Journalistes et médias

Journalistes et médias

Les organes de presse et les journalistes qui y officient sont-ils exempts de toute critique? Certainement pas. Il convient néanmoins de faire le distinguo entre les professionnels qui déploient du savoir-faire, de l’éthique et la mission d’informer, avec d’autres. Il est utile d’apporter un éclairage à ceux qui s’estiment gruger par « la dictature de l’information ». Les journalistes, en général, sont considérés, à tort, comme des partisans politiques et sont, de ce fait, détestés. C’est injuste et faux.

Lorsqu’une déconvenue de taille frappe un ténor politique, de gauche comme de droite, immédiatement le camp incriminé crie au complot des journalistes. Le « messager » devient responsable du message, à défaut de s’en prendre à son véritable auteur. Pour la gauche, souvent, est pointée du doigt la presse de droite et pour la droite, le contraire. Autrement dit, pour nombre de français, c’est « une profession dont on pourrait se passer ». D’ailleurs, en Corée du Nord le peuple s’en passe très bien. Pas de tracas, le messager du régime distille les bonnes informations que le peuple est invité à ingurgiter sans modération et en applaudissant. Le dictateur tient bien son pays. Là-bas, les coréens ne sont pas empoisonnés avec une quelconque affaire Fillon, ou Cahuzac . Ils ont une paix royale, (pardon, dictatoriale) les nouvelles sont toujours bonnes, les journaux vantent les exploits de leur sympathique Kim Jong-un. La télévision programme en boucle les défilés militaires et les tirs de missile et le présentateur ne s’autoriserait le tiers du quart de la moitié de ce que se permet David Pujadas. La vie rêvée…..

…Le trait est grossi mais l’esprit demeure. La France a inventé le journalisme au 17ème siècle. Depuis  300 ans, ce métier s’est enraciné dans la profondeur des démocraties du monde. Raconter les évènements locaux, nationaux et internationaux au quotidien, expliquer les rouages de la société, témoigner du travail et des actes des décideurs économiques et politiques, relayer les découvertes scientifiques, montrer la misère, l’opulence, les guerres, la vie et la mort est à la fois une mission et un vrai travail. Rien ni personne ne pourra clouer au pilori ceux qui ont fait le choix d’informer et arrêter ce processus. Pour autant, pour autant, la profession de journaliste n’abrite pas, obligatoirement, que des « enfants de Marie ». Comme dans toute organisation humaine, il existe aussi des bras cassés, mais dans sa globalité  plus nombreux sont les gens honnêtes, professionnels, résistants aux manigances, non corrompus et courageux.

L’affaire du moment

L’homme, la main sur le cœur, distille, à longueur de meetings et d’émissions télé, qu’il ne transigera pas sur la transparence de la vie publique. Il en fait des tonnes sur le sujet. Curieux de tout, l’hebdomadaire satirique, centenaire et toujours debout, s’intéresse à ce candidat dont la grandeur d’âme attire son attention. Trois journalistes enquêteurs sont dépêchés sur le sujet. Ils se rendent en Sarthe, interrogent des dizaines de personnes, assemblent les informations et les recoupent. Ils vont à l’Assemblée et s’entretiennent avec des députés, des attachés parlementaires, des fonctionnaires de la structure, prennent contact avec les services comptables. A un moment de l’enquête, ils réussissent à obtenir des documents, très parlants. Les journalistes démêlent des fils et reconstituent le puzzle. Rien n’a été fait sans vérifier et étayer les informations. Le même processus a été mis en place pour l’affaire Cahuzac (Médiépart) et beaucoup d’autres. Autant d’affaires concernant la droite que la gauche. Le calendrier, très critiqué « pourquoi cette affaire sort à trois des élections? » est la résultante du propre calendrier du candidat. C’est lui qui s’est lancé dans l’opération « Monsieur propre« , pendant la campagne de la primaire et dans les semaines qui ont suivi. Le message est celui de son auteur et non de l’hebdomadaire satirique. La gauche n’a rien à voir dans le sujet, pas plus que la droite. L’hebdomadaire ne s’est jamais laissé instrumentaliser par un parti politique. le journal est d’abord « un découvreur d’affaires » et non un suiveur. C’est historique.

