Eure, l’étrange missive de Marc-Antoine Jamet aux socialistes

Eure, l’étrange missive de Marc-Antoine Jamet aux socialistes

Il quitte ses responsabilités au sein du parti socialiste, locales et nationales. Le maire de Val-de-Reuil s’adresse aux militants par une lettre où il prend acte, en premier lieu, de la défaite de son camp et fait un état des lieux circonstancié, mais sans jamais préciser les éléments sérieux qui lui font quitter le navire PS, sauf à constater qu’il a sombré. Fâcheux pour un Capitaine dont la règle voudrait qu’il soit le dernier à sauter dans le canot de sauvetage. L’autre élément relevant de la contradiction, est l’éloquence qu’il emploie à critiquer et encenser, en alternance, l’actuel Président de la République.

« Coup de tonnerre« , écrit la presse locale. En matière d’orage, il y a eu plus dévastateur. L’importance de cette information est toute relative. Un élu démissionnaire de son parti ou de sa charge est monnaie courante depuis bien longtemps. La terre ne s’arrêtera pas de tourner et l’information ne va pas faire sortir les gens dans la rue en criant « catastrophe!« . En revanche, l’anecdote est amusante tant Marc-Antoine Jamet a beaucoup fait rire dans le Landerneau. Gageons que le n°3 de LVMH ne sera ni perdu ni affaibli financièrement par l’augmentation de 1,7% de sa CSG.

Deux pages et demi pour dire quoi?

Marc-Antoine Jamet rappelle les combats menés, les victoires à toutes les élections, grâce aux militants. Puis fait le constat:… »Aujourd’hui, nous avons tout perdu ou presque. J’en ai été marqué. Il est cruel de voir son espérance disparaître ou plutôt se désagréger. Ce n’est cependant pas pour cela que je prends de la distance. Je crois à notre Parti depuis que je m’y suis engagé derrière Laurent Fabius voici plus de trente ans. C’était au lendemain – déjà – d’une défaite. Comment pourrai-je le quitter ? J’ai accepté d’en être le trésorier et le directeur général des services aux pires moments. Il m’a coûté dans ma vie professionnelle. Il m’a valu des incompréhensions dans ma vie personnelle. Avant de rejoindre celle de Val-de-Reuil en 1999, j’ai adhéré dans la section de Léon Blum au cœur du Paris populaire. Je suis un « partageux ». Le Socialisme est ma vérité. Il est mon chemin. J’aurais toujours pour ses valeurs, l’égalité des chances et à la justice sociale, la solidarité et la liberté, la foi du charbonnier »….. »nous reviendrons au pouvoir, localement, nationalement, plus vite que nous le pensons. Certains, après avoir allègrement trahi ou opportunément déserté, m’attribuent avec leur générosité habituelle l’entière responsabilité de nos revers. Cela me laisse indifférent. Je leur confirme, si leurs contorsions peuvent y trouver consolations, que le Parti Socialiste n’a connu de difficultés que dans l’Eure et, uniquement, par ma faute »…

Des propositions lui aurait été faites pour rejoindre En Marche

« Ce n’est pas la seule interrogation à laquelle par ce dernier courrier fédéral je veux répondre. A droite, à Gauche, au travail, parmi mes proches, on m’a souvent demandé pourquoi je n’ai pas rejoint l’actuelle majorité. Il paraît que mon profil avec elle était compatible. Malgré les appels et les propositions, parfois les plus autorisées, je n’ai pas cherché l’investiture d’En Marche. Je n’en suis ni l’adhérent, ni le sympathisant »…

Coup de chapeau à Emmanuel Macron et le contraire

« Certes, j’ai, si ce n’est de l’admiration, du moins du respect pour la démarche, faite d’audace, d’une bonne dose de courage et de confiance en soi, qui a conduit Emmanuel Macron vers un succès qu’il ambitionnait à seulement 39 ans. Ce n’est d’ailleurs pas la première transgression qu’il a assumée et il faut à ce propos lui rendre des points. Le Chef de l’Etat est l’artisan de sa propre réussite et, peut-être, de sa vie. Mais cela n’est pas suffisant pour le suivre….

Coup de griffes à Edouard Philippe

« Pour autant, je ne partage pas la politique actuellement conduite par Edouard Philippe, même si je connais la sincérité de ce Normand…..Mais, fiscalement et socialement, pour les retraités, les familles et les collectivités locales, pour les plus jeunes, les plus fragiles, les plus exposés, pour le logement et les emplois aidés, l’action menée ne peut recueillir de ma part un début d’approbation. Voilà pour le fond. Sur le style et la manière, il y aurait tant à dire. La popularité vacillante du Président en révèle assez ». Marc-Antoine Jamet semble oublier que le Premier ministre ne fait qu’appliquer la politique du Président, qu’il finit aussi par critiquer après le coup de chapeau. Étrange!

Je suis venu te dire que je m’en vais

Il ne reste qu’un seul argument à Monsieur Jamet pour expliciter sa démission de la direction de la fédération de l’Eure et du Conseil National:… »Je n’aime pas le simplisme et la démagogie, quand bien même seraient-ils éloquents, qui conduisent la France Insoumise. J’ai fait la campagne de Benoît Hamon par loyauté et par amitié, sincèrement, totalement, sans partager néanmoins nombre de ses propositions. Je ne discerne pas encore, dans la nouvelle direction pléthorique, pardon collégiale, celui ou celle qui ramassera le drapeau tombé à terre, celui qui m’enthousiasmera, celui que je soutiendrai les yeux fermés. Les gens ne nous suivent pas, ne nous suivent plus. Je n’ai le goût ni des crépuscules, ni des groupuscules. J’attendrai ».

Question

Pourquoi quitter le PS qui est mal en point? Monsieur Jamet se dit socialiste et le restera. Pourquoi ne participe-t-il pas à sa reconstruction, avec des idées neuves, un renouvellement des cadres. Lui qui possède une intelligence politique, fine et pertinente, pourquoi prend-il la porte?

Une page se tourne au PS de l’Eure. Saluons, quand même, Marc-Antoine Jamet qui, outre son cynisme légendaire envers autrui, aura construit une certaine empreinte positive dans sa ville de Val-de-Reuil.

 

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