Benalla-Crase, une histoire simple

Benalla-Crase, une histoire simple

Certains veulent en faire une affaire d’État, mais, heureusement, ce n’est qu’une mauvaise séquence perpétrée par des individus inexpérimentés. Ils ont pensé qu’en côtoyant, au plus près, les arcanes du pouvoir, ils étaient autorisés à commettre des âneries les plus lourdes. Que Monsieur Benalla soit un fortiche dans le domaine qu’il caresse depuis toujours est une chose, mais qu’il n’ait pas eu la maturité nécessaire pour se retenir, ensuite, est une autre réalité.

L’un était d’Évreux et l’autre est de Louviers. Alexandre Benalla et Vincent Crase ont été auditionnés mercredi par la commission sénatoriale. Rien d’extraordinaire qu’on ne savait déjà. Le vrai flou est du côté de la place de la Contre Escarpe à Paris, où les deux hommes se sont adonnés, d’après les images vidéo, à des interventions musclées contre des manifestants, alors qu’ils ne sont ni gendarmes, ni policiers professionnels engagés officiellement dans des opérations de maintien de l’ordre. C’est sur ce point et ce point seulement, que Benalla et Crase devront rendre compte à la justice.

Un passé simple et un futur plus compliqué

L’affaire est entendue, Alexandre Benalla s’était octroyé un rôle qu’il ne devait avoir. La petite histoire saura retenir qu’à l’origine ce fut une rencontre entre deux hommes, jeunes. Tous deux efficaces dans leur rôle respectif. Le premier voulait prendre le pouvoir, le second voulait l’aider à réussir. Emmanuel Macron venait de trouver son alter égo, sorte de complément d’objet direct. La confiance devait s’installer « A la vie, à la mort« . Plus rien ne pouvait les séparer, pensaient-ils. Mais oui, rien ne viendrait casser cette alliance de cœur et d’esprit. Le futur Président mit une confiance aveugle en son futur « facilitateur élyséen ». Le jeune homme, ensuite, ne pourra être le garde du corps mais le sera en filigrane. Au nez et la barbe des professionnels de la sécurité présidentielle et officielle. Tout va très vite ensuite. L’homme s’installe, prend ses marques, impose sa présence. Au Palais tout le monde sait qui l’a introduit dans la place. Profil bas. On ne veut pas contrarier le tôlier. Et puis arrive ce maudit 1er mai 2018. Ça castagne pas mal dans des quartiers de Paris, en marge du défilé syndical. Benalla s’invite comme observateur. De l’observation il passe à l’action, avec son acolyte Crase. Malmène des jeunes, certes violents mais c’était l’affaire des CRS et non du « facilitateur de l’Élysée ». Hélas, les technologies modernes auront raison de son inexpérience. De simples téléphones portables vont enregistrer ses turpitudes. L’histoire fabuleuse d’un jeune homme bien, va s’arrêter là. Le temps a figé son horloge pour longtemps. Alexandre Benalla a tout perdu de ce qu’il aimait tant. Son poste à la Présidence de la République et son grade symbolique de Lieutenant-Colonel dans la réserve de la gendarmerie. Il rebondira parce qu’il est de la trempe des gens qui se relèvent toujours. Mais regrettera toute sa vie d’avoir perdu la tête pour une petite parcelle de pouvoir.

L’autre coéquipier

Vincent Crase est quelque part de la même lignée professionnelle qu’Alexandre Benalla. Âgé de 45 ans, il est depuis sa tendre enfance attiré par l’uniforme, les armes et l’ordre. Ses jouets, lorsqu’il était enfant, tournent autour de ce thème. Il voulait devenir gendarme professionnel mais il lui manquait 1 cm de taille et fut recalé. A l’époque, l’une des conditions pour entrer en gendarmerie était une taille de 1,70m pour les hommes et 1,60 pour les femmes. Ce critère de taille a été supprimé en 2012.  Vincent Crase trouva la parade en se faisant admettre dans la réserve de la gendarmerie, où toutes les tailles étaient acceptées. Le lovérien est lui aussi professionnel de la sécurité. Il a travaillé, notamment, dans une entreprise euroise. L’opportunité de la candidature Macron tombe à pic. Alexandre Benalla va le prendre sous son aile et les deux amis arrivent à « En Marche ». Vincent Crase sera, plus tard, recruté par le parti. En sa qualité de réserviste de la gendarmerie, il est appelé à donner un coup de main à la sécurité de l’Élysée. Lui aussi a été pris la main dans le sac, le 1er mai, place de la Contre Escarpe se faisant passer pour policier. Les deux hommes vont devoir répondre à la justice de leur implication improvisée. Cependant, il a été congédié de LREM par Christophe Castaner. Vincent Crase, pour l’avenir, est plus mal loti que Alexandre Benalla. Il était moins connu et aujourd’hui connu en mal à cause de ce que révèlent les vidéos. Lui aussi a été rayé de la réserve de la gendarmerie.

La morale de cette affaire est qu’il n’y a pas de morale. Voilà deux vies professionnelles mises à terre, pour un dérapage sans contrôle. Histoire simple, banale, comme il en existe tant. La seule différence qui se dégage est la personnalité qui a autorisé, implicitement, ces évènements.

Categories: France

Comments

  1. Belle Dame 23 septembre, 2018, 11:50

    Deux statuettes en plâtre, posées sur l’étagère, qui ont chuté et se sont brisées sur le carrelage.

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