Corse, Simeoni père et fils

Corse, Simeoni père et fils

Lorsque Edmond Simeoni, le leader autonomiste corse, des années 70, occupe une cave viticole à Aléria, en Haute-Corse, son fils Gilles, qui sera Président de l’Assemblée Corse dimanche prochain, n’avait que 8 ans. Aujourd’hui Edmond  passe le relais à Gilles pour que la Corse obtienne ce qu’elle toujours réclamé: être reconnue comme peuple, intégré dans la République française. Les indépendantistes, de leur côté, ont compris que l’heure du déchirement est révolue.

Note de l’auteur. « C’était au début de ma carrière de journaliste reporter caméra. France 3, chaine du service public sortie du giron de l’ORTF, comme la Une et la Deux, m’envoie en Corse durant les mois de juillet et août 1975, en renfort d’effectifs, car l’été promet d’être chaud sur l’Ile de Beauté. J’accepte volontiers (sans en avoir le choix). La mission durera 63 jours. Il fallait, je l’apprendrais plus tard, des journalistes n’ayant jamais eu à traiter des sujets liés aux mouvements autonomistes et indépendantistes. Des nouveaux, venus du continent, sans aucun apriori. C’était la règle édictée par la direction générale de la chaine…..Deux mois pour comprendre les spécificités corses, la culture, la politique et les raisons de l’émergence des idéaux autonomistes, voire indépendantistes. En rentrant sur le continent début septembre 1975 mon regard sur la Corse n’était plus le même.Terminé les idées reçues, les fake news avant l’heure avec leurs lots de stupidités déversées sur les corses: fainéants, brutaux, bandits, excités de la gâchette facile. La réalité est beaucoup plus complexe. Voici, en résumé, les raisons de l’attaque de la cave viticole qui s’est soldée par la mort de deux gendarmes et de plusieurs blessés graves dans les rangs autonomistes ». (Reportage de ce 22 août 1975. Certaines prises de sons ont été détériorées.)

1975. Depuis une dizaine d’années, de nombreux français, rapatriés d’Algérie, se sont installés en Corse. Il exercent tous les métiers et surtout dans l’agriculture. Certains sont spécialistes de la vigne et du vin. L’État concède à ceux qu’on appelle communément « pieds-noirs » des terres agricoles, en toute gratuité et des prêts financiers via le Crédit Agricole, au taux zéro. Les agriculteurs et viticulteurs corses demandent à être traiter de la même manière. « Pas question », répondra le gouvernement, « ce traitement est réservé aux rapatriés qui ont tout perdu en Algérie« . Vu sous cet angle, la décision parait logique. Les Corses rétorquent qu’ils ne s’opposent nullement à cet avantage, mais exigent d’en bénéficier aussi. Un dialogue de sourd s’installe…..et des mouvements locaux émergent et s’organisent. Premiers pas vers l’idée d’indépendance….!!??

Occupation de la cave viticole d’Aléria

Les organes de presse ont été informés de l’imminence d’une opération autonomistes. Rapidement, le lieu est identifié. La cave viticole exploitée par par rapatrié d’Algérie est prise pour cible. Les informations diffusées par des journalistes continentaux débarqués la veille s’avèrent des plus fantaisistes. En substance: mécontents de la présence de rapatriés qui travaillent dur la terre et la vigne, le mouvement ARC occupe la cave, fait sortir des salariés et prend en otage des proches du patron… » Mais voilà, la réalité est moins glorieuse pour l’exploitant de la cave viticole. Edmond Simeoni et ses amis ont les preuves selon lesquelles le propriétaire, Henri Depeille, est à la tête d’un vaste trafic estimé à plusieurs milliards de francs qui consistait à frelater le vin par quantités. Il dénonçait ces irrégularités en ces termes: « Il s’agit de dévoiler le scandale des vins mettant en cause le propriétaire de la cave et plusieurs de ses amis négociants. Après avoir bénéficier de prêts exorbitants, les responsables des caves vinicoles ont mis sur pied une énorme escroquerie au préjudice de petits viticulteurs. » Malgré cette découverte, le gouvernement ne bouge pas et l’ARC sera rejoint par de nombreux militants…

Le ministre de l’Intérieur, de l’époque, Michel Poniatowski, n’avait pas intégré cette réalité, ignorant même l’escroquerie du propriétaire de la cave. Il envoie plusieurs escadrons de gendarmes et CRS, appuyée par 6 hélicoptères Puma, les mêmes qui avaient combattu dans le Djebel, en Algérie. Au lendemain de cet évènement dramatique, le ministre de l’Intérieur demandera la dissolution de l’ARC en conseil des ministres. Nouvelle erreur gouvernementale: les autonomistes créent le Front de Libération National de la Corse (FLNC). Il sera plus violent avec des attentats et autres règlements de compte. Edmond Simeoni ne suivra pas la ligne FLNC et tentera de ramener le calme dans l’Ile.

La Corse face à son destin

Le FLNC a déposé les armes et accepté la poursuite du combat par la seule voie des urnes. Aujourd’hui, autonomistes et indépendantistes sont associés et vont prendre la tête de l’Assemblée corse. Il vont exiger l’instauration d’un système de large autonomie. C’est Emmanuel Macron qui va prendre le dossier en main. Que va-t-il concéder? Aucune information à ce jour. Ce qui est certain est que le Président de la République n’enverra pas les gendarmes, ni les hélicoptères de guerre.

Categories: France

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