Municipales Eure, tour d’horizon à 16 mois de l’échéance

Municipales Eure, tour d’horizon à 16 mois de l’échéance

Caméra Diagonale fait un premier point sur les municipales de mars 2020. L’enquête porte sur les trois principales villes du département: Évreux, Vernon, Louviers. Des élus sortants, de majorités et d’oppositions,  ainsi que de futurs candidats, potentiels, ont accepté de répondre aux questions. Certains acceptent de se dévoiler, d’autres ont choisi le Off. Entre curiosités, étonnements, certitudes ou prudence, tous sont déboussolés par le bouleversement  des nouvelles alliances politiques depuis l’avènement Macron. Sujet en trois volets. Aujourd’hui Vernon.

Flash-Back

En 2014, un jeune nouveau venu et son équipe emportent la mairie de Vernon. L’équipe de gauche est battue à plate couture. Cette dernière a largement contribué à sa propre défaite par des luttes internes entre socialistes, communistes et écologistes. Les nouveaux maitres de la mairie présentent un nouveau visage et mettent en place de nouvelles méthodes. Le noyau dur, autour du maire, est jeune et bien décidé à entreprendre « une autre politique municipale ». Sébastien Lecornu, le maitre d’œuvre et d’ouvrage, ouvre une ère nouvelle de gouvernance et d’idées. Il n’a que 29 ans mais a la rage d’un vieux briscard de la politique. Il en a les contours, l’assise, l’assurance, la méthode et la dureté intérieure. Le jeune maire, très vite, marque son territoire. Il ne tolérera aucun état d’âme, de contestation interne. Il ne veut voir qu’une seule tête dans l’alignement de son étoile. François Ouzilleau, l’un de ses adjoints est désigné comme gardien du « Temple ».

Échanges de bons procédés

Un an après, lors du renouvèlement des cantons, Sébastien Lecornu se fait élire conseiller départemental. Il ne s’arrête pas en aussi bon chemin. La présidence du département lui est offerte avec l’appui de Bruno Le Maire, lequel passe un pacte avec les centristes et leur tête de pont, Hervé Morin, « Tu aides Sébastien pour la présidence en faisant voter tes amis du conseil et toutes mes troupes LR te soutiendront aux régionales ». Morin ne se le fait pas dire deux fois « Banco, à toi le département de l’Eure et à moi la Région Normandie ». En coulisse, le « cocu » de l’affaire s’appelle Jean-Paul Legendre. L’avocat et conseiller général était le chef de l’opposition de droite au socialiste Jean-Louis Destans. Il avait été un chef de file efficace et charismatique, doublé d’une générosité naturelle. De cette affaire, il resta sobre et bon camarade…

Fillon largué

La machine à broyer continue sa marche en avant. En 2016, François Fillon est élu candidat officiel à la présidence de la République, par les militants « Les Républicains ». En décembre 2016, Sébastien Lecornu est désigné directeur-adjoint de sa campagne. Mars 2017, la foudre s’abat sur le candidat LR. Ses rangs se réduisent. La désertion devient l’arme fatale. Seuls quelques fidèles restent auprès de Fillon. Bruno Le Maire et Sébastien Lecornu savent qu’en restant avec ce candidat ils signent la fin de leur carrière politique. A la mi-mars ils quittent Fillon. Bruno Le Maire rejoint Macron fin avril. Sébastien Lecornu pense que c’est une bonne idée et en fait de même. On connait la suite,  Emmanuel Macron et Édouard Philippe veulent opérer à un bon dosage, pour la composition du gouvernement. Il leur faut de nouveaux venus en politique, d’anciens socialistes, d’anciens LR et quelques traitres intelligents…

2020, année sanglante?

Le ministre vernonnais se représentera, très probablement, en tête de liste ou dans la liste pour respecter la règle gouvernementale. L’équipe majoritaire, après la séquence Macron et le changement de pied de leur chef de file, reste dubitative, « On ne sait quoi penser », avoue cet adjoint anciennement très pro-Lecornu. L’élu s’interroge sur son éventuel réengagement à la mairie. Manifestement, il ne souhaite critiquer Sébastien Lecornu. A la question sur le changement d’étiquette politique du chef, il répond « c’est son problème. S’il a franchi le pas c’est qu’il a des raisons ». Un autre élu est plus tranché « Je ne repartirai pas. Je suis déçu c’est tout, mais ne comptez pas sur moi pour le démolir.. » Pour Johan Auvray, adjoint en charge de la redynamisation et de l’évènementiel, « Sébastien a décidé d’adhérer à La République En Marche. C’est son affaire. Personnellement je suis resté LR, mais je reste son ami. Nous avons été élus sous l’étiquette « Générations-Vernon » et je continuerai avec lui à Générations-Vernon. Question: vous pensez qu’une liste, dans 17 mois, composée de LREM et LR est envisageable et possible? Les responsables de chaque parti n’en veulent pas« . Réponse Johan Auvray: Nous verrons ce que Sébastien décidera. Si des élus LR veulent faire leur propre liste, ils seront broyés, ils n’ont aucune chance ». Un autre, par téléphone, dit « rester fidèle mais sans SL. Seul, François Ouzilleau le maire en titre peut mener une liste et gagner…des vernonnais savent, maintenant, que Sébastien Lecornu ne vise que sa carrière..une situation qui peut-être fatale avec une défaite possible ».

