Régime des Retraites, la nef des fous

Régime des Retraites, la nef des fous

Le Premier ministre a dévoilé le contenu de l’acte II du quinquennat. Acte II dans la continuité de l’acte I. La césure, artificielle, n’ayant pour justificatif que l’avènement des gilets jaunes. Dans le déroulé du discours, devant les députés, mercredi et les sénateurs hier, Édouard Philippe a présenté sa réforme du régime des retraites. Un contenu qui pourrait s’imposer devant la situation bringuebalante laissée par les gouvernements antérieurs. Pourtant, devant la volonté affichée de ficeler une réforme digne de ce nom, les risques de heurts demeurent élevés. En premier lieu, par les contradictions dans les discours et les actes. Explications:

La réforme proposée est-elle réaliste ? Le doute prédomine, assurément. Le gouvernement propose le maintien, à 62 ans, l’âge légal du départ à la retraite mais pas au taux plein. Il y aura une baisse du montant des pensions. Pour atteindre le taux plein le salarié devra travailler deux ans supplémentaires, jusqu’à 64 ans, avec un bonus. Une belle danse du ventre avec la musique en prime. Car, enfin, à une époque où des employeurs dégagent nombre de leurs salariés à 52, 54 ou 57 ans, comment expliquer, en amont, qu’il leur faudra travailler jusqu’à 64 ans pour percevoir leur juste pension ? S’il est vrai que des salariés atteignent, dans certains cas, l’âge légal de départ, c’est loin d’être la majorité. Le gouvernement a-t-il prévu des mesures visant à inciter les employeurs à garder leurs salariés jusqu’à 62 et 64 ans ? Non, il va sans dire. Ainsi, si un salarié quitte son emploi, contraint et forcé, c’est la mécanique artificielle du chômage qui prend le relai…Ce manque de vision est une faute politique.

Il y a travailler et travailler, il y a métiers et métiers

L’autre versant absent de la réforme est l’établissement d’un organigramme des métiers pénibles, physiquement, et ceux qui le sont moins ou pas du tout. L’usure physique est une réalité qu’il convient de prendre en compte. Un seul exemple parmi des dizaines d’autres: qu’un journaliste parte à la retraite à 64 ans, ce n’est pas du tout gênant. En revanche, qu’un professionnel du BTP, du transport, cassé par des contorsions physiques permanentes durant plusieurs dizaines d’années, pourrait s’en aller à 55 ans à taux plein, serait une bonne mesure. Mais de cela, rien. C’est vrai, la pénibilité c’est aussi, dans des métiers peu physiques, le stress, le burn-out. Mais c’est un mal qui peut être réglé en amont, par des conditions de travail saines sans la pression dominatrice de petits chefs ou patrons hors sol. Le bonheur au travail est possible. Il a été testé dans deux pays d’Europe du Nord et cela fonctionne. Plusieurs entreprises françaises s’y sont mises avec des résultats concluants. Un chantier qu’il convenait de mener en parallèle avec la réforme des retraites. Perspective qui a échappé au gouvernement….. Nous sommes, dans l’esprit, dans une sorte de nef des fous. Barque chargée de gens disparates, incohérents, brouillons, peureux…depuis des années et des décennies.

Categories: Eure

Write a Comment