Seine-Maritime, la fin de la Maison Fabius

Seine-Maritime, la fin de la Maison Fabius

La nomination de Laurent Fabius, il y a presque un an, au Conseil Constitutionnel, signe la fin d’une époque en Seine-Maritime. L’ancien Premier ministre de François Mitterrand y avait installé une véritable place forte et su entrainer dans son sillage une quantité d’hommes et de femmes qu’il a façonné pour le servir et lui être fidèle. Parmi eux, de vrais talents ont émergés tandis que d’autres se sont contentés d’une bonne cantine et d’un fromage qui leur a rapporté gros. La « Fabusie » n’aura plus d’existence en mai prochain.

Ils sont nombreux a avoir fait carrière sous son aile. Au départ, certains étaient déjà en place. Ils servaient la tête d’affiche, jusqu’en 1978, du département, Tony Larue. Figure historique du socialisme récent, issu de la SFIO et de la FGDS. Lorsqu’il s’efface c’est pour laisser place nette à l’une des dernières recrue de Mitterrand. Laurent Fabius est alors un jeune énarque qui faillit se retrouver chez Giscard. Mitterrand fut plus rapide et le coopta. Courant 1977, le jeune cavalier sillonne la circonscription du Grand-Quevilly-Elbeuf. Il est aidé par Marc Massion, inspecteur des PTT et un instituteur syndicaliste, Alain Levern. Un autre futur député prête la main, Pierre Bourguignon chômeur à l’époque. Le recrutement ne s’arrête pas là. Laurent Fabius  fait la connaissance, à Paris, d’un journaliste de l’audiovisuel. Il le fait nommer responsable de la station régionale de télévision. Le travail d’info va être payant. Fabius avait  toujours une caméra à ses trousses, pour l’information locale. Une apparence d’information, tel le slogan sur le Canada Dry…Peu à peu les rangs s’étoffent: Frédéric Sanchez, aujourd’hui président de la Métropole de Rouen; Alain Levern deviendra député-maire de Saint-Saens, entre autres, pour terminer président du Conseil Régional de Haute-Normandie; Catherine Troallie députée, François Zimeray, Christophe Bouillon; Frédéric Bredin députée-maire de Fécamp; Henri Weber, ancien troskiste élu député européen puis sénateur; Guillaume Bachelay deviendra député après la nomination de Laurent Fabius au gouvernement;  Didier Marie, empereur du cumul des mandats; Nicolas Rouly; Estelle Grelier, députée puis Secrétaire d’Etat récente, sur recommandation de Laurent Fabius auprès de François Hollande. Enfin Nicolas Mayer-Rossignol probablement le plus talentueux avec Guillaume Bachelay, au siège de président de la Région Haute-Normandie…

Il y en a eu beaucoup d’autres, des centaines au bas mot, à des postes moindres: maires de petites communes, adjoints, conseillers généraux, conseillers régionaux. Aussi, de nombreux emplois dans les collectivités territoriales. Bref, une gigantesque toile d’araignée tissée au fil des années. Depuis 40 ans très exactement. Que de monde, d’argent, de prébendes, de recommandations, d’aides en tout genre. La « Maison Fabius » était une institution, une organisation, un mouvement d’horlogerie.

L’empereur du cumul

Parmi cette armée, un petit soldat exceptionnel dans l’art du cumul. L’homme a fait l’objet d’innombrables reportages dans la presse nationale. Un débrouillard hors-pair, mine de rien avec l’air de pas avoir l’air. Didier Marie est l’élu de Seine-Maritime qui a le plus engrangé de mandats et d’espèces sonnantes et trébuchantes:

Au total, Didier Marie  encaissait plus 12 000 euros mensuels.

Dans le détail: président du conseil départemental (battu en 2015) 4 400 €, vice-président de l’Agglo 1 460 €, maire-adjoint d’Elbeuf 970 €, revenu administrateur société autoroute 415 €, attaché parlementaire de Laurent Fabius 5 500 €. Guillaume Bachelay devenu député ensuite, ramenait cette somme à 1 900 €, et pour compenser la différence Didier Marie se fit nommer chargé de mission à la fédération PS pour 3 200 €.

Médiapart, ainsi que la presse régionale de l’époque avaient enquêté sur l’élu le mieux payé de Haute-Normandie. Pour sa défense, Didier Marie avait opposé qu’il ne faisait rien d’illégal. Sans doute, mais ce n’est, néanmoins, pas du meilleur goût moral pour un socialiste qui ne cessait d’épingler « la droite et son goût pour l’argent ».

Fin de parcours

la fiesta va cesser à partir de la prochaine mandature, présidentielle et législative et des élections locales qui suivront. Après 40 années de règne fabusien, les fantassins socialistes de Seine-Maritime vont devoir s’éclipser. Ils auront bien profiter du système grâce à un homme, il faut le dire, d’exception. Laurent Fabius, au PS, avait la stature pour devenir Président de la République. Il a toutefois, aux différents postes de responsabilités, obtenu presque tout. Dernier fauteuil en date: la présidence du Conseil Constitutionnel.

 

 

Categories: Région

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