Métamorphose

Métamorphose

Depuis dimanche soir, après les résultats du second tour des élections régionales, les deux vainqueurs des Régions Nord-Pas-de-Calais-Picardie et Provence-Alpes-Côte-d’Azur, Xavier Bertrand et Christian Estrosi étaient méconnaissables tant leur positionnement politique avait changé en quelques heures. Les deux hommes sont apparus métamorphosés. La secousse a été rude. Considérés perdants après les résultats du premier tour, ils terminent l’épreuve avec des scores rarement égalés. Après la surprise, l’émotion les gagne et décident, pour eux-mêmes, que plus rien ne sera comme avant.

A Paris, ses « amis politiques », ne l’estimaient guerre, « il a été nommé ministre par Chirac…c’est plus par charité que pour ses compétences..« . La presse nationale le moquait volontiers « un assureur de Saint-Quentin qui devient ministre, on aura tout vu!« . Xavier Bertrand en souffrait. Il n’appartenait pas à la lignée des forts en thème, des énarques choyés par la vie parce que bien nés. Jacques Chirac, précisément, lui dit un jour « ne vous laissez pas faire, vous ne valez pas moins qu’eux.. ». Aujourd’hui, le nouveau Président de la grande Région Nord a reçu l’électrochoc qui lui permet d’apprécier les situations très différemment. Parce que la gauche l’a préféré à la candidate du Front National, en le qualifiant de « républicain », Xavier Bertrand a revu son appréciation envers les gens qui ne pensent pas comme lui. Il a élargi sa vision sur la société, admis que les « bons » ne sont pas d’un côté et les « mauvais » de l’autre. Que travailler intelligemment en partenariat avec des adversaires n’est pas vendre son âme au diable. L’homme affirme qu’il ne fera plus de politique comme « avant ». Avant, c’était la langue de bois à tous les étages, des promesses de gascon, des préoccupations carriéristes. L’ancien ministre donne des gages: il démissionne des ses mandats de député (obligatoire qu’à partir du 1er janvier 2017) et de maire. Il se consacrera à sa seule région, pour l’emploi, l’essor économique, l’intérêt des habitants. Fini de privilégier le parti politique. Il reste un homme de droite mais pas sous la pression et la conduite d’un Nicolas Sarkozy, « trop clivant », « trop personnel », « trop droitier ». Xavier Bertrand ne veut plus être un VRP de la politique, mais un acteur animé par la chose publique….

Dans le Sud, il était l’homme fort de la droite. Jamais en retard d’une petite phrase, d’une flèche bien empoisonnée. Il pouvait revêtir l’habit d’un thuriféraire de l’extrême-droite. Au début des années 2000 il se montrait volontiers auprès de Jean-Marie Le Pen et défendait l’idée d’un rapprochement avec le FN. Jacques Chirac lui fit envoyer un message définitif, « il faut que ce type la ferme sur le FN ou alors on l’expédie chez Le Pen à coups bottes ». Message reçu 5 sur 5. Christian Estrosi se calmait, mais avec regrets. Avec l’élection de Nicolas Sarkozy, en 2007, le maire de Nice remit un coup de barre à droite. Il prenait une place dans le premier cercle du Président, aux côtés des Guaino, Hortefeux, Guéant…

Il y a un an, Christian Estrosi décide de tenter sa chance aux régionales de décembre 2015. La côte d’Azur est un vivier électoral de droite. Pourtant, la place est de plus en plus occupée par le FN. Jean-Marie Le Pen y a été élu et sa petite-fille a pris le relais. Marion Maréchal-Le Pen y décroche un siège de députée. La jeune femme apprend très rapidement. Manifestement douée, elle prépare, elle aussi, l’échéance régionale. Au fil des mois, les intentions de votes augmentent. Les électeurs de PACA voient en Marion Maréchal-Le Pen la femme qui les comprend le mieux. Estrosi perd du terrain et se droitise davantage. Il court après le FN… A l’approche du premier tour, les sondages le placent loin derrière la candidate du FN. Le couperet tombe le soir du premier tour: Christian Estrosi ne peut pas gagner..!

Devant la débâcle prévisible, le Premier ministre lance son appel pour le retrait des listes de PACA, Nord et Grand-Est. Estrosi n’en croit pas ses oreilles..Une semaine après, comme dans le Nord, le maire de Nice bat le FN avec le vote massif de la gauche. Estrosi sauvé par la gauche! C’est trop! Le cerveau se brouille, la joie éclate accompagnée de sanglots longs et non simulés. La gauche qu’il a tant vilipendé, assaisonné de flèches, traité d’incapable. Cette gauche l’a propulsé à la tête d’une des plus importantes régions de France…

Pour Christian Estrosi, plus rien ne sera comme avant, « fini de courir après le FN, c’est pire! » lance-t-il à l’adresse de Nicolas Sarkozy. Mieux encore, Estrosi souffre de savoir que la gauche sera absente du conseil régional. Il décide, malgré tout, de l’entendre dans une structure qu’il compte créer, pour ne pas étouffer sa voix. Christian Estrosi, aussi, à l’image de son collègue du Nord, ne veut plus faire de la politique comme avant. Il a fallu cet épisode des régionales pour que deux hommes, politiques jusqu’au bout des ongles, deviennent des personnages, quelque part, particuliers et, presque, hors norme.

