EPR. Jean-Claude Mary réagit aux propos du ministre, sur le nucléaire

EPR. Jean-Claude Mary réagit aux propos du ministre, sur le nucléaire

Le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire aurait, selon « Les Échos », commandé un rapport dans la perspective de construction de 6 EPR, sur le moyen et le plus long terme. Hier, le ministre corrige le tir en déclarant préférer attendre que celui de Flamanville soit achevé. Cette position du gouvernement a fait réagir Jean-Claude Mary, écologiste et élu de Vernon. Il siège dans l’opposition municipale, face à Sébastien Lecornu, Secrétaire d’État auprès de Nicolas Hulot, jusqu’à la démission de ce dernier. Bizarrerie de la politique…Jean-Claude Marie, ancien professeur de sciences économiques et sociales, est un militant écologiste non-politique. Il n’a jamais appartenu à un parti. Sa défense de l’écologie n’a pour but que l’intérêt de la planète et de ses habitants. Il développe ici ce que lui inspire la politique nucléaire de la France et exprime, avec force, des solutions de remplacement, davantage en adéquation avec l’intérêt général. Il est, par ailleurs, administrateur de l’association « Enfants-de-Tchernobyl-Belarus » et auteur du livre « Aldous Huxley, le prophète oublié ». Voici son texte:

Un ministre attentif aux lobbys

Bruno Le Maire est un  défenseur inconditionnel de la filière nucléaire. Il avait été un ferme soutien du  projet d’EPR à Penly promettant créations d’emplois et richesses déversés sur la région, aidé en cela par le député communiste de Dieppe, Sébastien Jumel. Il   n’hésite pas à affirmer quelques contre-vérités sur le sujet : l’absence d’émission de CO2 des centrales  ou le coût compétitif du nucléaire. Or, c’est le bilan gaz à effet de serre de l’ensemble de la filière qu’il faut prendre en compte et  d’autre part la France  se place au 16 ème rang des pays les moins chers d’Europe sur les 28 états membres. Les hommes politiques aiment à dire n’importe quoi sur le sujet : certains n’ invoquent-ils pas  l’indépendance énergétique de la France alors que nous importons 100% de notre uranium et  Sébastien Lecornu n’ affirme-t-il pas  sans sourciller le recyclage du combustible usé alors qu’il ne s’agit que d’extraire du plutonium pour la bombe ( ce qui représente 1% de ce combustible usé) 

Malgré son dogmatisme en la matière, Bruno Le Maire vient de déclarer attendre la fin de la construction de l’EPR de Flamanville avant de passer commande de nouveaux EPR comme l’engagent à le faire à hauteur de 6 les rédacteurs d’un rapport tout frais, eux-mêmes représentants du lobby nucléaire militaire et civil, l’un ex-délégué général à l’armement et l’autre ex-administrateur du CEA et conseiller du président d’EDF. 

Milliards déversés

En effet, le ministre fait bien d’attendre. Combien de temps ? On ne sait. L’EPR de Flamanville mis en chantier en 2007 devait être mis en service en 2011 pour un coût de 3 milliards d’euros. 11 ans plus tard, il n’a toujours pas produit un kwh, la dernière échéance de fin 2018 vient d’être reportée à septembre 2019 et il a déjà coûté 4 fois plus ; nous en sommes donc à 12 milliards d’euros et 8 ans de retard. L’EPR construit en Finlande par AREVA et qui sera terminé avec 10 ans de retard à un coût de 10 milliards d’euros initialement estimé à 2,5 milliards aura donc  coûté à l’entreprise 7,5 milliards d’euros auxquels il faudrait ajouter les pénalités de retard négociées à 450 millions. La mise en service fixée une dernière fois à mai 2018 vient d’être reportée à septembre 2019. Les îlots nucléaires de deux  autres EPR ont été vendus, bradés faudrait-il mieux dire, à la Chine ( qui se réserve la construction du reste du réacteur) en 2007 pour 1,8 milliards chacun : l’un vient d’entrer en service en juin. Ils ont les mêmes défauts que ceux que l’autorité de sûreté nucléaire (ASN) a pu constater sur celui de Flamanville, à savoir des cuves défectueuses, les aciers du couvercle et du fond de cuve n’étant pas conformes aux normes en vigueur. A Flamanville, l’ASN a aussi découvert des soudures défectueuses dans le circuit secondaire sous pression et de multiples autres malfaçons. Le résultat de ces aventures, c’est la quasi-faillite d’ AREVA : son action introduite en bourse en 2011  a été cotée pour la dernière fois en avril 2017 à un cours divisé par 6.  

