Espagne, Podemos

Espagne, Podemos

L’Espagne a voté hier pour élire sa nouvelle Assemblée (les Cortès). Sur 350 députés, les quatre forces politiques majeures, élues à la proportionnelle à 1 tour, ne dégagent pas de majorité absolue pour soutenir un gouvernement. Le Partido Popular, l’équivalent « Les Républicains » en France, de Mariano Rajoy sort vainqueur mais avec un majorité relative. Il lui faudra conclure des alliances, mais aucun des 3 autres n’a pour l’instant  envie de travailler avec l’actuel Président du gouvernement. Voilà ce qu’apporte, aussi, le scrutin proportionnel.

Sacré peuple espagnol. Chaleureux et humaniste, mais aussi contradictoire. L’Espagne, à l’âme bouillante et aux forts contrastes, ne s’enferme pas dans le conformisme idéologique. Quatre tendances politiques, divergentes, ont remplacé le clivage, classique, gauche-droite. Les deux partis, PSOE et PP, qui tiennent le haut du pavé depuis l’avènement de la démocratie en 1976, sont aujourd’hui rattrapés par deux nouveaux émergents, Podemos et Ciudadanos. Ils n’atteignent pas encore le niveau des deux premiers, mais leurs scores en dit long sur la volonté des espagnols de tourner la page. Le premier « essai » d’hier sera manifestement transformer lors de prochaines échéances, locales, régionales et nationales. Podemos est déjà en poste à Madrid et à Barcelone et dans nombreuses localités petites et moyennes….Ciudadanos est un parti centriste qui s’est révélé par des prises de positions contre la gauche et la droite. Il est loin de l’idéologie du Partido Popular, même si depuis ce matin Mariano Rajoy (PP) et Albert Rivera (Ciudadanos) tentent de former une coalition, ce qui n’est pas certain. Albert Rivera, âgé de 36 ans, rejette toute tentation droitière et prône une politique de rupture avec l’ensemble des gouvernants espagnols depuis 40 ans. Alors?…

Pablo Iglesias, 37 ans, est lui aussi en demande de cette rupture. Sa lutte  « contrer l’austérité et la corruption » est devenue la marque de fabrique. C’est à partir de là que tout sera possible. « Nous pouvons » est la traduction de « Podemos ». Ce qui n’était qu’une association il y a 4 ans est devenu le 3ème parti en Espagne non loin du Parti Socialiste Ouvrier Espagnol (PSOE).

Podemos, gauchiste?

Certainement pas! Pas au sens où nous l’entendons en France. Si Jean-Luc Mélenchon, voire Olivier Besancenot revendiquent leur proximité avec Pablo Iglesias, Podemos diffère du Front de Gauche et du NPA, d’abord sur le contenu programmatique et sur la méthode. Podemos admet le Marché, mais entend le maîtriser par de nouvelles règles en rupture avec « un capitalisme outrancier ». Ensuite, le parti ne se situe nullement dans un combat droite-gauche, mais dans celui du « Peuple contre l’Oligarchie ». Étend entendu que le « Peuple » est composé de citoyens de gauche du centre et de droite, ainsi que l’Oligarchie elle aussi composée d’élites de tous bords. Nous sommes loin de la gauche radicale à la française…..La jeunesse espagnole se retrouve dans Podemos, mais pas seulement. Des espagnols de tous âges applaudissent et un certain nombre a franchi le pas…jusqu’au vote.

Pas d’extrême-droite en Espagne

Autre singularité espagnole: l’absence de parti d’extrême-droite aux élections. Au lendemain du processus démocratique, un ancien ministre du Général Franco, Manuel Fraga Iribarne, avait réussi à s’immiscer dans le concert électoral et obtenu un score honorable. Ce ne fut pas de longue durée. Des courants et groupuscules franquistes restaient présents lors de manifestations contre toute forme de processus démocratique, mais ils se faisaient de plus en plus rares au fil du temps

Configuration de la nouvelle Assemblée parlementaire de 350 sièges

Partido Popular (droite) 123 sièges; PSOE (gauche) 90 députés; Podemos 69 députés; Ciudadanos (centristes) 40 députés; divers indépendantistes et petits partis 28 députés.

Categories: Europe

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