Européennes, FN et réalités

Européennes, FN et réalités

Manif ant FNLe séisme électoral dont on ne cesse depuis 48h de commenter, donne lieu à différents types d’analyses et de phantasmes. Chacun y va de sa petite musique, ou grand concert. Tout le monde a, cependant, participé en le voulant ou non à cette fantastique percée du Front National. Derrière la façade des inquiétudes et des peurs, plus ou moins simulées, existe une réalité: la faiblesse des politiques à agir vite et bien.

L’Europe, telle quelle est proposée au plus grand nombre par un petit nombre qui croit posséder le vrai pouvoir, est illisible et impalpable. Une majorité de français ne sait pas, avec précision, à quoi elle sert. Elle entend dire que c’est bon pour la paix et pour l’économie, aujourd’hui mondialisée. Elle sait surtout que le chômage ronge la société, que les classes moyennes deviennent de plus en plus pauvres et que les pauvres de longue durée s’enfoncent dans la misère. Alors, lorsque les candidats défilent à la télévision pour expliquer que l’Europe est la solution aux problèmes, les français se frottent les yeux. Puis arrive, devant les mêmes caméras, Marine Le Pen. Elle fait des phrases courtes. Utilise les mots du langage courant. Prend à témoins ceux qui voient leur budget ménage rapetisser d’année en année. Explique qu’avant l’avènement de l’Europe la vie était moins pénible. Donne le coup grâce en lançant  » Nous ne voulons pas de cette Europe« …Des phrases fortes, crédibles pour ceux qui n’ont plus rien à perdre…

Au même moment, d’autres candidats expliquent que le PS a failli et que Hollande est discrédité. Des faits avérés. De son côté, la gauche explique que la droite n’a pas laissé le pays dans une situation de rêve. Autre réalité. En paralèlle, de petits partis de gauche et de droite enfoncent le clou….Dans cette grande chorale cacophonique, quelle voix semble chanter juste? La réponse a été donnée dimache soir.

Le FN premier parti de France ?

C’est faux. Être premier parti, ou deuxième, c’est réunir un nombre d’adhérents  encarté avec cotisations à jour, qui dépasse les autres partis. Or, le score extraordinaire du Front National aux européennes n’est pas en relation avec le nombre d’adhérents. Il reste 3ème parti de France, avec 75 000 adhérents, après l’UMP et le PS. Les 25% obtenus dimanche soir sont un cri de colère lancé à l’occasion d’un scrutin qui n’a aucune conséquence en matière de politqiue intérieure, même si la classe politique peut l’entendre ainsi.  Cela ne veut pas dire que le FN ne représente rien. Le parti est une réalité, une force d’opposition à la gauche et à la droite classique, mais ne pourra arriver au pouvoir seul. Cette lecture des faits est une réalité, sinon comment expliquer la victoire de l’UMP aux municipales? La situation n’a pas changé en deux mois. Il en sera de même lors des prochains scrutins comme la présidentielle de 2017. Très probablement, Marine Le Pen fera un score qui pourrait la porter au second tour. Ensuite?…Ensuite, la victoire ira au candidat soutenu par plusieurs courants. Il n’y a pas de second tour, présidentiel, avec plus de deux candidats. Seuls les deux premiers participent à la finale. C’est un impératif de la Constitution de la 5ème République, qui veut que le vainqueur rassemble au moins 50% des électeurs. Si la situation actuelle devait continuer, alors oui Madame Le Pen pourrait trouver des soutiens de circonstance, venus de partout. C’est à ce moment-là que le FN sera rejoint par d’autres courants et, ou, partis….

Erreurs à répétition des opposants

Ne serait-il pas opportun de cesser avec l’antienne classant le FN parti « facho« ? de le stigmatiser en permanence? D’abord, si le FN est un parti qui a pignon sur rue, s’il est financé, comme les autres, par des subventions d’Etat et qu’il peut concourir aux élections, c’est qu’il s’inscrit dans la République. Dans le cas contraire, pourquoi les autorités de l’Etat ne décident-elles pas de sa dissolution et pourquoi les partis « démocratiques et républicains » ne le réclament-ils pas?  N’est-ce pas au fond, sur les idées, que le combat contre le FN doit être mené par ceux, nombreux, qui rejettent ses valeurs? Toute autre considération est emportée par le vent.

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Comments

  1. Henri Clément 27 mai, 2014, 18:18

    En Mariniste convaincu, je souscris volontiers à tout cet exposé.
    Y compris pourquoi pas sur le fait que « le combat contre le FN doit être mené sur les idées » et « ses valeurs ».
    Le problème est que personne ne s’y risquera car il y a gros à perdre. Très gros : les combattants contre le FN ont les mains vides.
    Les pseudo « valeurs », républicaines ou autres, qu’on prétendra lui opposer ne tiennent pas la route et sont en but à une crise planifiée par le système lui-même. Hors de la perspective nationale, elles se réduisent aux valeurs du marché, de marchandisation de tout, l’humain compris, et des rapports de forces les plus violents.
    Les idées ? il y a belle lurette que le laboratoire d’idées le plus riche et créatif n’est plus à gauche, mais bouillonne du coté de ce qu’il est convenu d’appeller « l’extrême droite », comprendre les univers parallèles de la dissidence ou se croisent les classes populaires de souche comme celles venues d’ailleurs. Si un métissage culturel doit s’oppérer, il naîtra en réaction contre le système, jamais sous sa domination, et sur la base d’un puissant retour des traditions.
    En clair, il me semble que le FN de Marine n’est que l’avant poste politique d’une force de fond qui n’a pas fini de faire bégayer la bourgeoisie décadente au pouvoir.
    Celle-ci, acculée dans ses contradictions réagira en gouvernant par le chaos, économique comme sociétal, dont les mois et les années à venir vont nous fournir des échantillons tragiques.

