Louviers. Le CAG, une expérience locale

Louviers. Le CAG, une expérience locale

A l’occasion du 50ème anniversaire de Mai-68, des citoyens de Louviers se sont remémorés l’époque du Comité d’Action de Gauche (CAG) à travers les réseaux sociaux. Il reste encore quelques fidèles, de l’époque, pour tenter de recréditer la thèse d’un système redistributif que seules 3 villes, en France, avaient expérimenté; Brest, Grenoble et Louviers. Au mieux, le temps d’un mandat. A Louviers, le système avait été possible grâce à la personnalité d’un homme, exceptionnel dans son genre, qui agit par humanisme et non par opportunisme politicien. Le docteur Ernest Martin. Photo, Pierre Mendès-France et Ernest Martin.

C’était très partagé. D’un côté les pro-Martin, de l’autre les anti. La droite lovérienne, de l’époque, anti-gaulliste, était incarnée par le centriste Rémy Montagne. En place depuis 1958, année où il battait Pierre Mendès-France dans la circonscription de Louviers…..La gauche traditionnelle ne fit son retour qu’en 1981, avec l’avènement Mitterrand. Entretemps, les élections municipales de 1965 donnaient la victoire à Ernest Martin, médecin généraliste très en verve, défenseur de la veuve et de l’orphelin (presque au sens propre), d’une générosité  hors norme. Homme de gauche, certes, mais pas de la gauche partisane, même s’il était proche du PSU…Maire durant 4 ans, seulement, il cédait son fauteuil à la faveur d’une élection partielle qui désignait un nouveau maire centriste, Rémy Montagne. Ce fut le vrai départ du Comité d’Action de Gauche. Un rassemblement d’hommes et de femmes qui souhaitaient la mise en place d’un système autogestionnaire. Rémy Montagne restera maire 2 ans. Lors des municipales de 1971, c’est un autre centriste, Édouard Thiers, qui est élu…

De la récréation à la re-création

Le CAG poursuit sa réflexion sur l’autogestion. Elle a 6 ans pour la produire sur le papier. C’est aussi le temps d’une certaine insouciance, « On s’marrait en travaillant » expliquait un « caguiste » à l’auteur de ces lignes. Se « marrer » c’était aussi vivre intensément son corps et son esprit. Au diable les mœurs  édictées par la « bourgeoisie locale et autres porte-drapeaux du conservatisme et de la réaction », ou encore « le cul c’est la vie et nous on aime la vie ».

CAG face à la bourgeoisie locale

Le côté sympathique et bon enfant avait aussi ses limites. Quelques membres du CAG savaient se montrer arrogants et vindicatifs. Leur technique consistait à impressionner les lovériens rétifs. A titre d’exemple: l’auteur de ces lignes, en 1977, s’était investi (une faute lourde) sur la liste opposée, celle dénommée par les caguistes, de « bourgeoisie à la solde du conservatisme et de la réaction ». Un soir, entre 22h et 23h, le distributeur de tracts bourgeois et réactionnaire, œuvrait dans le centre-ville. Depuis un bon moment il était suivi par un véhicule, au pas. A l’intérieur, 4 membres de la liste CAG. La vitre latérale descend et le passager apostrophe le distributeur « tu veux un coup de main? » « Non, merci! répond l’homme à pied, ça ira« . Manifestement, les fêtards du CAG voulaient impressionner, « Bon maintenant tu vas te coucher, sinon tes tracts on va te les faire bouffer! ». Le distributeur  s’arrête et se porte à la hauteur de l’homme menaçant, « Je crois que c’est vous allez vous coucher avant moi! ». Le conducteur intervient, « Bon, laisse tomber, on a autre chose à foutre » et la voiture s’éclipse dans la rue du Général De Gaulle.

Ernest Martin dépassé sur sa gauche

Le docteur Martin réussissait à les contenir, calmer leurs ardeurs. Parfois il explosait de mécontentement. Ce fut le cas lorsqu’il découvrit le dessin humoristique d’une affichette électorale, composé par l’intellectuel de l’équipe, représentant la cuvette d’un w-c et une main qui tire la chasse d’eau, avec la légende en gros caractère « La droite, plus jamais ça ».

Deux maires

En mars 1977, le CAG gagne la ville, mais c’est Henri Fromentin qui prend le siège de maire. Ernest Martin devient 1er adjoint chargé de la mise en place de l’autogestion. Autant dire, le vrai maire. Une équipe composite, réunie, surtout, autour d’une figure emblématique. L’autogestion à tous les étages. Les idées étaient lancées et mises en place immédiatement. Le vote au conseil municipal n’était qu’une formalité.

Humanisme vrai

Le groupe met en place la gratuité absolue de tous les services publics locaux. Ernest Martin montrait l’exemple par des actes gratuits de médecine envers ceux qui ne pouvaient avancer le coût de la consultation ou de la visite. L’action sociale était développée et portée comme un étendard de combat….Pour nombre d’habitants, la politique d’Ernest Martin et du CAG avait été une réussite…

L’addition est toujours présentée à la fin

Mais, la gratuité totale a un coût malgré le sérieux de la gestion de Henri Fromentin et Ernest Martin. Ils savaient compter…jusqu’à une certaine limite. Au-delà, il fallait que la fiesta ralentisse. Ce fut fait en fin de mandat…

Fin de partie

En 1983, l’opposition bourgeoise et conservatrice, renvoyait le CAG festoyer ailleurs.

Au nom du père, le fils n’a pas suivi

Plus tard, en 1995, le fils d’Ernest Martin, Franck, regagna Louviers avec une équipe d’union de la gauche (PRG, PS, PC). il dévoilà son désaccord avec la politique du CAG, « ça ne peut marcher nulle part, il faut garder les pieds sur terre ». Son père, avec l’amour qu’il portait aux membres de sa famille, avait dit à l’auteur de cet article « Franck est devenu un homme de droite ». C’était plus une caresse paternelle, qu’une gifle.

 

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