Revenu universel mal expliqué, donc rejeté

Revenu universel mal expliqué, donc rejeté

Benoît Hamon essaie de « vendre » le revenu universel à la faveur de la primaire de gauche. D’autres, peu nombreux, défendent aussi cette idée. Ils oublient, cependant, d’en expliquer l’esprit et le mécanisme. Ce déficit de pédagogie a pour conséquence d’assimiler la mesure à un revenu social supplémentaire. C’est de cette façon que les français la comprennent et la rejette automatiquement. La réalité est toute autre si l’on en croit le Basic Income Earth Network, un réseau mondial de chercheurs qui a imaginé la mesure.

Basic Income Earth Network, BIEN en abrégé. Il est composé de chercheurs originaires de nombreux pays, comme le Canada, Australie, Royaume-Unis, France, USA, Chine, Inde et d’autres encore. Ils sont en majorité universitaires, philosophes, écrivains, associations et parfois chefs de grandes entreprises. Au fond, l’idée n’a rien de gauchisante (le NPA y est opposé, ce qui est une indication) comme voudraient le laisser croire certains de ceux qui s’y opposent farouchement. Ceux-là sont indifféremment de gauche et de droite. La conclusion du BIEN, après des années de réflexion, n’indique en rien que le Revenu Universel est une allocation sociale supplémentaire à celles, déjà, existantes dans nombre de pays, ni une aide à une inactivité professionnelle, bien au contraire. L’étude du BIEN est très détaillée dans son concept et son mécanisme. Tout y est expliqué dans ses moindres détails. Essayons d’en résumer l’essentiel.

Le Revenu Universel comporte plusieurs noms, parmi lesquels: Revenu d’Existence. Retenons ce dernier.

Ce Revenu d’Existence doit être considéré comme un droit fondamental à la vie, au même titre que l’air que l’on respire et l’eau que l’on boit. Sans eux la vie serait impossible. Le BIEN a, ainsi, imaginé que la nourriture et un toit pour s’abriter sont tout autant vitaux. Tout individu vivant dans une communauté politique, l’État, doit être assuré de nourriture et d’abri et cela quelle que soit sa condition sociale, son âge et sa profession. Dès cet instant le minimum vital est assuré. Ce revenu, pérenne, serait alloué à tout le monde sans distinction, ce qui le rend incontestable. Son utilisation est multiple selon la situation de chacun. Il ne se substitue pas au travail. Il est un ballon d’oxygène, au pire et un plus, au mieux. Le Basic Income Earth Network le résume en ces termes «  Le pari de l’allocation universelle est que l’insertion sociale ne peut se construire sur la contrainte mais sur la confiance placée dans les bénéficiaires de ce nouveau droit. Une utopie, sans doute, pour ceux qui n’accordent aucune confiance aux individus et pensent que seule la contrainte de « gagner son pain à la sueur de son front » est le meilleur garde-fou contre la paresse. Un pari sur l’intérêt et la nature humaine pour tous ceux qui pensent au contraire que l’individu préférera toujours cumuler ce revenu à un autre salaire, surtout quant ce salaire correspondra à un travail qu’il aura librement choisi ».

Plus concrètement

Ce Revenu d’existence de base, ou universel  sera accommodé selon les besoins ou les envies. Pour un chômeur, il sera le moyen de parer au minimum: se nourrir et faire face à des obligations financières immédiates. Pour un salarié bénéficiant d’un salaire moyen, il serait un complément pour un meilleur confort de vie. Pour un salarié mieux payé, ou un cadre, le Revenu d’Existence pourrait être économisé sur le court, le moyen, ou le plus long terme, y compris sur le très long terme dans la perspective d’une retraite complémentaire. Mais pas seulement. Il  garantirait aussi des emprunts bancaires dans le cadre d’achats de voitures, biens d’équipements divers et de logements, ce qui permettrait de préserver, intégralement, le revenu salarial. L’ensemble des utilisations possibles seraient modulables selon ses envies et besoins. On le voit, le Revenu d’Existence n’a pas vocation à encourager la paresse. Bien au contraire, additionné à des revenus du travail, il est un avantage considérable dans l’organisation économique de chaque individu.

Le Financement

Les politiques français expliquent que son coût serait du même niveau que le budget de l’État, donc impossible à financer. Évidemment, cette considération comptable ne tient pas compte d’une réorganisation générale, indispensable, du budget du pays. C’est tout le système qu’il conviendrait de refondre et repenser. Chaque pays l’adopterait avec sa culture et son approche économique. C’est, par conséquent, un travail de long terme s’il devait retenir l’attention des forces politiques de chaque pays. L’expérience a été menée en Inde, au Canada, en Alaska, en Namibi et en Finlande, dont l’expérience en en cours avec 2 000 citoyens.

Categories: France

Comments

  1. Bernard Saroyan 28 janvier, 2017, 21:39

    j’ai moi-meme pensé qu’il s’agissait une subvention sociale qui ne peut que encourager à rester au chômage. Mais le danger c’est le financement; comment le payer?

  2. Antoine Bedel 28 janvier, 2017, 20:03

    vu comme ça c’est différent, pourquoi les politiques ne le disent pas ?

  3. Olivier Taconet 27 janvier, 2017, 18:44

    Merci pour ce cours José. Il reste de nombreuses questions mais la remise en cause du salariat, du travail et de l’organisation sociale en général fait du bien à l’esprit. Mais il y a une autre question, en dehors du fait que si Hamon n’a pas repris le concept élaboré par le think tank américain, c’est bien qu’il s’agit de quelque chose dont la définition est évolutive en fonction des besoins et des cultures. Ainsi d’ailleurs le revenu UNIVERSEL d’existence, pour l’instant n’a été testé que sur des celleules de 2.000 habitants de pays développés. Je vais tâcher d’organiser un café radical sur ce sujet.

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