Débat, Sarkozy neutralise ses challengers

Débat, Sarkozy neutralise ses challengers

Les challengers se sont arrangés pour apparaitre moins fades que lors du premier débat. Comment faire, alors, compte tenu de la proximité de leurs programmes respectifs, à part quelque différence sur des chiffres? Jean-François Copé, Nathalie Kosciusko-Morizet et Bruno Le Maire ont choisi de s’en prendre à Nicolas Sarkozy. François Fillon et Alain Juppé s’en sont abstenus, préférant insister sur des points importants de leurs projets. Avec l’ancien Président, ils sont sortis vainqueurs du débat.

Le débat était attendu. Les sept candidats s’y étaient largement préparés. Le thème le plus attendu a été l’affaire Bayrou avec en filigrane le candidat Juppé. Ce fut débattu à la fin.

La cible

Pour l’essentiel, les trois challengers du peloton de queue (NKM, Copé, Le Maire) n’ont pas été avares de critiques envers Nicolas Sarkozy. C’était même leur stratégie: encercler l’ancien chef de l’Etat en lui faisant rendre gorge de ses 5 années de présidence, entre 2007 et 2012. Pensaient-ils vraiment que Nicolas Sarkozy allait acquiescer sans broncher? Non, ils le connaissent trop bien. En revanche, ils ne s’attendaient pas à la volée de bois vert infligée par l’ancien Président.

La volonté de régler des comptes personnels, envers Nicolas Sarkozy, était visible. Sans doute, Jean-Frédéric Poisson et Alain Juppé ne se sentaient concernés par la rancœur commune envers l’ancien chef de l’Etat. Monsieur Poisson semblait vivre sur une autre planète avec un discours inapproprié. Quant à Alain Juppé, manifestement, il n’a aucune raison personnelle d’en vouloir à Nicolas Sarkozy. Il le fit savaoir. Le maire de Bordeaux est resté impassible se concentrant sur des points forts de son projet. Très curieusement, le maire de Bordeaux a été épargné par l’ensemble des candidats. Bruno Le Maire a tenté une escarmouche, vite tombée à plat.

Les flèches

Jean-François Copé ouvre le feu avec « les aventures guerrières en Libye », voulues par Nicolas Sarkozy et les accords du Touquet signés en 2003 lorsque Nicolas Sarkozy était ministre de l’Intérieur, acceptant qu’une frontière entre la France et la Grande-Bretagne soit établie en France. Nicolas Sarkozy conteste la formule et rectifie « ce n’était pas l’accord du Touquet mais de Canterburry...Bruno Le Maire renchérit sur des promesses non tenues de Nicolas Sarkozy et souligne qu’il veut être un Président de la République honnête (sous-entendu, les »affaires » qui affectent l’ancien Président) et poursuit ses attaques, cette fois en y impliquant Alain Juppé, « Certains avaient fait la promesse de ne jamais se représenter s’ils étaient battus…« . Une pique à laquelle Nicolas Sarkozy lui répond du tac au tac, « Commence d’abord par essayer d’être élu, tu verras que c’est très difficile… Si lorsqu’on est battu on n’avait plus le droit de se représenter alors François Mitterrand et Jacques Chirac n’auraient jamais été Présidents….D’ailleurs, tu as été battu à la présidence de l’UMP...Un peu plus tard, lors d’un nouvel échange avec le député de l’Eure, qui lui reproche d’avoir pris des ministres socialistes, Nicolas Sarkozy lui rappelle son confort de l’époque, « Je te signale aussi que tu étais dans mon gouvernement et qu’à l’époque tu voulais y rester et tu as même postulé pour être Premier ministre….Bruno Le maire tente de répondre mais la parole est donnée à MKM, laquelle prend le relais pour un autre échange aussi musclé,  » Je ne regrette pas ta nomination au gouvernement, mais je ne suis pas sûr de le refaire », assène Nicolas Sarkozy, « Tu n’en auras pas l’occasion » rétorque la candidate. Et Nicolas Sarkozy, en regardant les journalistes poursuit, « Si j’avais été réélu en 2012, Nathalie se serait fait violence pour m’accompagner« , comme pour souligner la « trahison » de NKM…

