Parlementaires, l’entre-soi trouve ses limites

Parlementaires, l’entre-soi trouve ses limites

La vogue du moment, dans des médias et chez des politiques, est la dénonciation d’un vent, supposé, d’antiparlementarisme. C’est la séquence gilets jaunes et les attaques contre nombre de députés LREM qui amène à cette affirmation. La réalité vient de beaucoup plus loin. Elle souligne des faits bien concrets. Qu’on le veuille, ou non. Explications:

Les gilets jaunes ont soulevé une multitude de questions et bousculé le système ronronnant depuis 40 ans. Ils ont arraché en moins d’un mois ce que syndicats et partis politiques n’ont pas obtenu en une quinzaine d’années. Ils ont imposé, de fait, le grand débat. Le Président de la République y passe l’essentiel de sont temps et le Premier ministre n’est pas en reste. L’on ignore ce qu’il en résultera le 15 avril prochain. Pour l’heure, c’est le seul sujet qui tient le pays en haleine. Oui, le frange radicale des gilets jaunes, renforcée par des éléments extérieurs au mouvement, se laissent aller aux brutalités, menaces et injures contre des députés de la majorité. Certains renoncent, déjà, à un deuxième mandat. C’est vrai, il règne une ambiance de terreur, cela est inadmissible et il convient que la République se montre inflexible.

Ambiance entretenue

De là à affirmer qu’il y a un retour à l’antiparlementarisme des années 30, il y a un pas que des médias et des hommes politiques franchissent allègrement par confort et réflexe d’autodéfense. Les médias, parce qu’ils ont été molestés durant les manifestations. Des journalistes ont été coursés et frappés, matériels détruits. C’est scandaleux. La situation, cependant, mérite un moment d’attention: les reporters de terrain ont payé leur appartenance à telle chaine ou telle autre, à tort ou à raison. Des chaines sur lesquelles des journalistes présentateurs et autres commentateurs, experts en tout, politologues, analystes de circonstances ont, en permanence, voulu discréditer le mouvement gilets jaunes dans son ensemble. L’amalgame entre casseurs et gens convenables a été soigneusement entretenu, avec des numéros de contorsionnisme voulant, quand même, laisser une petite part au distinguo. Seul, un éditorialiste du Figaro, Yvan Rioufol, a osé contrer le discours ambiant. Toutefois, aucune justification ne saurait admettre les agressions contre les reporters, dont les salaires avoisinent le revenu médian des français. Ils pourraient être, eux aussi, des gilets jaunes. Rien à voir avec les présentateurs vedettes aux revenus de quatre à cinq fois supérieurs et certains jusqu’à dix fois.

Les partis politiques à l’origine des candidatures

Alors, qu’est-ce ce vent d’antiparlementarisme ? Rien ! Des députés et sénateurs se voient reprocher une situation bien réelle. Celle de l’entre-soi pendant des années. Jusqu’à l’arrivée de la République en Marche, les députés étaient élus d’abord par la volonté des partis politiques. Étaient investis les encartés. Depuis 40 ou 50 ans, point de salut électoral pour des candidats non partisans venus des classes moyennes ou plus pauvres comme des ouvriers et employés. Les deux parlements n’étaient et sont toujours composés d’élus des classes supérieures, haut-fonctionnaires et fonctionnaires de l’Éducation Nationale notamment….

Jeux politiciens avant intérêt général

Aujourd’hui, ces années grises font surface. Elles témoignent de cette suprématie politicienne représentée majoritairement par une certaine noblesse d’État qui se coopte à l’envie . Ainsi, il était indéniable que l’intérêt général passait derrière les intérêts particuliers des partis politiques. Telle mesure intelligente venant de l’opposition était systématiquement rejetée par la majorité et inversement. Les périodes électorales était de ce point de vue très riches en enseignements. Pour détruire un ami politique, dont on voulait se débarrasser pour X raisons, l’on n’hésitait pas à favoriser un adversaire, insidieusement, par exemple en imposant une triangulaire au second tour. Les petits calculs de chapelles, des alliances contre nature, des informations sur tel ou telle qui apparaissaient dans la presse comme par hasard et restait sans explication. Des trahisons subites ou préparées de longues dates. L’on pourrait écrire un ouvrage de 800 pages sur le sujet, étayé de faits concrets et prouvés. Nous sommes loin de la caricature qui voudrait que l’ensemble des parlementaires, depuis une quarantaine d’année, n’ait travaillé que dans l’intérêt des seuls électeurs. Un exemple, un seul très connu du grand public: — en 2005, les français étaient appelés à voter par voix référendaire sur une Constitution européenne. Le NON l’emportait par presque 55% de voix. Deux ans après, Nicolas Sarkozy le remet sur le tapis par un vote devant les députés de l’Assemblée. La consigne de Chirac était claire: les députés de la majorité doivent la voter — Alors, qui sont ceux qui apportent de l’eau au moulin de l’antiparlementarisme ? Effectivement, aujourd’hui beaucoup de nouveaux élus, payent, injustement, l’addition. Certes, tous les députés d’hier ne sont pas à mettre dans le même panier. Il convient seulement d’admettre que les partis politiques de gouvernement (gauche et droite) ont largement contribué à façonner leurs élus. Et si l’on souhaite ne pas en démordre avec la notion d’antiparlementarisme, (généralisée) disons, en réponse, que depuis 40 ans, nombre de parlementaires a largement contribué à la situation actuelle.

Categories: France

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