Éditorial. Arroseurs arrosés

Éditorial. Arroseurs arrosés

On allait voir ce qu’on allait voir. On a vu. D’abord, en préambule, il est curieux que deux journalistes, auxquels « on ne la fait pas » aient accepté d’être choisis par l’interviewé. Ainsi, Emmanuel Macron a amené sur son terrain Edwy Plenel et Jean-Jacques Bourdin et ceux-ci ne s’en sont rendu compte, immédiatement. Le Président a joué sur du velours, avec face à lui un « idéologue chevronné » et un journaliste qui « ne lâche pas le morceau« . Les deux intervieweurs voulaient tellement le mettre en difficulté qu’ils n’ont réussi qu’à démontrer un parti pris flagrant avant toute considération journalistique, de fond. Le patron de Médiapart pouvait questionner le Président, sans concession. Il a choisi, tout au long de la soirée, d’opposer un sourire condescendant. Jean-Jacques Boudin, comme sur RMC, a martelé mille fois des questions évoquées depuis un an, auxquelles le gouvernement a répondu mille fois. Rien de nouveau sous le soleil. L’animateur de RMC a cependant tenté un coup en hypocrite. Il a été servi. Évoquant les fuites de capitaux vers des paradis fiscaux d’un montant estimé à 80 milliards d’euros, Jean-Jacques Boudin ajoute, « La Hollande est un pays d’Europe et il abrite de l’argent non déclaré et Votre ami Bernard Arnault connait bien cette destination... » Emmanuel Macron lui rétorque « Je n’ai pas d’amis, Monsieur Bourdin..c’est comme si je vous disais votre ami Drahi (NDLR: patron de BFM-TV). Bourdin répond à son tour « Je n’ai pas d’amis moi non plus.. »

Les cadrages des huit caméras installées pour cette émission spéciale ont montré un autre aspect plus dur pour les deux intervieweurs, sans doute calculé par Emmanuel Macron: deux journalistes chevronnés, d’une génération antérieure, face à un jeune Président qui ne s’en laisse pas compter. C’est une première. Le contraste était frappant.

Sur le fond, le Président de la République n’a rien cédé. Il officialisé la reprise d’une partie de la dette de la SNCF par l’État, affirmé qu’il n’y aura pas d’impôts nouveaux ni de hausses de la fiscalité des collectivités, évoque une refonte du financement des EHPAD, maintient l’opération en cours de l’évacuation de la ZAD NDDL. Sur ce sujet, Edwy Plenel se montre complaisant envers l’ensemble des zadistes, tandis que le Président fait le distinguo entre les vrais agriculteurs porteurs de projets et « des perturbateurs professionnels venus sur place pour en découdre avec la police« . sur l’intervention en Syrie, il revendique le choix de la coalition et explique à Edwy Plenel les raisons pour lesquelles la France et ses alliés ont passé outre le non-accord de l’ONU.

Les 2h40 de questionnement n’étaient pas utiles. L’ensemble pouvait être bouclé en 1h30. Edwy Plenel et Jean-Jacques Bourdin n’ont pas réussi à déstabiliser Emmanuel Macron. Ils l’avaient pensé et espéré. Arroseurs arrosés.

Categories: France

Comments

  1. thibsib 25 avril, 2018, 21:21

    Préférons nous l’interview un peu bousculée par Plenel et Bourdin ou alors celle bien policée de Delahousse ?
    Personnellement (bien sur c’est subjectif), je ne suis pas certain que la notion de jeunesse étant vraiment du côté d’Emmanuel Macron.
    Il fallait vraiment voter Macron, il y a un an pour faire barrage à l’extrême droite. Pour quelles raisons ? Des raisons d’humanisme, de société et parce que le FN, c’est mal, c’est l’exclusion, la xénophobie, le racisme.
    Maintenant la Loi Asile et Immigration vient d’être votée par … LREM, LR et le FN.
    Je me sens citoyen, modeste, avec des idéaux, toujours ok pour voter, mais là, c’est à désespérer.
    Alors Messieurs Plenel et Bourdin, merci pour vos questions, ce sont celles de millions de français.

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