Journalistes de gauche et de droite

C’est plus compliqué que ne l’affirment les politiques, mais cela existe. Une enquête diligentée il y a une dizaine d’années, expliquait que 72% des journalistes étaient plutôt de gauche. Cependant, il convient de préciser cette tendance. Les journalistes de sensibilité de gauche, ne sont encartés à aucun parti politique. Ils sont davantage dans un positionnement intellectuel portant, essentiellement, sur des sujets sociétaux.  Souvent, ils sont les plus critiques contre des gouvernements de gauche, PS notamment et en déphase avec des positionnements du parti communiste. Ils sont, également, capables d’étayer des analyses favorables à la droite. Les journalistes de droite ont le même comportement, à l’exception d’un hebdomadaire qui assume son engagement. Les plus nombreux n’ont aucune préférence pour la droite ou la gauche, dans le cadre de la profession.

Groupes de presse

C’est plus tendancieux. Le système est très pervers. Les groupes de presse sont avant tout tournés vers les bénéfices. Pour ces patrons de presse, l’information est un produit de consommation comme un autre, ce que contestent les journalistes sans pouvoir le manifester réellement et l’on en connait les raisons. Les marges de manœuvre, pour les journalistes, restent importantes malgré tout. La presse locale demeure la plus impactée quant à l’impossibilité de traiter une affaire comme celle du Canard Enchainé. D’abord, elle n’a pas les moyens de mener des investigations et le groupe propriétaire, pour le coup plus engagé politiquement, ne l’accepterait pas.

Photo: salle de rédaction du journal La Presse

Categories: France

Comments

  1. José Alcala Author 17 février, 2017, 17:02

    @ Henri Clément
    Pléonasme « journalistes de gauche », vous y allez avec de gros sabots. Les visions courtes sont celles utilisées lorsque des arguments intelligibles manquent. Aucun recul, aucune appréciation pesée. De la grosse cavalerie. Bon, vous avez le droit à l’ignorance et si c’est un choix je ne vais pas me battre pour vous le prendre.
    J’ai, moi, une autre vision ne serait-ce que pas l’expérience vécue à l’intérieur, pendant 36 ans…Bref.

    Pour le reste, groupes de presse, organes d’influence, oligarchies Le Monde, decodex, Drahi, Niel, Berger…je vois que vous n’êtes pas mieux outillé pour produire un début d’analyse pertinente. Mais c’est vrai, le sujet est complexe…

  2. Henri Clément 16 février, 2017, 17:18

    A propos du pléonasme « journalistes de gauche », il y aurait beaucoup à dire, oui.

    Mais « Les groupes de presse sont avant tout tournés vers les bénéfices. » dites-vous.
    Pas convaincu par cette affirmation. Ce sont surtout des organes d’influence du capital et des oligarchies, incontournables en temps de crise chronique. Le paradoxe est que ces groupes de presse privés sont subventionnés avec l’argent publique de ceux qu’ils influencent ! Voilà le génie libéral français !

    Les vrais patrons des groupes de presse dominants (les Drahi, Niel, Berger…) n’ont pas besoin de bénéfices, ils ont par contre un besoin vital de maîtriser la crédibilité branlante du château de cartes financier sur lequel ils sont assis et d’habiller les contradictions criantes des « démocraties » de marché qui les nourrissent.

    Ainsi si le groupe Le Monde crée le decodex, cette régression totalitaire, ce n’est pas pour servir la vérité et le pluralisme de l’info, mais bien pour tenter désespérément d’en conserver le monopole, d’éviter que la société civile ne s’émancipe de leurs formatages idéologiques par les médias transversaux d’internet.
    Le capitalisme contemporain n’a donc jamais été si peu libéral, il redoute plus que jamais la concurrence libre et non faussée !

    En ce sens, l’affaire Fillon n’est pas emblématique des relations presse-politique de l’époque, elle fait plutôt scandale-bricolage archaïque digne de la 4e République… L’affaire Macron qui se profile, elle, me semble bien plus intéressante et d’un autre calibre en termes d’ingénierie manipulatoire pseudo-démocratique.
    à suivre donc.

  3. laulau274 16 février, 2017, 11:44

    en tout cas, heureusement que le Canard ou Mediapart sont là, ça permet de piéger des guignols qui viennent jurer devant les français à la télé, la main sur le coeur, qu ils n’ont jamais rien volé !!!!!

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