  2. Paule 27 mai, 2014, 17:50

    JOSE, les journalistes n’ont-ils pas une part de responsabilité dans la méconnaissance de l’Europe ?
    On entend ici et là dire que Paris Normandie ,Nice Matin ….. sont en difficulté ?Je leur suggère de parler plus d’Europe dans leurs colonnes .Peut être réussiront-ils à capter des lecteurs .
    Quoique ,avec internet ….?
    Mais il faut aller chercher l’information .
    Dans la presse papier ,c’est l’information qui vient à nous .

  3. Olivier Taconet 27 mai, 2014, 17:08

    Effectivement, il y a longtemps que je refuse de faire du front national l’alpha et l’omega de la politique. De nombreux fascistes adhérent au front national, mais le front national n’est pas un parti fasciste. Pas encore. Il est au fond beaucoup plus un parti vichyste, ce qui n’est pas beaucoup mieux… et peut se révéler parfois pire. Bref, il représente la partie honteuse de l’histoire de France, la connivence de la rancœur, le rejet de l’autre, la revendication individualiste absolue, le tout s’épanouissant dans le capricieux vent d’une revendication effrénée, hors de tout projet. Dire que le vote des français est un vote de colère est devenu une banalité. Personnellement, je ne le sens pas. Tous les mouvements de revendication organisée tombent à l’eau. Je ne sens même pas un rejet des institutions. On leur demande au contraire toujours plus. On demande un gouvernement qui protège mieux, contre le chômage, contre l’insécurité, contre les étrangers, contre des menaces réelles ou supposées. On demande une Europe qui fasse mieux son travail, même si on ne sait pas quel il est.
    Là où je suis d’accord avec toi José, c’est sur la faiblesse des politiques à agir vite et bien. De ce fait, il s’agit d’une vieille revendication fasciste pour le coup : agir vite et bien. C’est Mussolini et les autostrades, le magnifique développement économique de l’Allemagne dans une économie de guerre à la suite de la prise de pouvoir des nazis. On voit où ça a mené !
    La mise en œuvre d’une politique d’assistance aux plus faibles, le maintien de la paix en Europe est infiniment moins spectaculaire mais fait preuve à mon avis d’une efficacité supérieure, même si l’on en voit chaque jour les défauts … et heureusement !
    Parce que ce qu’il y a de bien, avec la démocratie, c’est qu’on voit aisément les défauts de chacun.
    Bref, le front national est un parti bien français, dans le sens de ce que notre beau pays a pu produire de pire. Il est populiste au sens où il s’appuie sur les revendications du peuple, les plus insensées et les plus légitimes, sans jamais se donner les moyens de les résoudre… et pour cause ! Parce que les revendications du peuple sont contradictoires dans le domaine du « tout m’est dû ». On veut avoir une bonne retraite, mais on ne veut pas s’emmerder avec des gamins … On ne veut pas non plus d’immigration … et on devient de plus en plus vieux dans son corps et dans sa tête qui n’a plus comme modèle que soi-même.
    Voilà ce sur quoi surfe le front national. C’est exactement le contraire de ce pourquoi je me suis engagé en politique et ça me suffit pour le combattre.
    Maintenant, envisager l’arrivée de tels individus au pouvoir ne cesse d’être inquiétant au delà de ce que leur score canon reflète de la société française. Pour être conservatrice, étriquée et réactionnaire, la vision réductrice du front nationale est une utopie. L’utopie au pouvoir a jusqu’à présent mené à la catastrophe. Dire que le front national est un danger pour la démocratie n’est en ce sens pas une erreur d’appréciation.

  4. ericp27 27 mai, 2014, 16:52

    félicitations Mr Alcala, votre article est excellent, et surtout très clair.
    un séisme est une « catastrophe », soit, alors que dimanche soir, il s’agit de l’expression d’un peuple appelé à un scrutin. (ce n’est donc pas comparable)
    déjà pour commencer 60% des gens sont restés chez eux, pourquoi?
    ensuite 25% de 43% ça fait 11% soit 1 personne sur 10 (base 100).
    donc il faut relativiser un peu, et ensuite se demander pourquoi en est on arrivé là?
    c’est peut être ça la bonne question?
    40 ans de gestion umps , avec les affaires cahuzac, aubry-royal, fillon-copé , et maintenant bygmalion, peut être que le peuple commence à en avoir sérieusement ras le bol !
    après on peut utiliser tous les poncifs : populistes, fachos, etc… la réalité est là, la misère est grandissante, l’abstention aussi, et l’Europe dysfonctionne, alors nous nous sommes exprimés, moi le premier.
    non seulement je ne regrette rien, mais je recommencerai, et au rythme où vont les choses, je pense que Marine n’a plus un boulevard devant elle, mais une autoroute…
    la faute à qui?

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