Alternativement, Jean-François Copé ne lâche pas Nicolas Sarkozy, François Fillon reste impassible, ne répond pas aux attaques et Alain Juppé est épargné, sauf sur un sujet. Celui du soutien de François Bayrou. Nicolas Sarkozy rappelle l’histoire du maire de Pau, qui « le matin accepte le soutien de l’UMP pour être élu maire et le lendemain refuse de voter la censure contre le gouvernement socialiste ». Jean-François Copé rebondit sur le sujet pour s’étonner de la position de François Baroin, présent dans la salle, qui « en 2014 s’était rendu à Pau pour soutenir François Bayrou« . C’était deux ans après le vote de Bayrou pour Hollande. Bizarre, effectivement.

A propos de François Baroin

Le maire de Troyes, chiraquien de la première heure, rejette Alain Juppé pour soutenir Nicolas Sarkozy. Beaucoup ont été étonné de sa position eu égard à son parcours politique. C’est simple, Baroin avait été sorti du gouvernement par Alain Juppé Premier ministre, en 1995, sous la présidence de Jacques Chirac, après seulement 6 mois d’exercice. La rancune ne l’a jamais lâché. Ensuite, en 2011, ministre du Budget sous Nicolas Sarkozy, ce dernier lui confie le ministère de l’Économie, n°3 du gouvernement. Poste que briguait, aussi, Bruno Le Maire. Le ralliement de Baroin à Sarkozy s’explique, uniquement,  par des paramètres d’intérêts personnels. Son ralliement à Sarkozy n’est qu’un remerciement appuyé.

Bémol sur l’affaire Bayrou

C’est la seule attaque de Nicolas Sarkozy contre Alain Juppé. Ennemis de 30 ans, Sarkozy et Bayrou ne peuvent se souffrir en peinture. Le maire de Pau ne pouvait que soutenir son homologue de Bordeaux avec lequel il a toujours entretenu des liens cordiaux. Nicolas Sarkozy a trouvé là un moyen de contrer celui qui lui tient tête dans les sondages, en essayant de le discréditer. Crime de lèse-Bayrou.  » Le traitre » a osé dire, en 2012 qu’il voterait Hollande et Nicolas Sarkozy de lui imputer sa défaite. C’est vrai, la ficelle est grosse et Juppé l’a réduite à sa juste valeur en précisant, « Je n’ai rien promis à François Bayrou et il ne m’a rien demandé…..Si je suis élu Président, le Premier ministre sera issu du groupe majoritaire, c’est-à-dire « Les Républicains ».

Tendance

A l’issu du débat, la tendance dans les intentions de vote n’a que très peu bougée. Juppé et Sarkozy conservent leur leadership. François Fillon enregistre une belle remontée et les autres conservent leur positionnement de challengers. A suivre…

Additif, samedi 5 novembre

Depuis 48 heures, des commentateurs, analystes et sondeurs avancent volontiers que si les deux finalistes, pour le second tour, sont Alain Juppé et Nicolas Sarkozy, le report des voix des quatre autres candidats « Les Républicains » se porteront davantage sur Alain Juppé. Pourtant, rien n’est moins sûr. En effet, on ne voit pas Bruno Le Maire, après ses critiques acerbes envers Juppé et Sarkozy, appeler à voter pour l’un ou l’autre finaliste. Mais ce n’est pas l’unique raison. L’autre élément important concerne l’électorat de Bruno Le Maire, plus proche des idées de Nicolas Sarkozy que d’Alain Juppé. Ses électeurs n’auront pas besoin de directives de la part du député de l’Eure. Ils se porteront davantage sur Nicolas Sarkozy. Idem chez les électeurs de Jean-François Copé et de François Fillon. Seuls, les électeurs de Nathalie Kosciusko-Morizet pourraient, majoritairement, se reporter sur Alain Juppé. L’apport des voix, en dehors de celles de son électorat « Les Républicains », qui donnerait la victoire au maire de Bordeaux seront celles d’électeurs centristes. Enfin, l’écart entre Alain Juppé et Nicolas Sarkozy va se resserrer indéniablement, au premier tour. C’est une constante dans le système électoral de la 5ème République.

Categories: France

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