Eure. L’interview, imaginaire, de Sébastien Lecornu

Eure. L’interview, imaginaire, de Sébastien Lecornu

Nommé hier Secrétaire d’État auprès du ministre de l’Écologie, Nicolas Hulot, Sébastien Lecornu n’a évidemment pas le temps de répondre à des interviews des journalistes de l’Eure. En tout cas à celui-ci. Qu’à cela ne tienne. Pour combler le vide, Caméra Diagonale va, tout de même, poser des questions à l’ancien président du département de l’Eure, lequel y répond avec gourmandise. Le tout est de savoir si Sébastien Lecornu aurait pu répondre différemment. Ce sera à lui de le dire.

Le décor est sobre. Sébastien Lecornu préfère rester debout. Je lui fais face avec un dictaphone que je tiens de la main droite. Le ministre n’a pas souhaité d’interview  filmée. Il est décontracté et souriant. Le jeune nouveau Secrétaire d’État a l’habitude. Nous nous sommes rencontrés de nombreuses fois, depuis une dizaine années, à l’époque où il était l’un des collaborateurs parlementaire du député Franck Gilard. Je lui avait dit un jour, qu’il serait forcément ministre, rapidement. J’avoue, moi le « vieux« , ancien journaliste de France Télévisions, aujourd’hui éditeur d’un blog d’information dont la particularité est sa fréquentation affirmée, que le jeune homme m’a toujours impressionné par sa verve , son intelligence et le don très développé pour la politique. Pour autant, je ne me suis jamais privé d’écrire et de filmer ce qu’il fallait écrire et filmer sur le jeune surdoué, performant, parfois excessif, politicien dans l’âme, bluffeur, impérieux et quelques fois moqueur au 3ème degré. J’ai pensé que la réussite, en politique, devait passer par ces vertus et ces vices. Le blanc et le noir, l’ombre et la lumière, le froid et le chaud. Ma conviction est que lui-même sait tout cela et qu’il prend un malin plaisir à le vivre pour ne laisser aucun doute au doute, sans complexe ni état d’âme. Voici son interview:

Caméra Diagonale: Bonjour Monsieur le ministre.

Sébastien Lecornu: Bonjour Monsieur le journaliste

Caméra Diagonale: Qu’est-ce vous ressentez 48h après votre nomination auprès de Nicolas Hulot?

Sébastien Lecornu: De la fierté pour la confiance que m’a manifestée le Président de la République et aussi le Premier ministre. C’est pour moi le moteur qui va me propulser dans la réussite de ma mission.      

Caméra Diagonale: C’est aussi grâce à Bruno Le Maire, l’on peut penser qu’il est celui qui vous a proposé avant approbation du Président et du Premier ministre, non?

Sébastien Lecornu: Oui, le ministre ne m’a pas fait d’ombre, c’est sûr. Il a ouvert la porte en se portant garant de ma connaissance des territoires.

Caméra Diagonale: La presse nationale a évoqué une composition du gouvernement Philippe 2 liée à un rééquilibrage nécessaire avec des nominations supplémentaires de Secrétaires d’État de droite, de gauche et du centre. Elle se trompe, la presse nationale?

Sébastien Lecornu: Manifestement elle se trompe. Ce gouvernement a été composé avec des personnalités diverses, politiques, société civile, entrepreneurs et autres. Le vrai dosage, c’est celui-là.

Caméra Diagonale: Alors précisément quelle va être votre mission?

Sébastien Lecornu: Il ne vous a pas échappé que j’étais, jusqu’à hier, président du conseil départemental de l’Eure et qu’à ce titre je connais bien les problématiques des territoires. Nicolas Hulot entend me confier une mission de dialogue avec les acteurs de ces territoires. Il s’agira d’évoquer les antagonismes à propos des éoliennes, de quantifier et qualifier leurs implantations…Aussi d’apporter des solutions dans le domaine du Bio avec la facilitation des filières courtes, favorisant ainsi l’accès à une nourriture plus saine…De convaincre les collectivités à une meilleure desserte des transports en commun permettant de libérer les centre-villes de l’invasion des véhicules particuliers avec leur lot de pollution qui s’accroit chaque année. Voilà les premières mesures auxquelles je vais m’atteler. Il y en aura d’autres.

Caméra Diagonale: Depuis votre élection à la mairie de Vernon, puis au conseil départemental un an après, l’on ne vous connaissait pas cette fibre d’écologiste. Rien dans vos actions ne le laissait paraitre. Comment et quand vous êtes-vous découvert écolo à ce point?

Sébastien Lecornu: Quand on fait de la politique, on est obligé aussi de faire de l’écologie. Certes, je ne me suis jamais inscrit dans une démarche d’écologie politicienne. A Vernon, au département et à la SNA, regardez bien, nos actions sont toujours teintées d’approches écologiques. C’est vrai que maintenant ce sera pour moi une priorité exclusive.

