphine Ernotte, la présidente de France Télévisions. Le groupe public ne pouvant se lancer seul compte-tenu de son état financier, il lui a fallu proposer l’enjeu à ses concurrents directs. Il y a comme une bizarrerie dans le concept financier. Comment s’entendre dans une aventure commune, alors qu’au quotidien les trois groupes se livrent une course effrénée à l’audience? L’expérience, malheureuse, avait été tentée en 1996 avec la Télévision Par Satellite (TPS), par les mêmes opérateurs France Télévision et M6 et TF1, principaux actionnaires. A l’époque, c’était, déjà, pour concurrencer Canal Sat, émanation de Canal Plus. L’aventure dura 12 ans, mais le groupe public s’était retiré au bout de 4 ans, décision prise par Xavier Gouyou-Beauchamps le PDG de l’époque. Le groupe Canal finit par absorber TPS, en 2008, croyant conserver ses 3,5 millions d’abonnés. Il n’en fut rien, ou presque. C’est vrai, le projet avait pour but de diffuser tous les programmes TV sur le satellite en complément de la voie hertzienne, avec en prime une plateforme cinéma.

Dire, aujourd’hui, sur la base d’informations émanant du trio français, que Salto est monté comme un Netflix à la française, n’a pas de vrai sens.

Contenus de Salto

Les trois groupes français, unis pour la circonstance, affirment offrir leurs programmes, propres, avec des aménagements. Surprenant! TF1, France TV et M6 vont ainsi, pour la somme de quelques euros, offrir des rediffusions. Le système existe déjà avec les « Replay » et gratuitement. L’on comprend mal l’astuce. Des contenus classés par genre, disent les protagonistes: sport, fictions, documentaires, magazines, cinéma, journaux. L’ensemble, évidemment, visible à la demande par le téléspectateur-consommateur.

Payer deux fois

Des contenus vus sur les chaines, gratuitement, seront payants sur Salto. Pour être original, c’est original. Mais alors, se pose la question sur la redevance audiovisuelle. Les téléspectateurs français devront-ils payer deux fois les mêmes contenus? C’est ce qui semble être le cas. Ce n’est pas du tout le créneau de Netflix…

Netflix

La plateforme américaine s’est spécialisée dans le cinéma, les séries et les documentaires originaux….De plus, afin de contrer la règlementation française sur le cinéma qui stipule qu’un film ne peut être diffusé sur les chaines TV, classiques, que 3 ans après sa sortie en salles, la plateforme a contourné l’obstacle en produisant ses propres films et séries. Donc, la concurrence que veulent instaurer les trois groupes français, n’en est pas une.

Nouvelle forme de consommation

TF1, France TV et M6, implicitement, nous expliquent que rassembler les programmes de leur chaine respective revient à dire qu’une seule chaine pourrait suffire, en diffusant les meilleurs contenus. In fine, les chaines traditionnelles sont-elles appelées à disparaitre au bénéfice d’une nouvelle forme de consommation? Chacun pourra voir le même programme aux heures et sur le support de son choix: téléviseur, smartphone, tablette. En cela, Salto, comme Netflix et d’autres encore dans le futur, auront au moins inventé une nouvelle forme de consommation. Terminé les horaires fixes devant un téléviseur.

NB: « Salto » veut dire « Saut », en espagnol

 

 

Categories: France

Comments

  1. Zébulon 28 juin, 2018, 17:20

    salto avant ou arrière voir les deux ! Je ne sais pas quel est le budget de chaque nouvelle application étudié, mise en application mais ce qui est formidable dans le service public audiovisuel, mais pas seulement lui, c’est qu’à chaque nouveau PDG des idées, des restrictions, des projets qui finissent par coûter, on dissous l’ORTF, on refait les sociétés, un groupe puis on change encore. Etre innovant c’est bien, être en retard c’est dommage, atteler la charrue avant les bœufs ce n’est pas forcément efficace. A force de vouloir être sur tous les fronts, tous les supports il arrive un moment où cela doit bloquer quelque part non : c’est dommage non. Dans tout cela qui paie l’addition : les téléspectateurs, les citoyens imposables et les salariés qui ne doivent plus savoir sur quelle fréquence ils sont !

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