Le Président, le Général et les malentendus

Le Président, le Général et les malentendus

Éditorial

Chef d’État Major des Armées des plus respectés, Pierre de Villiers s’en va sur un malentendu avec le Président de la République, lequel a réagi trop rapidement à la métaphore du général. Conversation privée, devant la Commission parlementaire certes, mais une confidence devant plus d’une personne n’est plus une confidence. Le général a, peut-être, oublié cette réalité. De l’autre côté, la réponse du Président devant les militaires pouvait, aussi, être évitée. L’analyse de Caméra Diagonale:

A l’origine, la promesse du candidat Macron sur le budget des Armées porté à 2% du PIB d’ici 2025. En terme chiffré, cela veut dire que les 35 milliards d’euros actuels deviendront 50 milliards. Donc une enveloppe supplémentaire au budget initial de 15 milliards étalés sur les 8 ans à venir. Cela correspond à 1 milliard 875 millions d’augmentation chaque année pendant 8 ans. Ce n’est pas un luxe pour les armées, projetées en permanence sur des théâtres d’opérations extérieures…

Un ministre du budget trop bavard

L’ouragan est provoqué par l’annonce du ministre des Comptes Publics (budget), Gérard Damanin, la veille du défilé du 14 juillet, de la coupe-sombre de 850 millions d’euros au ministère des Armées. Mesure qui frappe également d’autres ministères. Pour le premier ministre et les ministres concernés, c’est  » linsincérité du budget 2017, établi par le précédent gouvernement, dévoilant une ardoise de 8 milliards d’euros par rapport aux chiffres officiels, qui a mis le feu aux poudres. « . Pour l’actuel gouvernement il était impératif de rétablir l’équilibre par des baisses dans les divers budgets ministériels avant de travailler sur le budget 2018. L’erreur, possible, du ministre est de n’avoir épargné le ministère des Armées, dont les besoins sont urgentissimes, d’où la réaction du Général Philippe de Villiers devant la Commission parlementaire et sa sortie, très imagée « je ne vais pas me faire b…« . C’est davantage aux ministères de Bercy que la tirade s’adressait. Néanmoins, le Président de la République a considéré que le général n’avait pas à tenir ces propos et qu’il ne lui incombait pas de s’immiscer dans les problèmes de budget ….réservés au politique.

Occasion trop belle pour les adversaires du Président de la République

Tollé général. La presse d’abord. Elle est unanime à attaquer Emmanuel Macron. Une raison simple à ce tir nourri: le Président de la République a coupé court aux liens douteux entre  politiques et journalistes. Fini les caméras et les micros qui courent dans tous sens pour capter la petite phrase, l’image douteuse, les tapes dans le dos, les buffets où l’on se dit tout, faussement, en off. C’était la façon Sarkozy-Hollande. Désormais, Emmanuel Macron rétablit le mode normal. Donc, moins de bavardages inutiles et de bizness éditoriaux. Dans l’ensemble, la presse ne lui pardonne pas ce crime de « lèse-journaliste ». Alors, le moindre incident est surdimensionné et tourne au drame. Il permet, en parallèle, la petite vengeance…..

Puis, les politiques, de la gauche à la droite en passant par les extrêmes, s’y mettent aussi. C’est à qui mieux-mieux. Passons sur Mélenchon qui aura au moins une fois dans sa vie « aimé » les militaires, sur Marine Le Pen dont personne ne s’attendait à ce qu’elle donne une explication plus rationnelle par rapport à la situation….

En revanche, il est plus intéressant de s’arrêter sur le tir de barrage du PS, des centristes et les Républicains, en tout cas de ce qu’il en reste. Sur les plateaux télés et radios ils se relaient pour incendier celui qui les a défait en deux temps trois mouvements. Ils dénoncent l’état de délabrement des Armées. Ils ont raison sur le fond, ce sont des constats. Mais, les hélicoptères qui ne peuvent plus voler à cause de pièces de rechange manquantes faute d’argent, ces chars qui restent sous les hangars pour les mêmes raisons, des avions qui attendent une maintenance coûteuse, etc. Les exemples sont pléthores et on ne compte pas les bâtiments délabrés, souvent insalubres… Est-ce une situation qui est survenue le jour de l’élection d’Emmanuel Macron? Évidemment non. Une vieille histoire qui perdure depuis des décennies. Alors, lorsque Hervé Morin, entre autres, dénonce à la télévision « il y a des avions militaires qui ont 50 ans d’existence et qui volent encore alors qu’il devraient être remplacés », sous-entendant « que fait ce gouvernement? », que ne les a-t-il remplacés lorsqu’il était ministre de la Défense de Nicolas Sarkozy?…..

Bref, à chacun ses humeurs, ses haines, ses compétences et incompétences. A chacun de se regarder dans le miroir qui leur renvoie l’image de ce qu’ils sont réellement. Mais c’est beaucoup leur demander. Ils préfèrent oublier ce passé récent parce que conscients de leur inefficacité, et plomber ceux qui essaient de rompre avec la vieille, très vieille politique.

 

Categories: France

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