L’avenir du nucléaire est derrière

Sarkozy avait multiplié les annonces de vente de réacteurs nucléaires à l’étranger : aucune ne s’est concrétisée. Macron et Le Maire ont recommencé avec des annonces en Chine et en Inde et ce dernier a clairement affirmé son objectif de relance de l’exportation de matériel nucléaire. Mais le nucléaire est une technologie dépassée : l’Allemagne, le Japon, les USA se désengagent, le programme nucléaire d’Afrique du Sud a été annulé tout comme celui de Tchéquie, celui de Chine ralenti.  La part du nucléaire dans la production mondiale d’électricité est passé de 17% en 2001 à 10% à ce jour.

Totale incertitude pour la planète

Le nucléaire en France représente aujourd’hui un fardeau de plusieurs centaines de milliards de dollars ; enfouissement  des déchets hautement radio-actifs et à vie longue avec toutes les incertitudes qui pèsent sur ce moyen, stockage des déchets , nucléaire militaire pourtant inadapté aux besoins de défense actuels, démantèlement des installations nucléaires qu’on ne sait d’ailleurs pas comment mener,  recherches illusoires d’un réacteur de 4ème génération à fusion thermonucléaire, grand carénage (  c’est-à-dire les travaux décidés après Fukushima  pour accroître la sûreté des réacteurs ) .  Le coût de la sortie sera certes aussi élevé mais plus on attendra pour entamer le processus de sortie et plus il coûtera cher au pays et plus on risquera un accident nucléaire majeure dont  l’ASN et l’Institut de radio-protection et de sûreté nucléaire (IRSN) n’excluent pas la survenue en France et dont ce dernier estime le coût possible pouvant varier de 430 à 1000 milliards d’euros. 

Apprentis sorciers

Le choix du nucléaire, c’est une prise de risques insensés,économiques, sanitaires et environnementaux.  Non pas pour le profit de quelques actionnaires d’ailleurs comme le disent certains mais pour réaliser le vieux rêve d’un homme  « maître et possesseur de la nature », un rêve qui tourne souvent au cauchemar, le mythe d’une technologie assurant sa toute puissance.

L’avenir est dans le renouvelable

Les solutions pour sortir des énergies  fissibles et  fossiles sont connues. « Le scénario négawatt »  les articule autour d’une triple démarche : sobriété énergétique, efficacité énergétique et énergies renouvelables. L’essayiste et conseiller politique Jeremy Rifkin a élaboré pour plusieurs régions du monde  dont le Nord-Pas-de-Calais ( aujourd’hui Les Hauts t de France) des scénarios à 100% d’énergie renouvelable en 2050.  L’ADEME (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie) a aussi publié en avril 2015 un rapport  allant en ce sens . Une étude publiée en 2005 par un bureau d’étude bas-normand avait montré que 3 milliards d’euros  investis dans les économies d’énergie et les énergies renouvelables  généreraient plus d’emplois durables et économiseraient ou produiraient plus de kilowatts-heure que s’ils l’étaient dans l’EPR. EDF n’avait pu contredire cette étude . Alors avec 12 milliards d’euros!  

Jean-Claude Mary

Categories: Eure, France, Vernon

Comments

  1. Denis 2 septembre, 2018, 00:15

    70 années de combustible du fait de la fission et d’une fusion impossible à réaliser ! Des déchets dont on ne sait que faire pour nos enfants… Quand est-ce que nous allons arrêter de croire que la solution pourrait venir du nucléaire ? A-t-on déjà oublié Three Mile Island, Tchernobyl, Fukushima ? Nous sommes face, impuissants, à une techno-structure devenue folle.

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