Arthur Conte, homme de droite qui déserra le carcan de l’ORTF, est mort hier

Arthur conteHomme du terroir, journaliste, écrivain, historien, député et patron de la télévision publique, Arthur Conte est décédé hier à l'âge de 93 ans. Sa réussite est celle de la méritocratie républicaine. Pas de Grande Ecole, de Grand Corps d'Etat, n'appartenait à aucun cercle. Il aura prouvé que le travail personnel peut avoir raison sur la dictature du diplôme.

Il était né à Salses-le-Château dans les Pyrénées Orientales, en 1920, dans une famille de viticulteurs. Arthur Conte fait ses études au lycée Louis Arago de Perpignan d'où il sortira avec une licence de Lettres. La politique l'attire. Il est élu maire de sa commune en 1947 et devient secrétaire de la section SFIO, la même année. Il restera maire jusqu'en 1972. Il se présente aux législatives de 1951 et est élu député à l'âge de 31 ans. Le président du Conseil, Maurice Bourgès-Maunoury, le nomme secrétaire d'Etat au Commerce et à l'Industrie, en 1957. En 1963 il quitte la SFIO, trop impliquée, selon lui, avec le Parti Communiste "porte-parole de l'URSS en pleine guerre froide". En 1968, après la dissolution de l'Assemblée Nationale par le président De Gaulle, il est élu député UDR, parti gaulliste auquel il adhère, des Pyrénées Orientales. Un an avant la fin de son mandat de député, Georges Pompidou, à l'initiative de Jacques Chaban-Delmas nouvellement investi Premier Ministre, le nomme président de l'ORTF, la télévision publique, mais restera député jusqu'à la fin du mandat, en 1973.

L'homme qui changea la télévision d'Etat

C'est à ce poste de président de l'ORTF qu'Arthur Conte fit le plus parler de lui.

L'idée de Chaban fit vibrer les députés gaullistes. L'un des leurs nommé à la tête de la télévision d'Etat sonnait le glas des "socialos-communistes qui noyautent la télévision", pensaient-ils. La gauche criait au scandale, "comment peut-on nommer un député godillot de l'UDR. C'est une pure provocation". La presse nationale, à majorité antigaulliste y compris celle de droite comme le Figaro et le Parisien, titrait contre une "forfaiture". Arthur Conte s'installe dans son bureau de la Maison de la Radio, siège de l'ORTF et commence son travail par une consultation des syndicats, "que voulez-vous, dites-moi ce qui ne va pas, selon vous, comment vopyez-vous l'avenir de la Radio  et Télévision d'Etat? Et faisons en sorte de moderniser notre outil dans l'intérêt général". Les syndicats sont abasourdis. Arthur Conte les écoute. Il augmente les salaires, change les programmes supposés soporifiques, donne carte blanche aux équipes rédactionnelles et investi les directeurs de l'informations des pleins pouvoirs de décider seuls du contenu des journaux télévisés. Il réintègre une partie des licenciés de 1968 et réorganise les commissions paritaires direction-syndicats….

A l'Assemblée Nationale un nombre important de députés UDR n'en revient pas. "Arthur Conte est tombé sur la tête. Il a été promu pour faire la peau des syndicats et il les renforce". C'est le tollé. En coulisse, les deux éminences grises de Pompidou, Pierre Juillet et Marie-France Garaud, veulent la peau du "traitre". Chaban est désapprouvé. De plus, sa "Nouvelle Société" est combattue par la majorité de droite et avec Arthur Conte à la télévision, sa 'mise à mort" ne sera que plus rapide…

16 mois après sa nomination à la tête de la télévision publique, Arthur Conte est démis de ses fonctions. Ce sont les syndicats qui le defendront, sans résultat. Au cours de sa présidence il aura réussi à faire évoluer cette télévision d'Etat qui, depuis ses débuts, n'était qu'une "machine de propagande au service des politiques de tous bords".

Arthur Conte, politique engagé à droite, avait constaté de l'intérieur que le meilleur service à rendre à la politique c'était de laisser la télévision vivre sa vie en toute liberté. Il raconte son expérience dans son livre "Hommes libres…"

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