Fillon, la nébuleuse sur le remboursement de la Sécu

Fillon, la nébuleuse sur le remboursement de la Sécu

Hier, lors du débat, au détour d’une proposition affichée dans le programme de François Fillon, Alain Juppé a soulevé un lièvre qui pourrait être lourd de conséquences après la victoire, probable, de François Fillon dimanche et plus loin, de la présidentielle de mai 2017. Ce serait un vrai coup de tonnerre dans le paysage politique français. Ce sujet est directement lié au modèle français de protection sociale. Selon la proposition de François Fillon, la Sécurité Sociale ne rembourserait plus que « les maladies graves et longues ».

Lorsque les journalistes lui posent la question sur sa volonté de faire voler en éclat le système social français, François Fillon rétorque, en substance, que « ce système social ne fonctionne plus…avec autant de chômeurs et de déséquilibre dans les Finances Publiques et notamment de l’Assurance Maladie…IL faut donc tout revoir de fond en comble.. ». Et Alain Juppé de lui répondre « que ce serait parfaitement injuste…François Fillon explique, avec brièveté, qu’il souhaite que seules les maladies graves ou longues soient prises en charge et normalement remboursées. Qu’il n’y aurait « plus de remboursement pour les médicaments de confort ». A ce moment précis, l’un des journalistes le relance sur une autre question et François Fillon ne poursuit pas, visiblement satisfait d’en rester là sur ce thème. De son côté, Alain Juppé n’insiste pas.

L’idée de François Fillon programmée dans son projet

Il y a longtemps que les médicaments de confort ne sont plus remboursés et pour certains très partiellement remboursés. François Fillon a éludé, mais dans son projet il va beaucoup plus loin et même très loin. Les maladies graves et longues sont dûment répertoriées. Elles sont au nombre d’une quarantaine. Mais, entre ces maladies et les médicaments de confort, il existe un panel très large de petites et moyennes infections. Elles sont supérieures en nombre et nécessitent des soins et des médicaments durant plusieurs jours et semaines, selon les cas. Ce sont ces prestations que François Fillon veut retirer du champ des remboursements de l’Assurance Maladie. Objectif: atteindre l’équilibre absolu et stopper le déficit annuel qui s’échelonne, selon les années de 6 à 20 milliards. Dans ces chiffres figurent les allocations vieillesses, ce qu’oublie de préciser le candidat.

Les conséquences immédiates, après la promulgation des ordonnances

Dans le projet de François Fillon il n’est pas question de légiférer, sur cette question, mais de décider par ordonnances. Les français devront alors prendre en charge leur dépenses  de santé, s’agissant de maladies ordinaires non considérées comme graves. Ils consulteront chez le médecins mais la consultation ne sera plus remboursées, pas plus que les médicaments. Les mutuelles, sans ticket modérateur, ne rembourseront plus la différence puisqu’ il n’y aura pas d’acte prescrit soumis à remboursement. Conclusion: le patient devra se prendre en charge intégralement.

Mutuelle et assurance privée

Les porte-parole de François Fillon, depuis ce matin, tentent de minimiser la catastrophe annoncée. Madame Boyer, très peu informée en matière de prestations, de remboursements et d’actes médicaux, s’entête à mélanger mutuelle et assurance privée. Elle assure que rien ne changera pour l’assuré social puisqu’il sera remboursé par sa mutuelle ou assurance santé. Rie à voir. La mutuelle ne remboursera sa part que si en amont la sécu rembourse. Ce ne sera plus le cas. Quant à l’assurance santé, c’est une assurance privée contractée dans un groupe d’assurances, telle une assurance de voiture. Elle coûte cher pour des remboursements plafonnés. La différence entre une mutuelle et une assurance santé est simple: une mutuelle est une association à but non lucratif, gérée par divers partenaires sociaux. Ses bénéfices, éventuels, restent dans ses caisses et destinés à renflouer, le cas échéants, ses pertes du moment. Une assurance santé est gérée au sein d’une compagnie, ou groupe d’assurances, à but lucratif et dont les actionnaires peuvent se répartir les bénéfices. Une différence de taille qui consiste, en réalité, à privatiser la Sécurité Sociale.

Le fameux modèle social français

François Fillon souhaite le mettre à terre, parce que trop cher et dépassé. Ce système, mis en place en octobre 1945 par le Conseil National de la Résistance et voulu par le gouvernement provisoire du Général De Gaulle, avait un but: doter les français d’une couverture universelle en matière de santé et de conditions de vie, en rupture avec ce qu’ils subissaient depuis toujours. Pour ce faire, seule la solidarité entre les générations, les plus riches et les plus pauvres, pouvait permettre une vie meilleure…Elle est toujours d’actualité, on le constate tous les jours.

Aujourd’hui, François Fillon dans son projet de gouvernement, estime qu’il s’agit d’un luxe que la France ne peut plus se permettre. C’est son avis. Reste à savoir s’il est aussi celui des français. Alors, oui, qu’il faille dépoussiérer, moderniser le système est une évidence. Qu’il faille faire la chasse aux abus, est une certitude. Mais, ce n’est là que l’attitude d’une minorité. Si les français suivent le probable candidat à la présidentielle, ils ne pourront pas se plaindre des déconvenues qui s’annoncent. Ils les auront voté, de fait.

 

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Comments

  1. Thibsib 28 novembre, 2016, 14:49

    Comment la France a t elle pu créer un système aussi performant avec aussi peu de richesses à l’époque? Aujourd’hui, avec une production de richesses bien supérieure, nous ne pouvons plus continuer à faire fonctionner ce système (dont les frais de fonctionnement sont de 6%) en jurant qu’il faut le remplacer par un système privé (dont les frais de fonctionnement sont de 20 %, nonobstant les bénéfices dans le cas des assurances).
    Ras le bol d’entendre les leçons des fossoyeurs de la société. Nous n’auront pas la paix tant que tout, absolument tout, ne sera pas vendu.
    Le luxe, ce n’est pas de faire participer chacun à la société selon ses moyens et de redistribuer à chacun selon ses besoins, ça c’est la modernité, la vraie.
    Le luxe, c’est une grosse BMW garée hier sur le trottoir d’un bureau de vote, parce que se garer plus loin, c’est bon pour les autres.

    Je me souviens que sur le fronton de mon école, il y avait écrit Liberté Égalité Fraternité, c’était l’école de la République.

  2. Zébulon 26 novembre, 2016, 10:56

    bravo à se stage seuls les riches, les classes supérieures pourront se soigner. Bravo confondre mutuelles et assurances privées, omettre qu’une mutuelle ne rembourse ne rembourse la différence de ce que les conventions prévoient. La pilule est grosse, difficile à digérer, gratuite mais risque fort de provoquer des ulcères à l’estomac qui en s’aggravant reviendront des cas chirurgicaux donc très chers ! Il ne manquerait plus que l’on soit obliger de régler son hospitalisation, ses soins dentaires, d’optiques car tout cela n’est que du confort non. La batailles des primaires aura eu au moins le mérite de dévoiler un peu plus du projet Fillon mais que nous réserve la suite ? Je crains fort que l’on veuille nous faire passer pour des aveugles, des sourds, que le traitement prescrit pour les années à venir soit de toute façon entièrement de notre poche à condition de pouvoir payer la note car faute de rémunération pas de règlement donc pas de rentrée financière mais faute de fonctionnaires pas de facturation, de relance : STOP je rêve….! Allez le futur ne manque pas d’avenir car à l’issue du deuxième tour qui rejoindra qui pour l’élection présidentielle les membres de l’association bonnets blanc blancs bonnets ?

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