Categories: Région

Comments

  1. Ben oït 24 décembre, 2015, 16:49

    Merci Alex vous avez très bien résumé ma réflexion. Il vaut mieux quelquefois se retenir de parler ou d’écrire!

  2. Alex 24 décembre, 2015, 13:14

    @ Henri Clément
    Je me contente, généralement, de parcourir ce blog et de m’arrêter sur quelque article. Ainsi, j’ai eu l’occasion de lire vos commentaires. Celui-ci bat tous les records de charabia. Je me demande si vous-même comprenez ce que vous écrivez. Vous faites de la phraséologie par plaisir d’aligner des mots, plus ou moins savants. Voilà pour la forme. Sur le fond, il n’y a rien à comprendre, mais on devine où vous voulez en venir. Si je fais la synthèse de vos brouillaminis antérieurs, vous pourriez être un adepte d’un certain régime qui se situerait au carrefour de la pensée villiériste, Dupont-Aigniste et Marine la Divine. En d’autres temps vous auriez, aussi, pu être coco, de ceux des années Staline. Alors, arrêtez votre Char, Ben Hur, parce que les chevaux ne sont pas attelés!

  3. Ma pomme 24 décembre, 2015, 12:09

    @H. Clement
    Associer dans la même phrase absconse ubérisation, capitalisme et terrorisme … Bravo ! Je préfère quand vous faîtes du Maurras mais ce commentaire aura réussi à me faire sourire.
    Bonnes fêtes de fin d’année

  4. Henri Clément 23 décembre, 2015, 22:23

    J’avoue n’avoir rien compris à ces constats de métamorphoses subites, et le commentaire acquiessant de notre cher écologiste très en retrait de l’actualité locale n’a rien rien pour méclairer.
    Une guerre dépassée entre deux camps ? il me semblait que justement, à l’occasion des dernières élections, les camps prétenduement adversaires s’étaient plus que jamais révélés artificiels, purement formels. Il y a donc peu de chose à métamorphoser de part et d’autres dès lors que ces faux camps néo-féodaux n’ont plus le moindre contenus. Sinon de s’opposer conjointement au réel par le spectacle des jeux de postures et d’impostures dans l’impuissance politique institutionnalisée.

    Heureusement JC Mary, lui, essais de mettre du contenu dans le vide électoral présenté comme métamorphique en invoquant une 3e révolution qui transgresserait positivement les faux clivages.
    Chacun ses rêves, il faut bien s’occuper.
    Il constatera sous peu que le gourou affairiste américain Rifkin n’est qu’un faux nez préparatoire du TAFTA qu’il se piquera, à temps perdu, à dénoncer en vain
    par ailleurs, et que l’apolitisme angélique qu’il prône n’est que qu’un tardif synptôme d’un renoncement de vaincu à toute résistance face à l’impérialisme d’outre atlantique… quand il n’est pas une simple chaise vide au conseil municipal…
    L’ubérisation généralisée sous les labels collaboratifs ou circulaires est loin de pouvoir produire les point de croissance que l’histoire du capitalisme à inéluctablement exigé par tout moyen, y compris les plus destructeurs (tiens, le terrorisme par exemple).
    Il s’agit avec Rifkin de désarmer l’Europe de toute puissance et indépendance technologique ou industrielle lourde au profit de ses vrais patrons…
    Chacun ses réalités,
    et au plan des réalités, je doute que les peuples paupérisés se satisfassent sans heurts de tels tels discours potitiquement oecuméniques pantouflards, de COP 21 et de spéculation de Rifkin du genre : « en 2025, 80% du trafic routier aura disparu »… (interview Voix du Nord, nov.2014)
    Ben voyons ! on prend les paris ?

  5. Jean-Claude Mary 22 décembre, 2015, 23:47

    Bravo Mr Alcala pour ces deux portraits et votre présentation de la prise de conscience par ces deux hommes que la politique ne peut plus
    se réduire à une guerre camp contre camp , à vaincre un adversaire.
    Espérons que ce deux conversions seront durables à l’heure où les urgences se multiplient ( climat, inégalités, sécurité, chômage , cohésion sociale).
    Nous pouvons penser que Xavier Bertrand continuera le projet de 3éme révolution industrielle de la région Nord-Pas-de-Calais, projet élaboré par tous les acteurs concernés sous la houlette de de Jérémy Rifkin et qui se fixe comme objectif 100% d’énergies renouvelables en 2050 ( ni fissiles, ni fossiles), la mise en place de la nouvelle économie ( numérique, écologique, horizontale et collaborative). Signe des temps, ce projet a été initié et porté par l’ex conseil régional du Nord-Pas-de-Calais ( de gauche) et la Chambre de commerce et d’industrie ( présidée par Philippe Vasseur, ancien ministre de droite). Comme quoi, même si l’on a bien conscience que le domaine de la politique est celui des passions et des rivalités, on peut voir sans être naïf, ni angélique qu’il est possible d’y instiller de la vertu, de l’intelligence, de la modération, le sens du compromis et du débat. Tâche nécessaire à une époque comme la nôtre avec les bouleversements de tout ordre qu’elle connaît et qui rendent caducs bien des repères et des comportements politiques hérités.

    JC Mary

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