Caméra Diagonale: Justement, vous venez de citer Vernon. Deux problèmes subsistent dans votre ville. Le premier concerne ce dépôt de carburant installé dans le centre-ville, près de la gare. Outre le danger que ce dépôt présente, c’est aussi une pollution lancinante et quotidienne subie par les habitants d’alentours et plus largement sur d’autres quartiers. Il s’agit des émanations de fuel respirées en permanence et le dépôt de rejets volatils lors du remplissage des cuves et des camions citernes, sur les surfaces et fenêtres des habitations. L’autre espace de pollution concerne le CNPP. Des véhicules sont incendiés pour entrainer les sapeurs-pompiers à la maitrise de ces incendies. Les conséquences sont catastrophiques. Les vents rabattent les fumées polluées sur la ville de Vernon. Je peux vous montrer photos et vidéos. Évidemment, il ne s’agit de supprimer le dépôt de carburant définitivement, mais de l’aider à s’implanter sur la zone industrielle de Douains, par exemple. Quant aux entrainements du CNPP, idem pour son implantation sur un espace plus favorable à ces entrainements dangereux et polluants. Allez-vous étudier la situation et vous montrer efficace?

Sébastien Lecornu: Je ne sais pas si la situation est aussi catastrophique que vous le dite. Néanmoins, c’est effectivement un questionnement. Je vais demander au maire de Vernon et au président de la SNA de me rédiger une note pour chaque site, ce qui m’aidera à prendre des mesures qui s’imposeraient.

Caméra Diagonale: Globalement, votre démarche politique me rend curieux. Comment expliquez-vous qu’après avoir soutenu Bruno Le Maire lors de la primaire de la droite, en novembre 2016, vous ayez, ensuite, soutenu François Fillon que vous quittiez un mois plus tard, pour finalement vous rallier au panache d’Emmanuel Macron? Admettez-vous que ce parcours soit teinté d’un zeste d’opportunisme?

Sébastien Lecornu: Opportunisme, non. Je préfère parler de clairvoyance et de pragmatisme. Le projet d’Emmanuel Macron en est la parfaite illustration. C’est vrai que notre famille politique était à bout de souffle et que nombre de nos leaders n’avaient plus rien à dire. Certains n’avaient plus que l’invective à opposer comme arguments. Bruno Le Maire, le premier, a souhaité se détacher de ce parti qui n’apportait plus rien, pour se rendre utile dans une autre formation. C’est tout l’honneur du politique que d’avouer s’être trompé à un moment de son  parcours et de rectifier le tir.

Caméra Diagonale: Tout de même, après votre élection à la mairie de Vernon, vous expliquiez vous consacrer entièrement à la ville et que vous n’iriez pas courir d’autres mandats. En 2015, vous franchissiez le Rubicon en devenant président du département de l’Eure et la main sur le coeur, affirmiez que vous en resteriez là. Enfin, deux après vous entrez dans un gouvernement et abandonnez ville et département. Les électeurs, qui vous ont fait confiance, commencent à douter.

Sébastien Lecornu: Je n’ai abandonné ni la ville de Vernon, ni le département. Je continuerai à manager de loin les deux entités. D’ailleurs, j’y ai installé des hommes de confiance. François Ouzilleau à Vernon et bientôt Jean-Paul Legendre, ou Frédéric Duché au département. Je réfléchis au meilleur profil. Donc, je n’ai pas manqué à ma parole puisque je continuerai à m’occuper de mes administrés, malgré le gros travail qui m’attends.

Caméra Diagonale: Merci Monsieur le ministre d’avoir accordé quelques minutes à Caméra Diagonale.

Sébastien Lecornu: Merci à vous.

 

 

 

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Comments

  1. Mathieu 25 juin, 2017, 10:11

    @Céline Vernon
    Rastignac? Pas d’accord. Le personnage de Balzac a du relief et du charisme. Ici nous sommes dans dans la rigidité, la froideur et le gris acier. La comédie humaine, chez notre jeune ministre, n’a aucune dimension romanesque. Elle est désuète.

  2. Zébulon 25 juin, 2017, 08:33

    Après votre roman « Hollande démissionne » quand un deuxième roman fiction politico policier qui pourrait s’intituler  » Macron,Philippe II le défi ? » Il y a de quoi alimenter avec nos ministres normands !

  3. Gilles 24 juin, 2017, 11:00

    je ne connais pas le problème de cnpp mais celui du dépot de fuel m’interpelle; je passe tout les jours devant pour mon train et c’est vrai que ce dépot doit polluer les gens qui habitent autour.

  4. Céline Vernon 24 juin, 2017, 10:15

    Rastignac !?

  5. Marc 24 juin, 2017, 09:33

    J’ai lu une interviewe dans Paris-Normandie, sans surprise. La vôtre est plus pertinente, parce qu’elle va plus au fond des sujets. Pourquoi ne la faites-vous pas réellement avec les mêmes questions et comparer ensuite?

  6. Peau d'espion 24 juin, 2017, 09:19

    Bien vu ! Ce sont des questions incontournables et vous avez raison, que pouvait-il répondre d’autre? C’est plus vrai que vrai.
    Si votre message est de dire qu’il est inutile d’interviewer ces personnages pour de bon puisque l’on connait d’avance leurs réponses, c’est réussi. Avantages: gain de temps et efficacité.

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