L’opposition réfléchit

A gauche, des socialistes avouent être dans l’incapacité de se positionner pour la reconquête de la mairie. Néanmoins, ils y songent sérieusement. Un ancien élu de l’équipe Philippe Nguyen Thanh va loin dans son analyse, « Il serait très regrettable que les socialistes soient dans l’incapacité de présenter une liste, ce serait même antidémocratique. Si, seules les listes de droite se présentaient devant les électeurs vernonnais il y aurait de quoi s’inquiéter. Toutefois, il est une vérité qu’il convient d’exposer: l’ancien maire ne peut prétendre rassembler autour de lui pour affronter Lecornu et Ouzilleau. S’il est honnête il doit y renoncer et laisser la place à une autre candidature ». A la question: qu’est-ce qui vous fait dire cela?, il répond, «  Nguyen Thanh s’est montré diviseur. Nous avions des alliés communistes et écologistes et les a maltraités par son comportement sectaire. Donc, à gauche il est indispensable de tourner la page de ces années 2008-2014″.

L’autre opposition est issue des rangs de l’ancien maire, Jean-Luc Miraux. C’est-à-dire très proche de la politique municipale défendue par Sébastien Lecornu. Une alliance est-elle possible? François Ouzilleau n’y est pas hostile. Du côté de Steve Dumont, responsable du groupe d’opposition « Vernon Tous Ensemble », le fait d’appartenir, globalement, à un même courant de pensée n’est pas suffisant pour faire alliance. C’est le projet municipal pour Vernon qui déterminerait une alliance possible. Or, pour Monsieur Dumont, « les choix de messieurs Ouzilleau et Lecornu ne sont pas pertinents…tels les subventions accordés aux commerçants…la circulation, le stationnement payant sur toute la ville et l’affaire des façades qui obligent les propriétaires à des dépenses énormes, ne sont pas abordés de manière sereine.

Réflexion aussi à droite

Steve Dumont ne revendique pas un positionnement à droite. Il se dit, d’abord, animé par l’hypothèse d’un bon projet pour la ville. Il réfléchit, avec ses amis, à un large rassemblement de femmes et d’hommes qui laisseraient leurs sensibilités politiques au vestiaire pour s’occuper spécifiquement de Vernon. Le responsable de Vernon Tous Ensemble déplore, aussi, le traitement qui lui est fait par le maire et des membres du groupe, « ce comportement a même fait réagir une élue du groupe majoritaire qui trouve que je suis réellement maltraité ».  Pour les municipales de 2020, Steve Dumont dit prendre une décision dans les prochaines semaines et est très vivement motivé de ne pas laisser l’équipe Ouzilleau-Lecornu seule face à elle-même.

L’analyse de Caméra Diagonale

A 16 mois de l’élection, personne ne peut s’aventurer dans l’affirmation. Tout est possible. En revanche, des situations permettent la réflexion. L’équipe en place, à Vernon, n’envisage pas de laisser la place sans défendre un bilan qu’elle juge, à ce jour, des meilleurs du département. Les 126 propositions, alignées dans un petit livre distribué pendant la campagne électorale, sont partiellement réalisées. Surtout celles qui s’apparentent davantage à de l’évidence qu’à de réels tours de force. Mais, certaines sont tout de même des réussites. Elles seront décortiquées en fin de mandat. Quatre ans après son élection, il est vrai que Sébastien Lecornu a fait la part belle à sa carrière, ce qui est compréhensif de la part d’un jeune homme qui avoue son ambition. Reste, qu’il avait oublié cet aveux à ses électeurs lorsqu’il se présenta devant eux en 2014. C’était l’année où il déclarait un amour indéfectible à Vernon, avant de miser sur le département. « J’ai deux amours, pouvait-il chanter, Vernon et l’Eure » . Malgré cela, Vernon pourrait encore tomber dans ses bras pour peu qu’elle sache retenir les seules qualités de son jeune maire, qui le reste, malgré son escapade gouvernementale. La bataille, future, pourrait être rude. Les oppositions vont mettre un point d’honneur à se faire entendre. Une seule réalité s’annonce: si Emmanuel Macron réussit, le ministre vernonnais partagera cette aubaine. Que le Président échoue et…..??

Categories: Eure, Vernon

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