Cannes 2019, Delon et Almodovar

Cannes 2019, Delon et Almodovar

Ils n’ont rien de commun, mais sont les véritables têtes d’affiches du 72ème Festival de Cannes. Le premier va recevoir une Palme d’Or pour l’ensemble de sa carrière. Le second ne sera pas très loin de l’obtenir pour son film « Douleur et Gloire ».

A 83 ans Alain Delon reste un écorché vif. Il est l’acteur français qui aura le plus marqué la deuxième partie du 20ème siècle. Plus de cent films à son actif et peu d’échecs. Personnage tonitruant, marqué par une « gueule » qui ne laisse pas indifférent. D’adversaires, il en compte beaucoup dans le milieu du cinéma. Son succès passe mal auprès de nombre de professionnels de la profession. Surtout quand vient se greffer sa sensibilité politique…de droite. Être de droite dans le cinéma français est, presque, un crime de lèse-majesté. La gente cinématographique était (est) plutôt de gauche s’attribuant par ce biais des vertus culturelles, d’intelligence, de talent, de générosité. L’on ne peut posséder tout cela en étant de droite, osaient-ils penser. Aussi, le cinoche de l’intelligentsia décrétait, majestueux, que des acteurs et des réalisateurs de droite ne pouvaient faire partie de leur milieu privilégié….Mais Delon s’imposa dans des films populaires de grande qualité et dirigés par les plus importants réalisateurs du moment. Aujourd’hui, l’acteur se voit attribuer une Palme d’Or pour l’ensemble de sa carrière. Le Festival de Cannes reconnait, enfin, son immense talent d’une carrière de 50 ans. La pétition américaine lancée contre lui sur des propos d’homophobie tenus il y a des années, n’a pas fait flancher le délégué général du Festival, Thierry Frémaux, qui a déclaré ne pas « céder à la police politique » et de préciser que « le comédien est un acteur légendaire et une part de l’histoire de Cannes » et ajoute  » Compliqué de juger avec des lunettes d’aujourd’hui des choses qui se sont passées et dites il y a quelques années ». Alain Delon sera donc célébré ce soir. Une Palme d’Or qui devrait rassurer l’acteur sur ses doutes et sa tristesse d’avoir été « oublié »

Almodovar, l’autre légende

Le cinéaste espagnol a largement contribué à la « Movida » madrilène de l’ère post-franquiste. Il est devenu l’un des principaux auteurs européens, de films. Pedro Almodovar est le contraire de Alain Delon. Il est de gauche et n’a jamais tenu de propos contre l’homosexualité. En revanche, ils ont des points communs: le cinéma, le succès de leurs films et…les femmes. Mais, leur amour pour elles est de nature différente et les femmes le lui rendent bien. Pedro Almodovar aime les mères, les amies, les voisines, les collègues de travail. Dans ses films, le réalisateur les dépeint comme essentielles à la vie des autres, souligne leur propension à la générosité, la sincérité et l’intelligence affinée, capables de faire face à toutes les situations.

A Cannes, Almodovar est venu présenter son dernier film « Douleur et Gloire ». C’est Almodovar raconté par Almodovar. L’histoire, très torturée, d’un cinéaste en mal d’inspiration. Talent éteint, dont il ignore s’il est momentané ou définitif. La question taraude et le désespoir gagne. Le rôle est tenu par l’autre espagnol devenu hollywoodien, Antonio Banderas. Lui aussi, comme Delon jadis, enchaine succès, affiches et femmes. Le monde est petit…

Une Palme d’Or pour Pedro Almodovar? Rien n’est jamais acquis à Cannes, mais de bonnes fées peuvent s’en mêler.

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