Primaires, le débat qui ne change rien

Primaires, le débat qui ne change rien

Plus de 5 millions de téléspectateurs ont suivi le premier débat des sept postulants, candidats à la présidence de la République. A vrai dire, le terme « débat » est impropre. Il s’est agi, davantage, d’un questionnement dans le style catalogue où chacun a répété ce qu’il a déjà exprimé dans les médias. Les minimes passe-d’armes entre Nicolas Sarkozy et Jean-François Copé, ou François Fillon et les autres étaient connues et n’ont rien apporté de plus.

Tout de suite après l’émission, les divers instituts d’opinion se sont mis au travail. Les panels représentatifs ont été soumis aux questions portant sur la sincérité, efficacité, capacité, fiabilité etc. Dans tous les cas de figures, selon les sondeurs, Alain Juppé sort vainqueur de la soirée suivi de Nicolas Sarkozy. Bruno Le Maire tire son épingle du jeu en passant assez nettement devant François Fillon et Nathalie Kosciusko-Morizet gagne du terrain par rapport aux sondages précédents. Le candidat quasiment inconnu du grand public, Jean-Frédéric Poisson, fait une avancée très spectaculaire, mais rien de plus normal pour un élu qui stagnait à 1%. Le grand perdant est Jean-François Copé. Il ne provoque aucun élan et reste au niveau que les sondages lui attribuent depuis trois mois.

L’Académie des 7

Sur la forme et le fond, l’émission s’apparente davantage à un vieux jeu télévisé des années 70, » l’Académie des 9″. Les candidats, au jeu, étaient insérés dans des cases, droits comme des barres de fer et répondaient aux questions de l’animateur. La mise en image, malgré la lumière et les couleurs, très figée n’avait rien d’une confrontation politique. Les sept compétiteurs étaient corsetés à outrance et ne pouvaient être eux-mêmes. Il fallait laisser Nicolas Sarkozy dans son style, sa gouaille, ses effets de manche. Le laisser s’exprimer avec ses mots, le libérer du cadre en l’autorisant à circuler sur la scène. Permettre à Bruno Le Maire de se mouvoir devant le public, s’adresser à lui et l’interpeler comme l’auraient fait des journalistes d’investigation. A François Fillon, souvent moqué par Laurent Gerra comme étant le « croque-mort de la Sarthe », il aurait été intéressant de lui demander pourquoi il critique tant Nicolas Sarkozy alors que durant le quinquennat il ne souffla mot. Alain Juppé, pouvait être questionné sur l’hypothèse, en cas de victoire à la présidence, d’une ouverture au centre et centre-gauche et Jean-François Copé sur la réalité de sa candidature à la primaire et ne pas se contenter de sa réponse qu’il fit en début d’émission.

Bruno Le Maire lance l’attaque la plus féroce

Il ne s’est pas fait prié. Bruno Le Maire est arrivé sans cravate, signe distinctif de renouveau? Pas sûr, en 1968, enseignants et étudiants avaient retirées et brulées leur cravate en signe de protestation. C’est un point d’histoire, vieux de 48 ans. Bruno Le Maire naissait l’année d’après. Sur le plateau, le député de l’Eure plante le décor: « Si vous voulez que tout continue comme avant, vous avez tout ce qu’il faut sur ce plateau…. » Nicolas Sarkozy ne bronche pas comme s’il avait oublié que Bruno Le Maire était dans son gouvernement.

Qu’est-ce qui va changer?

Rien! Les lignes vont bouger seulement à la marge. Nicolas Sarkozy peut se rapprocher d’Alain Juppé mais probablement pas le dépasser pour la victoire finale. C’est vrai que « rien n’est joué d’avance », dans l’absolu. C’est une formule souvent employée par les soutiens des candidats cantonnés au-delà de la 2ème place. Mais la réalité est d’une autre dimension. D’abord, à cinq semaines du premier tour, il faudra un événement d’importance ou un accident grave pour inverser les positions. En effet, l’inertie joue son rôle. L’inertie c’est le temps long qu’il faut à une situation bien assise pour qu’elle s’inverse. Il faudrait, par conséquent, plus de trois mois pour que Nicolas Sarkozy passe devant Alain Juppé et l’emporter. A l’inverse, les candidats relégués à la 3ème, 4ème place et les suivants, qui se tiennent par la barbichette, étant donné les faibles écarts qui les séparent, des inversions peuvent survenir plus rapidement.

 

 

Categories: France

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