Alimentation, les prix ont explosé en 15 ans

Alimentation, les prix ont explosé en 15 ans

Le revenu des agriculteurs, en général et des producteurs de lait, en particulier, est une anomalie qui perdure depuis une trentaine d’années. Les politiques n’ont jamais réussi à mettre de l’ordre malgré la multitude de mesures prises au fil des années. Les États généraux de l’alimentation, tenus en décembre dernier, ont tenté de réorganiser les différentes filières agroalimentaires, mais étrangement n’ont pas soulevé le sujet des intermédiaires, innombrables, qui encombrent les circuits entre producteurs et consommateurs et font flamber les prix.

Le budget « alimentation » des français représente, en moyenne, 40% de leur revenu. C’est énorme par rapport à ce qu’il représentait vers le milieu des années 70. Il était, alors, de 15 à 20%. Cette période était celle de la montée en puissance des Grandes Surfaces: Supermarchés et autres Hypermarchés. Une aubaine pour des intermédiaires qui y ont vu un filon inépuisable. Toutes les associations de consommateurs avaient avancé des chiffres incroyables. Elles avaient travaillé durant plusieurs mois sur le sujet. Ainsi, entre le producteur et le consommateur venaient se placer de 3 à 5 intermédiaires. Les grandes enseignes de la distribution avaient, pour contrer et contourner l’obstacle, mis en place leur propre circuit. Mais, pour les filières agricoles le grand nombre d’intermédiaires s’installait durablement. L’arrivée de l’euro, le 1er janvier 2002, n’a pas arrangé la situation avec l’envolée subite des prix……

Se nourrir est devenu un luxe

L’INSEE, régulièrement, relativise cette « flambée des prix », en affirmant une maitrise de l’inflation qui tournerait, depuis 2002, autour de 1,4% en moyenne. Subtilité à peine efficace puisque l’Institut, pour établir le taux d’inflation, entre dans son panier 400 références. Parmi celles-ci, des produits alimentaires des plus courants, mais aussi des produits informatiques, d’électroménager, d’équipements divers, automobiles etc..Alors, évidemment, l’informatique ayant fortement baissé en 15 ans, tout comme les écrans plats de télévision dont les prix ont été divisé par 3 en moyenne, le taux moyen à l’arrivée est celui indiqué. Sauf que le consommateur n’achète pas chaque semaine un ordinateur ou un écran plat pour le manger en salade à la vinaigrette….

La France est le pays de l’UE où le prix de la nourriture est le plus élevé

La réalité est contenue en deux chiffres: 30%. C’est le taux d’augmentation moyen des produits alimentaires, depuis le 1er janvier 2002. La grande distribution est la vraie gagnante de l’opération, avec les intermédiaires. La France détient le record de la vie chère en matière de nourriture. En Allemagne, par exemple, les prix sont de 20% moins chers qu’en France, en Espagne 30%, Italie 15%…..etc. Exception pour le Royaume-Uni qui atteint le niveau de la France. Les français frontaliers de l’Allemagne font leurs courses de l’autre côté de la frontière (virtuelle). Ils sont largement gagnant, « même en y incluant le prix du carburant« , disent-ils lors de reportages télévisés sur le sujet.

Michel-Edouard Leclerc, ce matin, sur une radio, a été franc. A la question du journaliste: « Quel est le chiffre d’affaire de Leclerc pour l’année 2016? Réponse: « 44 milliards d’euros. « Et quel bénéfice net après impôts? » Réponse: « 1,9%, soit 836 millions d’euros« . Évidemment, ces chiffres exorbitants sont générés, aussi, par le volume.

Encore une loi. Seule la France légifère sur le sujet

Le projet de loi, issu des États généraux de l’Alimentation, sera voté aujourd’hui. Il prévoit des aménagements importants, tels l’encadrement des promotions dans les grandes surfaces, (l’on a vu ce que des promotions agressives pouvaient engendré comme dégâts, avec l’affaire Nutella) le relèvement du seuil de revente à perte. Ce point, important, permettra de garantir aux agriculteurs un revenu décent. Une charte de bonne conduite avait été signée par les distributeurs. Le gouvernement s’était engagé à faire respecté ce point important. La loi comporte aussi un plan contre la gaspillage alimentaire, la fin des promotions dénués de vrai sens commercial, le prix juste payé aux paysans sur la base de leur coût de production, et un plan pour le développement du bio. Enfin la contractualisation va changé de formulation: il n’y aura plus de contrat proposé par le producteur et non plus par l’acheteur.

Consommateurs, cochon-de-payant

Les grands oubliés dans l’affaire restent les consommateurs. Ils devront payer de toute manière, quelle que soit la part nouvellement impartie aux producteurs, intermédiaires et Grand distribution. Peut-être faudra-t-il consommer moins, mais mieux. C’est une autre affaire…

Sources sur les prix depuis 2002: tickets de caisse conservés d’année en année avec produits identiques, marques, poids, contenus.

Photo illustration

 

Categories: France

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