La guignolade à propos des Guignols

La guignolade à propos des Guignols

Affaire d’État. La France s’enflamme sur du désuet, comme s’il s’agissait d’une question de survie. Certes, les guignols provoquaient l’hilarité à l’heure où chacun, las, d’une journée plus ou moins pénible, dégustait des minutes savoureuses sur les travers des gens de pouvoir. La caricature, poussée à l’extrême, fait partie de cette liberté intangible qu’il serait honteux de supprimer. Le 7 janvier est marqué d’une pierre blanche et son symbole devient indestructible. Malheur à ceux qui déclareraient approuver la disparition des Guignols, voire ne pas apprécier leur prestation. Ils seraient définitivement voués aux flammes de l’enfer. La liberté des uns ne vaudrait pas celle des autres?

La situation se décline en trois temps:

Premier temps: l’actionnaire majoritaire de Canal+, Vincent Bolloré, décide de supprimer de la grille des programmes, les Guignols de l’Info, à tort ou à raison. Canal est une entreprise privée. Actionnaires et conseil d’administration sont maitres de gérer comme ils l’entendent, même lorsqu’ils prennent des décisions maladroites. C’est le cas ici. Il y a une réalité, c’est le répétitif des scénaristes, des ficelles rarement renouvelées depuis 27 ans. La bonne décision eut été, probablement, de passer à la vitesse supérieure, au moins sur la forme. « Mission Impossible », de la série télé, a été revue et modernisée en version cinéma, par exemple. Les guignols méritent des évolutions techniques, artistiques et scénaristiques.

Deuxième temps. Dans ce prolongement, il y a la réalité économique de Canal+: des abonnements à des prix cassés pour un an, des offres tonitruantes des chaines CanalSat, des abonnés qui abandonnent, etc. La chaine subit la crise économique comme tout le monde et les programmes s’en ressentent. Moins de monde sur le créneau en clair et une grille cryptée en baisse constante, seuls le foot, la formule1 et le porno mensuel, permettent la survie. Vincent Bolloré n’est pas le Président de France Télévisions, mais un businessman qui a pour obligation de ne pas perdre d’argent et surtout d’en gagner.

Troisième temps. Il y a de fortes chances pour que Vincent Bolloré ne passe pas à l’acte. Les réactions et les pressions sont fortes,  à telle enseigne que de nombreux abonnés, par réaction, supprimeraient leurs abonnements, ce qui serait le contraire du but recherché, côté budget et finances. C’est pourquoi, si l’intervention de Nicolas Sarkozy  auprès de son ami, pour qu’il supprime les Guignols de l’antenne était réelle, l’ancien Président risque fort de ne pas être écouté. Et, si toutefois Monsieur Bolloré passait à l’acte, les Guignols survivraient sur une autre chaine, publique ou privée. Ils sont attendus comme le messie, partout. Vincent Bolloré le sait. Va-t-il se tirer un balle dans le pieds…et une autre dans la bouche?

Categories: Médias

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