2016, la primaire à droite comme une élection nationale

2016, la primaire à droite comme une élection nationale

Beaucoup de sujets politiques d’importance, dans l’année qui vient. Pourtant, il en est un qui va retenir, plus que d’autres, l’attention des médias et surtout des organisations et partis politiques. Il s’agit des élections primaires au sein de la droite et du centre. Les dates sont arrêtées. Les deux tours de scrutin auront lieu les dimanches 20 et 27 novembre 2016. Rendez-vous très attendu car du résultat de cette élection, au second tour, dépendra le sort du pays pour les années 2017-2022. Tous les électeurs de droite et du centre pourront prendre part au vote. Les autres aussi et certains y participeront selon la situation du moment. Revue de détails et analyse.

Nicolas Sarkozy en première ligne

Il veut en reprendre pour 5 ans. L’expérience de 2007-2012 lui a laissé un goût prononcé pour le pouvoir, ce qu’il représente et le levier formidable qu’il est pour peser sur les évènements. la Magistrature suprême est un pinacle, un nuage qui provoque des sensations fortes. L’heureux élu marche sur l’eau et chose extraordinaire, y compris lorsque le pays va mal. L’essentiel est d’avoir goûté au fruit qui envoûte. Cela ne veut pas dire que les affaires de la République ne sont pas importantes mais qu’elles restent sur une ligne hypothétique. Nicolas Sarkozy a réussi des choses pendant sa présidence mais il manque, à l’appel, des promesses non tenues et  de la réflexion. Il n’aura pas été le meilleur ni le plus mauvais Président. Alors pourquoi pas un retour plus marqué par l’expérience et une volonté plus farouche de réussite? Oui, c’est tout à fait concevable et les français ne trouveraient aucune anomalie à ce retour bien explicité. Mais voilà, pour l’ancien Président la situation est devenue très difficile. D’abord, par l’image qu’il véhicule, trop présente sur les télés, les radios et les journaux. Chaque jour, en boucle, la petite phrase assassine, le regard noir, le geste péremptoire. Nicolas Sarkozy clive chaque jour davantage. Il n’apparait plus comme l’homme de rassemblement. Dans son camp, ils sont chaque jour plus nombreux à se poser la question sur la pertinence de sa candidature. D’autres en doutent définitivement. Les électeurs de droite ne sont plus les fervents qu’ils ont été. La « Maison Sarkozy » se fissure. L’homme ne désarme pas. Sabre au clair, il a 11 mois pour convaincre et, éventuellement, vaincre. En coulisses d’autres prétendants se préparent….

Alain Juppé le Sage face à son âge

Il est candidat à la primaire depuis 9 mois. Il chemine et ne laisse rien au hasard. Alain Juppé est encore marqué par la période noire des années 95-97. Proche de Jacques Chirac, il contribue à sa victoire en 1995. Premier ministre, il vécut des révoltes et des revers judiciaires qui le feront s’éloigner de la scène politique pendant plusieurs années. Il écrit « La tentation de Venise » mais c’est au Canada qu’il s’exilera…En 2002, il contribue à la création de l’UMP et travaille loin des caméras. C’est l’époque de la montée en puissance Nicolas Sarkozy. La suite est connue. Lorsque Sarkozy est candidat, en 2007, il le soutient en bon militant et collègue…Au printemps 2015 il pense à la primaire UMP. Chirac lui fait savoir son approbation et autour de lui se forme un noyau dur. Des gaullistes et enfants du gaullisme. Certains, dans la maison UMP, commencent à grincer des dents. Une première parade est organisée: « défoncer le vieux Juppé avec son âge ». Les premiers tirs font mal, « le septuagénaire veut sa revanche », « dans quel état sera-t-il en milieu de mandat s’il est élu? » « pour du renouveau on peut faire mieux ». Ainsi, ceux, à droite, qui prônent un départ à la retraite à 67 ans ou 70 ans, admettent implicitement que c’est, en réalité, un âge trop avancé. La schizophrénie est un dérèglement psychologique qui peut frapper à tout âge….Mais, la réalité est toute autre. Lorsque Alain Juppé s’exprime et émet des idées, aucun signe de sénilité n’apparait. Le cerveau continue de fonctionner comme au temps où il était surnommé « Amstrad » (premier ordinateur domestique grand public). L’homme a évolué dans ses idées, son expression. L’expérience est une vertu et Alain Juppé incarne cette réalité. Au début du mois de janvier, les français devraient connaitre une bonne partie des propositions que l’ancien Premier ministre compte mettre en œuvre s’il était élu en 2017. Pour cela, il devra franchir l’obstacle de la primaire. Passer devant Nicolas Sarkozy est une probabilité, mais d’autres candidats se lancent actuellement et rien n’est jamais conclu d’avance. Une seule indication, à ce jour, les électeurs de la droite républicaine et du centre semblent le préférer. Et puisque l’âge serait un obstacle, pour certains, Alain Juppé ne ferait qu’un seul mandat, ce qui l’autorisera à réussir son programme au lieu de préparer l’échéance suivante.

Quels autres candidats?

Bruno Le Maire, à coup sûr. Il est capable d’un très bon score, voire de renverser la vapeur au cours des onze prochains mois. Il sait le travail qu’il devra fournir et va le fournir. Lui aussi s’apprête à sortir un livre programme. A priori, des projets forts qui intéresseront  les français de droite et au-delà et du centre. Les atouts de Bruno Le Maire sont nombreux. C’est un intellectuel bien taillé pour s’adresser à des classes sociales très éloignées de la sienne et connait parfaitement la sociologie française. Le député de l’Eure n’est pas adepte de la langue de bois et n’hésite pas, quand il le faut, à haranguer son propre camp. Nicolas Sarkozy ne lui fait pas peur et en coulisses admet vouloir « lui infliger une bonne leçon ». Pour le député de l’Eure, le quinquennat de Sarkozy n’a pas été à la hauteur des priorités, pourtant promises dans le projet de 2007.

François Fillon n’est pas très en phase avec la société française. Il a du mal à passer la rampe et cette difficulté est à mettre sur le compte d’une certaine inconstance politique. François Fillon est passé en 20 ans d’une droite plutôt souverainiste, auprès de Philippe Seguin, à un positionnement davantage libéral avec Édouard Balladur qu’il soutint contre Chirac à la présidentielle de 1995 pour en arriver à une droite composite sans assise très claire. Adversaire viscéral de Jacques Chirac, l’ancien Premier ministre de Sarkozy ne sait pas sur quel pied composer un projet présidentiel rassembleur, coincé entre Sarkozy, Juppé et Le Maire, mais sait-on jamais.

D’autres candidats se sont déclarés à mi-mot: Nathalie Kosciusko-Morizet, Nadine Morano, Hervé Mariton, Jean-François Copé. Xavier Bertrand et Christian Estrosi se sont retirés de la course après leur élection aux régionales.

Categories: France

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