EDF, augmentations à la pelle et ça continuera

EDF, augmentations à la pelle et ça continuera

Plus 5,9% depuis hier. Une augmentation différée pour raison de gilets jaunes. L’État actionnaire entérine ces coups portés au pouvoir d’achat sans autres explications que celles dont personne ne comprends un traitre mot et pour cause, le charabia est savamment orchestré.

Essayer de saisir la logique industrielle d’EDF deviendrait un travail de galérien dont on ne sortirait qu’en piteux état psychique et physique. Mieux vaut survoler l’imbroglio pour y détecter l’essentiel et comprendre la manœuvre du groupe, bien éloigné de l’idéal originel voulu par le Conseil National de la Résistance, en 1946.

Un gros morceau très cher

Aujourd’hui, EDF est une bestiole tentaculaire, encore contrôlée à hauteur de 84% par l’État. Mais voilà, elle fonctionne comme une entreprise privée qui ne se prive pas de privilégier le gain avant toute autre considération d’intérêt général. Concrètement c’est quoi ? C’est le premier fournisseur national et européen d’électricité. Il aurait peu être le premier mondial si les chinois n’avaient pas fusionner leurs deux plus grands fournisseurs nationaux. EDF c’est aussi 152 000 salariés, 35 millions de clients dans le monde, un chiffre d’affaire de 70 milliards d’euros mais avec une dette de 33 milliards et, pourtant, avec un résultat net de 2,8 milliards. Le groupe verse chaque année à ses actionnaires, 29 millions d’euros.

Qui sont les actionnaires: l’État 84%, institutionnels 12%, individuels 2,8%, salariés 1,2%.

Le consommateur français paie plus cher qu’ailleurs

L’État français avait opté, en son temps, pour le nucléaire et chargea l’électricien national à opérer en ce sens. Aujourd’hui, le parc français comprend 58 réacteurs nucléaires représentant 75% de la production d’électricité. La légende veut qu’elle soit l’énergie la moins chère d’Europe. Dans la réalité, factures à l’appui, il n’en est rien. L’opérateur joue sur les mots en présentant le prix du KWh brut, avant toutes les taxes d’État et locales, à hauteur de 30%. C’est vrai, la France se distingue par cette singularité. In fine, au bas de la facture, l’électricité française est la plus chère d’Europe. Aucun candidat aux élections européennes n’en a parlé. L’observatoire de l’Électricité fait valoir des tarifs français parmi les plus compétitifs de l’OCDE. L’organisme, probablement Agence d’État, dans ses courbes, ne précise pas qu’il s’agit des tarifs avant calcul des taxes diverses, dont les abonnements. Au total, en dix ans le prix de l’électricité hors taxes a augmenté de 37%. Ce qui est supérieur à l’indice des prix à la consommation.

Énergies renouvelables et illusions

EDF c’est aussi une foultitude d’agences et de filiales. Elle s’est fourvoyé avec AREVA dans un fantastique gâchis d’EPR en Grande-Bretagne, chantier toujours pas terminé pour des raisons techniques fortes. De plus, les coûts ont explosé. Ainsi, en 2015, EDF perd la moitié de sa valeur en Bourse et est obligée de se retirer du fameux CAC 40. En 2016 le groupe annonce le non-remplacement de départs à la retraite de 3 500 salariés. C’est vrai, EDF consacre environ 35% de ses investissements aux énergies renouvelables et est recapitalisée de 35 milliards. Il s’agit notamment du voltaïque et de l’éolien, sans réellement atteindre, à ce jour, les objectifs fixés afin de rééquilibrer l’apport nucléaire/énergies renouvelables. C’est là, précisément, que s’expliquent, en partie, les augmentations perpétuelles des tarifs d’électricité….

Explications vaseuses sur les augmentations

On le voit, dire que ces augmentations suivent le coût des cours du pétrole n’est qu’un jeu comptable bien pratique. Qu’il y ait une incidence à la marge peut s’admettre, mais l’essentiel est ailleurs. En effet, les diverses campagnes de sensibilisation sur les économies d’énergie, et d’abord par la réduction de la consommation d’électricité, a obtenu des résultats concrets. Les français ont été réceptifs en réduisant leur consommation. Cela s’est traduit par une réduction du chiffre d’affaires d’EDF. Comment, dès lors, le groupe pourrait se maintenir à un niveau lui permettant de conserver, et ses salariés et maintenir ses nombreuses filiales, et, enfin, investir, sinon par l’augmentation des tarifs ? Et l’on ne compte pas les opérateurs privés, concurrents, qui aspirent des clients à EDF. Donc, paradoxalement, pour se maintenir à niveau, il faut compenser le manque à gagner par des augmentations de tarifs. C’est le chien qui se mord la queue. C’est l’Europe, dans son concept d’ouverture à une concurrence meurtrière, économiquement, pour le citoyen, qui est à l’origine de ces incongruités.

Par conséquent, sauf à réduire la voilure à tous les étages, EDF continuera, plusieurs fois dans l’année, à augmenter ses tarifs. Le système libéral, qui a largement pignon sur rue, ne désavouera pas le principe sinon à le différer dans le temps pour contenir les mécontentements.

Les chèques énergie alloués à plusieurs millions de français est un jeu bien pervers. Il consiste à rendre, d’une main, ce qui leur a été pris de autre, en partie. Ainsi, pour les plus pauvres, l’État a rendu 10 € sur les 15 pris en amont.

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