Ruquier et le Service Public

Ruquier et le Service Public

Le sujet est récurrent chez cet animateur de télévision. Plusieurs fois, dans l’année, il revient sur ses choix d’invités. Sa cible favorite: le Front National. Démagogue de service, du samedi soir, Monsieur Ruquier se sert de la chaine publique comme d’une propriété privée. Il juge et tranche dans une maison financée par la redevance audiovisuelle. Ses affidés acquiescent. Il semble driver son affaire en petit propriétaire terrien. Explications:

Laurent Ruquier a un certain talent. Sa gestuelle mécanique et hachée, sa grimace qui accompagne chaque phrase et ses rictus rieurs, le rendent plutôt sympathique. Pourtant, le saltimbanque de « On n’est pas couché » est un vrai politique qui se cache derrière un masque de clown. Oui, Ruquier fait de la politique avec l’air de ne pas avoir l’air. Passons sur ses invités artistes, écrivains et autres gens de télévisions, lesquels rendent l’invitation ensuite. Arrêtons-nous un instant sur les personnalités politiques qui font l’actualité de la semaine. Monsieur Ruquier les reçoit tous. De l’extrême-gauche à la droite. C’est bien! Toutefois il est un parti qui pose des problèmes de conscience à Laurent Ruquier. C’est le Front National. Récemment, Florian Philippot, le n° 2 du FN est accueilli et l’on apprend, par l’animateur en personne, qu’il n’est pas responsable de cette invitation, parce que ce serait le CSA qui l’a imposée. Subtilement, l’animateur pose la question à l’invité « Qui vous a désigné pour venir ce soir? Étonné, Monsieur Philippot répond, « mais, c’est vous! » ( la production, NDLR). Laurent Ruquier rétorque aussitôt « Non, ce n’est pas moi, je n’ai pas fait ce choix ». Derrière ces propos il y a une réalité. Le CSA n’a jamais imposé à France 2 la venue de Florian Philippot, parce que ce n’est pas son rôle. Le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel a seulement adressé aux chaines publiques, en amont, une invitation à respecter les temps de parole des divers partis politiques. Un rappel à l’ordre motivé par des refus antérieurs, de Laurent Ruquier, de recevoir, sur son plateau, un représentant du Front National.

Pour défendre sa position l’animateur avait fait valoir que son émission ne répondait pas à un programme de débat politique, mais restait un Talk-Show de variétés. Le CSA et la présidence de France Télévisions, à l’époque, avaient estimé que les temps de parole restaient valables sur l’ensemble des programmes des chaines du service public.

Monsieur Ruquier a, certes, le droit de s’opposer au Front National et à ses représentants, de les critiquer, voire les haïr. Mais, le FN, à tort ou à raison, a pignon sur rue, n’est pas interdit par la République française, perçoit des subventions publiques comme tous les partis et à ce titre il ne peut être interdit sur l’espace public. Et France Télévisions est un espace public.

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Comments

  1. Henri Clément 14 juin, 2016, 12:15

    « …voire le droit de le haïr » dites-vous au dernier paragraphe.
    Dans votre esprit c’est évidement une façon de parler pour signifier « une liberté d’appréciation personnelle du FN », mais il ne s’agit pas d’un droit à proprement parler.
    Or ceci n’est pas un point de détail.
    Car, de fait, la « haine » est de plus en plus mobilisée comme concept politique, et plus grave, au point d’avoir été introduite dans les catégories du droit.
    Quand on en arrive communément a signifier qu’on aurait le droit d’haïr, (sous entendant d’haïr les fauteurs de haine…), c’est que la conscience collective est gravement intoxiquée.
    -Nous pouvons nous accorder pour penser que la citoyenneté est, par définition, sans haine et sans peur, elle est raison distanciée ou elle n’est pas. –
    Alors, intoxiquée par quoi ? précisément par le spectacle malsain des Ruquier ou autres abrutisseurs qui s’emploient à brouiller les niveaux de conscience des auditeurs, à substituer à la raison des affects primaires érigés comme des marqueurs de citoyenneté.
    Cela passe par la vieille ficelle manipulatoire de l’inversion des registres : traiter avec gravité ce qui est futile, et avec futilité ce qui est grave. Mais aussi par la réduction des problématiques sociales à des conflictualités egoïques et des valeurs narcissiques.

    Partant de là, Ruquier n’est pas partial vis à vis du FN, il est cohérent avec son projet de décérébration quotidien.
    Le représentant du FN, lui, en y participant en connaissance de cause, ne l’est pas.
    On comprend donc pourquoi, au yeux du pouvoir, il fallait l’inviter !

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